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mardi 2 août 2016

Coulés !

Publié sur WeLoveWords d'après la liste de campaspe

Alternateur, Sous-marin, Cacahuète, Glycérine, Pédicure, Condoléances, Asthmatique, Couveuse, Sèche-linge, Jeroboam




Après un dernier hoquet asthmatique l'alternateur de notre sous-marin avait queuté.
« Nom d'une cacahuète» s'écria Bébert en faisant sauter le couvercle du vieux sèche-linge qui nous servait de tourelle.
Heureusement l'étang du Martenot était presque à sec et on regagna le bord sans se gauger.
Comme on passait devant la ferme, le vieux Martenot cramponné à son éternel Jeroboam d'aligoté se mit à gueuler par la borgnotte entr'ouverte: »Bande de beusenots! Qu'est-ce que vous avez branlé avec la couveuse ? »
Depuis des années que le vieux biberonnait son breuvage glycériné, on ne faisait plus attention à lui.
Il avait parait-il dans une autre vie exercé la pédicure mais s'occuper des oignons des autres l'avait rendu fada.
“La couveuse a été coulée par le Bismarck, père Martenot!” lui cria Bébert en se tenant les côtes.
“Condoléances” rumina le vieux en rotant...

mardi 17 novembre 2015

Plus jamais Dash

Publié sur le site Welovewords




 
Le vendredi c'est jour de lessive, même si ça tombe un vendredi 13. On va quand même pas changer nos habitudes pour ça.
Sauf que là, Germaine l'avait programmée juste avant 21h00 vu que les Bleus jouaient au Stade de France et qu'on aime bien regarder jouer les Bleus à la télé, surtout quand Benzema n'y est pas.
Depuis que j'connais Germaine elle m'a converti à Dash, elle dit que ça lave plus blanc et puis on aime bien leur slogan «Tout est bien qui finit propre»; y'a pas d'ambiguïté, on n'est jamais déçus du résultat contrairement au foot...
Avant Germaine, j'étais Ariel parce que ça m'rappelait l'héroïne du dessin animé La petite sirène.
21h00: La machine entame son prélavage et nous les hymnes, surtout notre Marseillaise parce que l'hymne des Fritz c'est en allemand alors on s'contente d'ouvrir des Kronembourg.
A 21h20 il y a eu un bruit bizarre dans la lingerie - un bruit de pétard - et comme je me levais pour aller voir, Germaine m'a fusillé d'un «Tu fais plus confiance à Dash?» qui m'a cloué illico au canapé.
Dix minutes plus tard il y a eu le même bruit bizarre - comme un autre pétard - et cette fois j'y suis allé direct en dribblant Müller le greffier qui passait par là.
J'aime bien dribbler Müller.
La machine dopée au Dash pédalait tranquillement, tout comme les deux équipes sur le terrain.
Germaine a soupiré «T'inquiète... c'est l'effet Deux-en-Un. Tu devrais l'savoir depuis le temps».
Parait que l'effet Deux-en-Un ça s'étudie, ça s'travaille longuement, c'est d'une précision diabolique: c'est d'abord une lessive doublée d'un adoucissant intégré.
On allait apprendre plus tard que l'adoucissant intégré s'était désintégré!
Bref, à 21h46 Giroud ouvrait la marque et nous une autre Kronembourg car on le vaut bien.
C'est le troisième bruit bizarre - comme un autre pétard - qui nous a vraiment inquiétés à 21h53, et on s'est précipités à la lingerie.
Germaine gueulait «Y nous z'ont refilé du Trois-en-Un, les salopards!»
J'étais hébété:»Y z'ont pas pu faire ça, Germaine! Pas eux. Pas chez Dash!»
A la télé ça gueulait aussi. J'me rappelle, il était 22h26 et Gignac venait de planter un but aux Fritz, aux Champions du Monde en titre!!
J'voyais déjà les titres à la Une des journaux le lendemain, sauf que j'pouvais pas prévoir à ce moment-là...
Germaine était dévastée, elle parlait d'aller s'faire rembourser son baril dès demain matin ou les échanger contre deux autres barils de chez machin. Dans ces moments-là elle dit n'importe quoi!
Pourquoi pas aller foutre une bombe chez Carrefour?
A la télé l'interview d'après match n'était pas comme d'habitude; on n'est pas accoutumés à battre des Champions du Monde. On aurait dit qu'on avait honte de les avoir battus et on n'a même pas fini nos bières.
Alors on a attendu la pub, notre pub favorite, la fameuse grande claque aux petites mauvaise odeurs mais on n'a pas eu droit à la pub. Y z'ont programmé un film catastrophe, un inédit.
On n'a pas dormi, surtout Germaine.
Au matin elle avait pris une grave décision... alors j'ai pris la même décision que Germaine.
Dans ces moments-là y faut se serrer les coudes.
Il fallait très vite oublier «Tout est bien qui finit propre» d'autant que le linge était bizarrement resté sale avec une odeur putride, comme une odeur de mort.
On n'achètera plus jamais Dash... plutôt crever.

