samedi 28 février 2026

Réflexions

 

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration




Trop longtemps sur la berge planté, pensif et viellissant, on pourrait dire bien des choses en somme... Tenez, par exemple


Poétique:

Ô combien d'amoureux, de rencontres d'un soir

sur mes commodités ont su se laisser choir


Cornélien:

Nous partîmes cinq cent du dépôt Ikea

(mais par un coup du sort)

je suis seul rescapé au pied des nymphéas


Aviné:

Ai-je trop abusé du kir, du blanc-cassis ?

Non, ça n'est qu'un reflet nommé l'effet Narcisse


Bergeraquien:

Que dis-je, c'est un trône, un lieu cérémonial

où fier comme Artaban siège un fessier royal


Pieux:

Quand sonne l'angelus priant sur l'accoudoir

le bedeau fatigué balance l'encensoir


Amoureux:

A grands coups de canif, à la postérité

il a gravé leurs noms: Eugène et Maïté


Latiniste:

A force d'accueillir tant de culs malveillants

C'est «A posteriori» que je deviens payant



samedi 21 février 2026

Drôle de tambouille

 

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration





Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Maïa rejoignit les femmes affairées à leur tambouille.
Elle ignora les regards de reproches et les murmures.
Toujours à rêvasser celle-là. C'est pas comme ça que les siens allaient manger chaud.

Son homme était parti tôt à la chasse – son Tartarin comme elle l'appelait souvent – et il allait bientôt rentrer, fier d'exhiber sa besace garnie d'un pangolin chétif ou de quelques bécasses suicidaires.

Maïa allait devoir agrémenter ce festin d'une sauce bien épicée et d'un reste de purée de patates douces.


Cette nuit elle avait fait le même rêve éveillé.

Il ne manquait pas de grandes surfaces incultes autour du village.
Elle y construirait un commerce pour y proposer viande de bison, fruits, baies et colifichets.


Son projet qu'elle imaginait immense s'appelerait Aux Champs ou bien Mammouth et tout le village s'y précipiterait dès l'ouverture ...

Et pourquoi pas des outres de cuir, des calebasses de bois, des écuelles et des gourdes ?


Sous la table les gamines se chamaillaient sans cesse. La fille de Maïa ne cessait de lui réclamer une tablette pour y graver des LOL à destination de ses copines … une tablette !

On n'avait pas encore inventé la roue mais le monde tournait déjà trop vite et Maïa ne pouvait pas être en reste même si son Tartarin – fantasque et menteur – freinait toutes ses initiatives.

En cuisine les femmes avaient fini leurs tâches et la fusillaient du regard.


Demain Maïa irait trouver le vieux sage qui ne s'exprimait que par paraboles. Le seul mot de parabole était une énigme pour tous mais chacun tentait pour soi d'y trouver une vérité.

Il leur parlait d'une étrange menace climatique au prétexte que cette année le marigot était à sec bien avant l'heure.


Il saurait la conseiller quand elle lui aurait avoué son rêve insensé.


Au loin s'élevait une clameur.
Maïa soupira, son Tartarin était de retour au village et déjà les curieux l'entouraient.
Les plus excités prenaient les devants à qui serait le premier à annoncer aux femmes le dernier exploit du chasseur.


Cette fois il avait vu des petits hommes verts dans la forêt, des nains fluorescents venus du ciel dans une immense écuelle ...

Devant sa case le vieux sage se grattait la tête. Il allait devoir trouver une parabole pour ça

samedi 14 février 2026

Gare au loup

 

Publié sur le site MilEtUne avec 11 mots imposés





Ah qu'elle était jolie – une fleur de cytise aux dents – avec ses yeux doux et ses mignons sabots noirs.

Et puis docile et caressante avec cet air débonnaire, un amour de bachelette comme il n'en avait jamais rencontrée dans le canton.

Faisant fi des commérages il l'avait prise toute jeune pour qu'elle s'habitue mieux à demeurer avec lui.

Ceux qui la voyaient n'avaient qu'une envie, celle de lui plamotter le visage comme pour faire tomber ces grains de son qui ornaient ses fossettes gélasines.


Tout allait si bien jusqu'au jour sombre où se présenta une abominable guénuche, une femme de mauvaise vie qui respirait la messéance et les pétoffes par tous les pores de sa vilaine peau.

Elle eut tôt fait d'embabouiner notre jouvencelle et de la convaincre d'apposer sa patarafe hésitante au bas d'un contrat perfide et malveillant.


Il eut beau les tancer toutes les deux – prenant à témoin la beauté des montagnes, la fraîcheur des torrents et la douceur des prairies et la mort dans l'âme, mesurant sa malenchère il dut la laisser partir vers son destin.


Depuis ce jour funeste il n'a de cesse de narrer son infortune – les soirs au coin de l'âtre – usant de ces mots dont seuls les anciens ont le secret, des mots d'un autre temps, du temps où les filles étaient raisonnables et le monde moins cruel