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mardi 27 février 2018

L'hiver de Jacques P.


Publié sur le site Treize à la douzaine d'après une liste de 13 mots imposés sur le thème: Neige



Demeurés sur la touche on regardait béats
des nuées de flocons la grande cavalcade,
sempiternel roulis du vent en embuscade
qui courbait la ramure des épicéas.

L'écorce du grand chêne en abri de fortune
recelait la nichée d'un couple de piverts,
l'un de nous prit l'échelle et la mit de travers
pour leur jeter du pain et quelques maigres prunes.

L'hiver en son corset de lanières de glace
égouttait bruyamment tant de larmes de verre
qu'on eut dit ces chansons pour enfants de Prévert
qui parlent d'homme blanc, de flaques et de mélasse.

"Allons rentrez! Allons!" radotait l'anaphore
des adultes trop sages et pressés qu'on s'abrite,
les bugnes débordant de la passoire à frites
nous lançaient de goûtus signaux... des sémaphores

jeudi 19 février 2015

Canard suspect

Publié sur le site Short Edition.
Si ce sonnet qui concourt au Grand Prix Eté 2015 vous a plu, n'hésitez pas à voter pour moi sur Short Edition




Ce matin j'ai compris que j'étais connecté
j'observe la télé, c'est elle qui m'espionne,
le frigo a vomi mon jambon de Bayonne
au motif qu'il était périmé, infecté.

Ma voiture papote, réclame sa vidange
je n'ose même plus titiller mon smartphone
la gamelle des chats se plaint au babyphone
le cardio du pépé est passé à l'orange.

Jusqu'à la brosse à dents qui compte mes caries!
Je cours me réfugier dans mon hâvre de paix
sur le lit... ma nana et un canard suspect.

Lui aussi! Ce bijou de plumes et de strass
sacrifie au rituel du commerce de masse!
Je débranche l'intrus, venu de Barbarie.

lundi 10 novembre 2014

Vapeurs de soupirs

Publié aux Impromptus Littéraires
 

 
 


Moi Léon Montaigu, moulé de bleu, obscène
et Fatou Capulet de pourpre fagotée
avions été poussés à jouer cette scène
devant tous les parents à la fête d'été.
 
Elle portait si bien ces ailes de l'amour
qu'elle avait découpées dans du polystyrène,
je n'étais qu'un puceau, imberbe troubadour
j'étais le taurillon que l'on mène aux arènes.
 
Je bredouillai mes mots tout à la queuleuleu
que personne n'ouïssait, la main en chasse-mouches.
« Oh! gentil Roméo, si tu m'aimes, dis-le »
explosa t elle enfin en me prenant la bouche.
 
Au décor du jardin je crois avoir buté
je me suis accroché aux ailes entoilées,
contre moi je sentais deux roberts effrontés
qui frémissaient autant que mon coeur ébranlé.
 
« L'amour c'est la fumée qu'exhalent les soupirs »
avait affabulé le singulier Shakespeare,
celle qui m'asphyxiait montait d'un projecteur
j'aurais dû déclamer: »Avançez l'extincteur ! »
 
Dans mon collant roussi, je gagnai la coulisse
Juliette riait, saluait, shakespearienne
ce jour jusqu'à la lie, j'avais bu le calice
mais je n'oublierai pas ses lèvres sur les miennes...
 

dimanche 29 juin 2014

Falbalas

Publié sur le site MilEtUne histoires d'après le tableau de Claude Théberge
 
 
 
 
 
Pourquoi n'ai-je pas cru Zoé
qui me disait non sans frissons
quand on s'appelle Robinson
on n'y va pas en canoé
 
Las, trahi dans ma flottaison
par un naufrage accidentel
j'ai pu sauver la cargaison
de falbalas et jarretelles
 
Depuis des mois j'arpente l'île
rien qu'en dessous affriolants
je sens que je deviens débile
je poursuis les chèvres en bêlant
 
Ce vendredi des cannibales
ont abandonné un sauvage
j'ai pas décroché la timbale
c'est un homo, un homophage!
 
S'il croit que j'ignore son manège
regards en coin sur mes culottes
je ne tomberai pas au piège
de cet amiral de la fiotte
 
J'ai envoyé un SOS
Par un pigeon qui passait là
je tiens beaucoup trop à mes fesses
pour lui offrir mes falbalas
 
Mourir plutôt que bagatelle
on verra qui est le plus fort
à jamais je vire de bord
je jette à la mer mes dentelles 
 

lundi 23 juin 2014

Au poil rebelle

 
 
 

 
 
 
Il s'en serait fallu d'un poil
qu'elle me fasse anesthésier
pour l'épilation intégrale
jusqu'au sillon inter-fessier.
 
S'écrier “Douillet, délicat”
quand il s'agit de mon pubis
Tu peux remballer l'arnica
moi je vais garder ma pelisse.
 
Un océan de cire chaude
a envahi ma forêt vierge
elle était nue la saligaude
pressée de redresser le cierge.
 