samedi 25 avril 2015

Cinquante nuances de vert

2045, 24 auteurs imaginent demain est le fruit de la volonté de Butagaz, en partenariat avec Short Edition, de solliciter des créateurs de fiction pour mettre en scène des instants de vie, des scènes de famille à la maison... et ailleurs.







Ma recette c'est un litre de lait chaud additionné de beurre de karité et huiles essentielles de bois de rose et de lavande, mais pourquoi faut-il qu'à chaque fois que je plonge avec délectation dans ce que j'appelle ma Mer de la Sérénité, un bain à trente sept degrés... Pauline débarque?

A son claquement de porte je devine qu'elle a encore passé une mauvaise journée, à moins que la voiture sans chauffeur n'ait une fois de plus fini sa course trois rues plus loin à cause d'un bug du GPS...

Dans cinq secondes je vais avoir droit au traditionnel discours:

“J'comprends pas qu'tu t'entêtes à gâcher de l'eau pour un prix exorbitant au lieu d'utiliser notre douche sèche!”

Comme je me garderai bien de critiquer notre dernière acquisition qui m'a coûté trois mois d'heures supplémentaires, je vais supporter sans broncher la sempiternelle démonstration qui fait de mes deux cent vingt litres d'eau chaude à dix euros le mètre cube, le poste le plus énergivore de cette maison!

Il faut dire qu'il y a trente ans j'ai eu l'honneur d'épouser la reine de la sobriété énergétique, la chasseuse de gaspi par excellence.

Si je vous dis que son livre de chevet c'est le Protocole de Kyoto, deux cent cinquante quatre pages et pas une image!

Je l'appelle son “Cinquante nuances de vert” mais ça ne la fait pas rire, bien au contraire; j'ai droit en retour à un cours sur l'équivalence carbone du support papier, et croyez-moi ça vaut une berceuse.

Voilà quarante ans qu'avant de s'endormir Pauline en lit une page à la lueur d'une lampe-loupe frontale à led bleue collée sur le crâne comme une grotesque luciole.

Allez donc faire l'amour à une schtroumpfette cyclope!

Je ne sais pas pour vous, mais moi l'Advanced Focus System format seize neuvième, ça me coupe mes effets. Et en plus, imaginez que ça fasse webcam? Je n'ose y penser...


La porte de la salle de bains ne s'est pas ouverte, et je n'ai pas eu droit au traditionnel discours ni à la démonstration qui tue.

Tout ça n'est pas normal, alors je lance mon célèbre “Tout va bien, chérie?”

Pas de réponse... la reine de la sobriété énergétique se serait-elle mise en mode veille comme tout ce qui possède une prise de courant dans cette maison?

Je sors à regret de la Mer de la Sérénité, essaie de débrancher mon peignoir chauffant, m'énerve, renonce à cette merveille technologique pour débouler nu comme un ver dans le salon.



Hébétée, Pauline est figée devant le mur d'images: “Enfin! J'le crois pas, depuis l'temps qu'le maire nous promettait que le lotissement serait alimenté en gaz de schisme!”

Inconscient du risque pris, je rectifie: “Gaz de schiste ma chérie, le schisme c'est un conflit au sein d'une églis...”

“C'est bien c'que j'disais! Entre çui qui veut, çui qui veut pas et toutes leurs querelles de clocher... si c'est pas du schisme, ça!”

Je n'insiste pas et fais demi-tour.

“Tu f'rais bien d'aller enfiler un slip” me lance t-elle sans un regard. Comment fait-elle ça?



Direction la lingerie où le lave-linge fait un vacarme d'enfer, comme d'habitude.

Relancer cette polémique serait la polémique de trop: Laver le linge à froid, d'accord mais de là à y ajouter des glaçons!

J'enfile un slip gelé mais propre: “Donc tu disais que le maire s'est enfin ouvert aux énergies modernes?”

J'aurais dû m'attendre à cette réponse: “J't'entends pas avec tout c'bruit! Ferme les portes, bon sang!”

Je passe un jean gelé mais propre avant de fermer la porte: “Quand est-ce qu'on passe à ton gaz de schisme?”

“C'est pas d'main la veille vu qu'les ruskovs font la gueule comme toujours et qu'les yankees explosent les prix, mais y z'ont commencé à creuser dans not' rue!”

La mauvais humeur doit venir de là... le GPS n'aura pas intégré les travaux.

“Ah? On va encore utiliser notre éolienne pour un temps, alors?”

“Ouais! A propos d'éolienne, j'sais pas qui avait débranché l'ventilo la nuit dernière, mais j'me suis maquillée à la bougie c'matin!!”

Il faut dire que dans l'impasse où nous vivons il n'y a jamais eu de vent - même lors de la fameuse tempête de 99 - et que ma reine de la sobriété énergétique m'a forcé à installer un gigantesque ventilateur en face de notre éolienne, lui-même alimenté par l'éolienne ce qui fait que... non, pas cette polémique, d'autant qu'il n'y a pas de bougie dans cette maison à part des bougies d'anniversaire Mollacell trop souvent déchargées.



“Euh... ça doit être Mathis qui aura trifouillé la domotique dans le noir”

Pauline déboule, survoltée: “Comment ça dans l'noir? Ça sert à quoi que j'vous équipe tous en led bleue frontale?”

“Chérie, quand tu avais son âge tu rentrais de boîte de nuit dans le noir et sans...”

“Ouais mais ça c'était avant!”

J'ose un “Avant quoi?” qui est le parfait exemple de déclencheur de polémique.

“Arrête avec ça... j'ai eu une journée d'merde au bureau et j'ai envie d'décompresser... ton bain est toujours chaud?”

Celle-là, je l'attendais.

Ma reine de la sobriété énergétique daigne finalement partager ma Mer de la Sérénité à dix euros le mètre cube, dut-elle renier ses sacro-saints principes.

Si l'effet papillon existe encore, la terre doit trembler à Kyoto!

Sourire en coin, je consens à la suivre au bord de ma Mer laiteuse où elle me gratifie d'un strip-tease rapide avant de s'immerger.

“Tu veux que je te frotte le dos?”

Le chignon en périscope, Pauline joue au grand bleu et échappe à ma main baladeuse jusqu'à ce qu'elle émerge en toussant et crachant: “Qu'est-ce que t'a foutu là d'dans?”

“Comme d'hab chérie, un litre de lait, beurre de karité et huiles essentielles!”

“T'es givré? Du lait entier! T'as calculé combien ça coûte ta mixture? Sans compter la pollution quand t'auras tiré la bombe”

“Euh... la bonde chérie, pas la bombe”

Les mains sur les hanches, elle exulte. J'aime bien quand elle exulte nue, avec son chignon dressé et ses petits seins tout pareil.

“C'est bien c'que j'disais! La bombe, on l'aura sur not' prochain relevé bancaire, Môssieur”.

J'aime quand elle m'appelle Môssieur parce que ça ne dure jamais très longtemps.

Au prix d'un effort surhumain je réussis à débrancher mon peignoir chauffant et lui offre tout chaud avec un sourire charmeur.

“Merci Môssieur” minaude t elle en s'y glissant voluptueusement.

Le Môssieur l'emporte dans ses bras pour se diriger vers la chambre quand la porte claque à nouveau.

C'est Mathis, notre fils: “C'est quoi cette p..... de trachée en haut de la rue? J'ai failli me viander!!”

Je repose au sol ma reine de sobriété énergétique qui possède la réponse pour ça.

“C'est la trachée du progrès, mon grand. Le gaz de schisme des Ricains fera bientôt son entrée dans notre maison!”