J'étais pas prêt au sacrifice
mais allez courir sur trois pattes
J'ai crié: “Non! Pas l'entre-cuisses!”
mais c'était une psychopathe.
 
J'avais fréquenté bien des lieux
et des instituts de tout poil
à mes burnes j'ai dit adieu
demi-pelé j'ai mis les voiles.
 
Quand je me vois ça m'horripile
je suis glabre d'un seul côté
handicapé du sex-appeal
cette fille m'a saboté.
 
Je n'ai qu'un conseil à donner
s'il est écrit :”Au poil rebelle”
ne vous laissez pas harponner
ne demandez pas Isabelle!!
 
 
 
 
 
 
 

samedi 21 juin 2014

Couche-toi

Publié aux Défis Du Samedi sur un thème d'actualité... le Jeu.
(Dans un mois et demi, je serai à Las Vegas) 
 

 

 
 
J'avais deux paires et les mains moites
Alors j'ai dénoué ma cravate
et dans ma voix les trémolos
quand elle a viré son polo.
 
Quand j'ai avancé mon brelan
elle a retiré ses collants
on dit qu'il faut sortir couvert
mais trop d'habits c'est un calvaire.
 
Je devinais ses petits seins
que son pigeonnant bluffait bien,
contre une quinte flush royale
j'ai dit adieu à mon futal.
 
Les cartes c'est pas ma passion
et deux valets c'est trop modeste
elle m'a pris sans concession
mon caleçon et tout le reste.
 
Que faire contre une main qui gagne?
La prudence dit ”Couche-toi”,
mais je suis resté tout pantois
quand est monté le mât d'cocagne.
 
Pour un perdant j'étais perplexe,
au-delà de mes espérances
elle s'est donnée sans complexe
le strip-poker c'est très tendance...
 
 
 

lundi 9 juin 2014

Mi-figue mi-raisin

Les Impromptus Littéraires nous proposent de "factoriser" nos talents, au sens mathématique du terme. (Expression liée au domaine des chiffres, de l'arithmétique ou de la géométrie comme : couper les cheveux en 4).
 
 
 
 
 
 
Jamais on ne saura qui d'Eve qui d'Adam
sous l'arbre du malheur coupa la “pomme” en deux.
Plus portés à bouffer qu'à faire ramadan
ils allaient hériter d'un gros bâton merdeux.
 
Satan s'était sapé, mis sur son trente et un
discours à demi-mots, peau de serpent tannée.
C'est ainsi que naquit le mot manichéen
et pour nos deux crétins celui de grand benêt.
 
Le zizi ensaché mi-figuier mi-raisin
Adam ne songeait plus qu'à prendre la tangente,
elle l'avait foutu dans un sacré bousin
cette demi-portion, cette blonde affligeante.
 
Naïve, Eve bronzait son dru triangle d'or
quand le serpent sournois descendit quatre à quatre
du pommier qui servait - ici - de métaphore
et qui embrouille encore bien des neuropsychiatres.
 
Sentant qu'il pourrait bien passer un sal'quart d'heure
Satan quitta sa peau sans demander son reste
il ne craignait que trop ce bouillon de onze heures
que Dieu lui mitonnait aux cuisines célestes.
 
Je vous le donne en mille, qu'advint-il à la fin?
Le moral à zéro, L'Eternel, dépité
pria en moins de deux ses zélés séraphins(*)
d'aller châtier Adam et son azimutée.
 
Adieu pomme d'amour, Eden, vie éternelle
en deux temps trois mouv'ments ils se sont fait lourder.
A trop vouloir brûler les deux bouts d'la chandelle
on oublie qu'à deux fois y vaut mieux y r'garder.
 

 
 
(*) zélés séraphins: séraphins ailés
 
 
 
 
 
 
 
 

samedi 17 mai 2014

The Bermuda triangle

Publié aux Défis Du Samedi sur le thème du Triangle des Bermudes 
 
 
 



 
 
Ainsi donc il existait
The Bermuda triangle
celui dont me rebattaient
les savants, les forts en gueule
 
Souvent je fus pris d'un doute
aux pages des catalogues
aux 3 Suisses, à la Redoute
loin des géobiologues (*)
 
Celle-ci était vivante
haïtienne de la Hotte
et circonstance aggravante
avait quitté sa culotte
 
L'endroit paraissait sauvage
je l'accostai en tremblant
et explorai ses rivages
et ce triangle troublant
 
Plus d'un s'y serait perdu
faisant perdurer le mythe
d'un trigone défendu
une mortelle marmite
 
Elle vibrait sous ma main
démystifiée, offerte.
Dessous le bouton carmin
une porte s'est ouverte
 
Ne demandez pas comment
je me suis vu foudroyé
le Bermuda c'est vraiment
la fontaine où se noyer (**)
 
 
 
(*) Géobiologue: Celui qui étudie l'influence des champs magnétiques et électriques sur le vivant
 
(**) Dites à papa, Tango et Charlie que je ne reviendrai pas