Va pour trachée aussi, je ne relèverai pas, Pauline est si chaude contre moi.

Vegas sur sarthe



samedi 11 octobre 2014

Citrouille

 
Cet automne, que vous soyiez Potiron, Citrouille ou Potimarron... VOICI MON HAIKU
 
 
 
 
 
 
Courge ridicule
montre moi ton pédoncule
que je te calcule
 
 
 
Rendez-vous ici


jeudi 31 janvier 2013

Goût amer

 
Publié sur le site MotImageCitation
 
Un baiser légal ne vaut jamais un baiser volé. 
(Guy de Maupassant)
 
 
 
 
 
 
“Service des objets trouvés, rue des Morillons... j'écoute”
“...”
“Parlez distinctement, vous disiez? Un baiser?”
“...”
“Ne quittez pas, je vous passe le service des objets trouvés en B”
“...”
“Service des objets trouvés en B... je vous écoute”
“...”
“Comment épelez-vous ça?”
“...”
“B A I S E R... un peu comme comme un baiser, quoi”
“...”
“Alors voyons, j'ai des baignoires, des baïonnettes, des baladeuses, des balafons. Attendez, j'ai aussi une balançoire... Non, pas de baiser en magasin. Vous êtes sure que c'est du français?”
“...”
“Et vous l'auriez perdu quand et où?”
“...”
“Vous ne l'avez pas perdu? On vous l'a volé... il faudrait me le décrire, ça ressemble à quoi exactement?”
“...”
“Oui je comprends, c'est délicat, pas facile à expliquer au téléphone; c'est toujours ce qu'on nous dit et ça nous facilite pas le travail, ma petite dame. Et vous étiez assurée pour ça?”
“...”
“Ah... Vous manquez d'assurance mais pourtant vous en échangez ou c'est vous qui les donnez, alors que là c'est un vrai vol. Je comprends... et l'agresseur?”
“...”
“Pas d'agression? Vous le connaissiez? Dans ce cas, s'il ne l'a pas encore écoulé il devrait être en mesure de vous le restituer. Il suffit d'être persuasive”
“...”
“Comment ça, s'il vous le rend, ça ne sera pas le même? Quelle différence ça fait?”
“...”
“J'ai du mal à vous suivre. Vous dites que le voleur ne demanderait pas mieux que de vous en donner d'autres et vous insistez pour retrouver celui-ci?”
“...”
“Celui-ci est différent? Il a un goût amer? Alors pourquoi tenez-vous tant à le retrouver?”
“...”
“Parce qu'il est... illégal? Ecoutez, je vais devoir raccrocher. J'ouvre une rubrique à 'Baiser illégal' et je vous rappellerai si toutefois on nous en apportait. Bonne journée, Madame”
(Soupir)

mardi 27 novembre 2012

Gisèle

  Publié sur le site MotImageCitation
 
 


 
La porte!” glapit le vieux.
 
C'était toujours comme ça avec lui quand l'automne avançait; il faut dire qu'il perdait un peu plus de fourrure chaque année.
Mes petits frères Rodi et Siffreco dormaient encore, alors je tirai ce qui nous servait de porte et sortis sur l'ancienne voie ferrée.
Depuis qu'on avait trouvé ce duplex – une tanière sur deux niveaux - aux Buttes-Chaumont sur le site 'Gîte 21.com' notre vie s'était nettement améliorée.
Si les souris, mulots et campagnols étaient plus rares qu'à la campagne, on avait vite fait notre supermarché des poubelles du XIXème d'autant que les jardiniers et les services de la Ville fermaient les yeux.
Tant qu'on faisait gaffe à ne pas transmettre cette putain de rage, on ne risquait pas grand chose.
 
Maman prétendait que l'air était moins pur qu'en banlieue mais je m'en foutais, ce qui m'intéressait plus que tout c'étaient les copains.
Ceux de Montmartre m'avaient baptisé Dicaprio - rapport parait-il à Renardeau Di Caprio - mais j'ai jamais compris ce qui les faisait rire.
Y parait qu'il y avait aussi une bande de rouquins au Boul'Mich commandée par un certain Sorbonne mais je les ai jamais vus.
Ce matin-là, il y avait dans l'atmosphère comme un air glacé qui vous frisait les babines et vous raidissait la touffe de queue en rien de temps; même la gamelle de lait qu'on disputait aux chats du quartier était figée et je dus y poser la patte avant d'attaquer mon petit dej.
 
“Salut, Dicaprio!” glapit Zouzou en lorgnant franchement vers la gamelle.
Hiérarchie oblige, je lui abandonnai la place car ceux de Montmartre s'étaient installés bien avant nous et que Zouzou était devenu intouchable depuis qu'il avait pris le métro à Cité Universitaire et fait la Une des journaux parisiens!
De toute façon le lait était bien trop froid pour l'émail de mes canines et je pris la coulée habituelle qui m'amenait à ma reposée, juste derrière le Guignol de Paris, là où les enfants perdent souvent quelque bonbon ou sucrerie...
 
Horreur! Nom d'un goupil! Ma reposée était occupée par un rouquin qui me tournait insolemment le dos et allait devoir déguerpir la queue entre les jambes...
Je pris mon jappage le plus terrible: ”Qui es-tu pour oser occuper ma reposée? N'as-tu pas reconnu l'odeur 'Urine & Crottes' de ceux des Buttes-Chaumont? ”
Un museau fin et soyeux, une truffe luisante, deux yeux ambrés bordés de longs cils noirs, une robe bigarrée mouchetée de blanc, un poitrail ...
J'ai senti que j'allais m'évanouir.
Je crus entendre: “Salut, moi c'est Gisèle de Saint-Denis”
 
Je m'évanouis tout à fait.  
 
 

mercredi 3 octobre 2012

Bec à bécasse

  Publié sur MotImageCitation
 
 
“D'où tu viens si tôt, le Mathieu?”
“J'viens encore d'en enterrer un”
“Bon Dieu! T'en es à deux par jour maint'nant, y va bientôt plus t'en rester”
“Ouais... c'est pas rassurant tout ça. Si j'm'attendais à faire ça alors que les autres sèment à tout va”
“D'un aut' côté les autres y sèment mais toi tu récolteras les lauriers avant eux”
“Ouais, c'est c'que le Léon-Paul disait et chez les Fargue, on disait pas qu'des conneries!”
“Et t'as enterré lequel cette fois-ci?”
“Arrête, j'peux pas l'dire puisque justement je l'ai enterré”
“Tu peux même pas me mettre sur la piste? Me donner un symomime?”
“Un comme tu dis, j'peux pas l'dire non plus... çui-là j'lai enterré dimanche dernier”
“Passe que t'enterres le dimanche aussi?”
“Ouais, y a pas d'jour pour ça, c'est comme j'le sens. J'me dis des fois c'mot-là, j'peux m'en passer pisse que j'l'ai pas utilisé depuis l'école ou depuis qu'l'aïeul a cassé sa... tasse”
“Comment il a cassé sa tasse? Mais il est mort!!”
“Ouais mais j'peux pas dire P.... vu que j'l'ai déjà enterré”
“Mon pauv' vieux, j'te plains. Bientôt tu pourras pu rien dire! Comment tu f'ras pour faire taire la bourgeoise?”
“Ben p't'être que j'me mettrai à écrire”
“Tu veux dire comme un écrivain?”
“Ouais, comme le Léon-Paul Fargue...”
“T'as l'air d'en connaître un rayon sur les Fargue”
“Ouais, c'est lui qui disait aussi:
Il faut que chaque mot qui tombe soit le fruit bien mûr de la succulence intérieure, la goutte qui glisse du bec de la bécasse...”
“Vains dioux! Y s'y connaissait aussi en bécasses?”
“Faut croire...”
“Tiens! Comme tu m'parles de goutte... on va aller s'en jeter une petite, il est déjà dix heures”
 



Le bon écrivain est celui qui enterre un mot chaque jour (Léon-Paul Fargue)

mardi 11 septembre 2012

A bâtonniers rompus

  Publié sur MilEtUne
 


L'avocat à la fine aigrette: "Avant on les appelait des coupables-un-point-c'est-tout et on les coupait sans chichis, tout simplement"

L'avocat mayennais: "Fichtre"

L'autre, nature: "Oui, avec une guillotine... c'était la belle époque où y'avait pas la présentation d'innocence et tous ces trucs qu'empêchent de les couper"

"T'as raison, y z'ont que ce mot à la bouche: l'innocence, même les ripoux, même les VIP"

"Ouais, et tant qu'on a pas établi leur culpabilité, on les dorlote et y en a même qu'on met en examen, qu'on soigne à La Santé! Y en a aussi qui font appel aux greffes!!"

"Aux greffes! Diantre! Et qui est-ce qui paie tout ça? La Sécu?"

"C'est tous les autres, les innocents aux mains pleines comme on dit, enfin tant que ça durera..."

Reprise des débats dans dix minutes, Maîtres

"Et tous ceux qui font appel pour gagner du temps"

"Bigre! Y en a qui font appel? Et y z'appellent qui?"

"Tout le monde sait ça... y z'appellent des gens pour qu'ils soient prévenus"

"Ah? mais c'est pourtant eux les prévenus"

"Ouais et puisqu'ils sont tous prévenus, on peut délibérer"

"D'accord. Et délibérer ça veut donc dire qu'on les met derrière les barreaux"

"Pas forcément, si on les a pris en flagrant du lit, oui! Sinon on les met en demeure"

"Passe qu'y a une différence entre la demeure et les barreaux?"

"Ca j'ai pas appris"

"Et le jugement par des faux, tu trouves ça normal?"

"Ben, le jugement par défaut c'est pas ma spécialité, alors je peux pas juger"

"Tu peux pas juger? T'es un marrant toi"

"Ouais je sais, on m'appelle le marrant depuis qu'on a supprimé la guillotine en 77. C'est marrant, non?"

"C'était le bon temps, hein? Quand on sauvait sa tête, ça avait un vrai sens, alors qu'aujourd'hui..."

"Pas pour tout le monde mais Badinter a fini par mettre les pieds dans le plat..."

"Bon sang de bois! Je croyais qu'il était seulement chargé de garder les seaux"

"Dis. T'es très occupé dans les six prochains mois?"

"Euh non... le train-train habituel, bien assis au dernier rang en cour d'Assises et puis les vacances et pas mal de RTT en retard..."

"Alors tu devrais réviser ton code"

"Mais je l'ai déjà!"

(Soupirs d'avocatss assaisonnés) 




vendredi 7 septembre 2012

Ahhhh

  D'après une photo proposée sur le site MotImageCitation
 
 

 
"Faites A"
    "Ahhh"
"Encore"
    "Encore"
"Contentez-vous de dire A et permettez que je prenne quelques notes : langue épaisse et pointue, rouge, aux côtés enflammés...
Vous disiez avoir 72 ans Monsieur Bernstein?"
    "Einstein, Albert pour les intimes"
"C'est celà. Dites 33 maintenant"
    "33 maintenant"
"Euh... Ne dites que 33 s'il vous plait Monsieur ...Stein"
    "Docteur, s'il ne s'agit que d'évaluer la densité et la qualité des tissus des poumons d'un fumeur de pipe de 72 ans , vous gagneriez du temps en utilisant votre stéthoscope sans m'obliger à toutes ces grimaces!"
"Vous avez amplement raison Monsieur... Bruckstein mais il y a moins d'une heure mon patient précédent s'est pendu avec sans que j'aie pu faire quoi que ce soit"
    "Voulez-vous qu'on en parle, docteur?"
"Euh... non Monsieur Blustein, ici c'est moi le docteur"
    "Je suis Docteur depuis 1909, docteur!"
"Si vous êtes docteur, quel besoin avez-vous de me consulter?"
    "Voyez-vous cher confère, si je m'ausculte moi-même je ne serai pas impartial puisque praticien et patient à la fois"
"Oui, enfin tout est relatif"
    "La relativité c'est Ma spécialité, docteur. Si vous voulez qu'on en parle, j'ai toute la soirée devant moi"
"Euh... ça ne sera pas nécessaire Monsieur Blairstein et j'ai d'autres patients après vous. Je crois qu'on va arrêter là mais j'aimerais quand même prendre une photo de vous, tirant la langue"
    "Si vous me jurez de ne jamais monnayer cette photo après ma mort..."
"Je vous le jure, Monsieur Bloomstein"
    "Einstein, vous voudrez bien écrire Einstein au dos du cliché"



(Le portrait fut vendu aux enchères 74324 dollars à un certain David Waxman)  

jeudi 26 juillet 2012

Paul, Alain et les autres

publié sur MotImageCitation
 


"Chaque homme sait une quantité prodigieuse de choses qu'il ignore qu'il sait"
"T'as trouvé ça tout seul?"
"Certainement pas, c'est du Paul Valéry"
"Et ça veut dire quoi?"
"J'en sais rien... à moins que ça fasse partie des choses que j'ignore que je sais"
"Parce que tu sais pas si tu sais ça ou si tu le sais pas?"
"Si je le savais je le comprendrais mais comme je le comprends pas..."
"ça sert à quoi de dire des choses que tu comprends pas?"

"Et toi, tu comprends ce que ça veut dire?"
"Ouais! On sait plein de trucs sans le savoir, c'est simple!"
"Euh... et ça sert à quoi tous ces trucs qu'on connait sans le savoir?"
"ça doit s'appeler le savoir et si on en a pas du tout, ça veut dire qu'on est ignorant"
"Alors pourquoi Valéry dit qu'on ignore qu'on sait des trucs puisque ça prouve justement qu'on n'est pas ignorant?"
"Tu veux m'embrouiller ou quoi? T'as pas une citation qui ferait moins mal à la tête?"
"Ouais, tiens! Savoir, c'est savoir qu'on sait"
"Houla! Et c'est de qui cette bombe à retardement?"
"Alain"
"Alain Delon?"
"Pas de danger, c'est le philosophe Emile Chartier"
"Emile s'appelle Alain? Comment tu peux t'intéresser à un type qu'est pas sûr de son prénom?"
"C'est un pseudo et il en avait d'autres comme Criton, Quart d'oeil ou Philibert"
"Comment tu sais tout ça?"
"Ben, je dois le savoir comme je sais une quantité prodigieuse de cho..."
"ça va! Je sais, je sais!!"






mardi 20 mars 2012

Rue Corneille


publié sur le site MotImageCitation
 


"Nous donnons aisément ce qui n'est plus à nous"... mais je partage aussi volontiers ces souvenirs bien à moi 

Dix ans c'est l'âge où en classe on n'a pas encore le citron farci de toutes ces choses ennuyeuses enfoncées à coups de règle sur les doigts et de colles du samedi.
En ce temps là Corneille n'est pour moi qu'une rue, un formidable terrain de jeu que je sillonne à vélo et jusqu'au soir tant que durent ces merveilleuses vacances passées chaque année chez pépémémé comme on dit.
Rue Corneille c'est à Dijon la ligne droite de départ de mes courses cyclistes où, poursuivi par un invisible peloton je suce la roue des Stablinsky, Anquetil, Janssens et Nencini.

Je ne suis pas ce potache studieux qui récite par coeur le cidre... "Horace Ô désespoir" ou qui déclame La mort de pompier Pompée, non moi c'est Bibi Fricotin, les Pieds Nickelés et mon vélo!

A ma manière j'enchaîne les classiques à grands coups de pédale, remontant le boulevard Pascal pour redescendre rue de Chateaubriand puis rue La Fontaine jusqu'au square Giraud où un grinçant changement de braquet me ramène tout droit chez pépémémé...

Pour le contre-la-montre j'ai un secret, attendre l'approche de midi pour profiter des rues plus calmes comme Racine et Marivaux qui communiquent par l'avenue Aristide Briand.
Toute la difficulté consiste à rentrer à la maison avant la sacro-sainte heure du déjeuner mais je n'y arrive jamais à la grande fureur du pépé.
J'évite la Grand-place Saint Exupéry que je réserve aux sorties du soir quand mémé nous mène après le dîner voir le triage des wagons depuis le haut du pont tout proche.

Dans la chaleur étouffante des cheminées de locomotives à vapeur qui nous suffoque, nous assourdit et nous laisse ce goût âcre de charbon dans la gorge - plus brûlante que la plus brûlante des soirées d'été - je songe que le plus bel endroit sur Terre est bien celui-ci où tant de grands écrivains sont venus croiser leurs artères... et je me dis: Plus tard j'écrirai, si le vélo m'en laisse le temps.