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samedi 25 avril 2026

Dictons de chatons

 

Publié sur le site MilEtUne d'après une liste de dix mots en cha ...


Chercher le chas de l'aiguille dans une meule de chafouin peut rendre fourbe


Il n'est si petit chagrin de sable qu'on ne puisse observer à la chaloupe à moins qu'elle ne chavire victime d'un grain


Un chasseur peut-il chasser sans son chafrère au risque de briser un lien charnel ?


Il ne faut pas vendre le chapeau du chaource avant de l'avoir chassé


Mozart disait que le chalumeau c'est du pipeau quand Paul Bocuse disait que le chalumeau c'est du flageolet


Et pour finir sur une touche festive :

Le champagne c'est chacrémant bon (avec modération)



samedi 21 mars 2026

Mémoire volatile

 

Publié sur le site MilEtUne d'après 10 mots imposés


Un ornithologue un peu perché que d'aucuns nomment « l'oiseau rare » s'interroge dans son laboratoire … il en est ainsi des gens à la mémoire volatile :


Un miroir aux alouettes peut-il refleter aussi des mouettes, des fauvettes et des chouettes ?


Peut-on danser la danse des canards en col vert ?


Dans l'Eure un livreur peut-il livrer plus d'un bouquin dans l'heure ?


Les forgerons habitant Clermont-Ferrant sont-ils en général maréchal-ferrants ?
Une pluie battante est-elle plus forte qu'une douche écossaise ?
Est-ce qu'un vent de renouveau peut récolter la tempête ?
Une grande mosaïque disparate doit-elle contenir plus de dix parates ?


« Saperlipopette ! » s'écrie t-il hors de contrôle.

Bayer aux corneilles ou faire l'autruche, après tant de questions … il hésite encore

samedi 14 mars 2026

Sur un air de Charles Trenet

 

Publié sur MilEtUne d'après l'illustration






Aux environs des années cinquante
Lorsqu'on redécouvrait l'hippomobile
Une hippo-stoppeuse souriante

Guettait un providentiel coupe-file


en chantonnant cet air connu :

Je t'attendrai à l'aire de covoiturage

Tu paraîtras dans ta superbe hippo
Il fera nuit, mais avec le péage
On pourra voir jusqu'au flanc du coteau

Nous partirons sur la route de Narbonne

Toute la nuit le cheval crottera

Et derrière nous direction Carcassonne

Un gros bouchon klaxonnera


Customisée à la manouche

Ta roulotte au teint chatoyant

Fera dire aux gens, la voyant

Passons notre chemin... pas touche !


Pied au plancher de ta roulotte

Tu cabreras le percheron

qui trottera des paturons

une vraie course à l'échalote


A ce furieux train-train d'enfer

Pour qu'il survive priant l'essieu

Les roues de bois cerclées de fer

Lanceront des éclairs aux cieux


Le lendemain ces randonnées
Nous conduiront à Montauban
Suivis d'une horde effrénée
Qui nous traitera de talibans !


Pour terminer ce délire de poète
Et pour fêter ce retour au passé
D'aucuns nous suivront à bicyclette
En freinant bien pour ne pas nous dépasser
En freinant bien pour ne pas nous dépasser


Aux dernières nouvelles l'hippo-stoppeuse – moins souriante – attend toujours

samedi 28 février 2026

Réflexions

 

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration




Trop longtemps sur la berge planté, pensif et viellissant, on pourrait dire bien des choses en somme... Tenez, par exemple


Poétique:

Ô combien d'amoureux, de rencontres d'un soir

sur mes commodités ont su se laisser choir


Cornélien:

Nous partîmes cinq cent du dépôt Ikea

(mais par un coup du sort)

je suis seul rescapé au pied des nymphéas


Aviné:

Ai-je trop abusé du kir, du blanc-cassis ?

Non, ça n'est qu'un reflet nommé l'effet Narcisse


Bergeraquien:

Que dis-je, c'est un trône, un lieu cérémonial

où fier comme Artaban siège un fessier royal


Pieux:

Quand sonne l'angelus priant sur l'accoudoir

le bedeau fatigué balance l'encensoir


Amoureux:

A grands coups de canif, à la postérité

il a gravé leurs noms: Eugène et Maïté


Latiniste:

A force d'accueillir tant de culs malveillants

C'est «A posteriori» que je deviens payant



samedi 21 février 2026

Drôle de tambouille

 

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration





Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Maïa rejoignit les femmes affairées à leur tambouille.
Elle ignora les regards de reproches et les murmures.
Toujours à rêvasser celle-là. C'est pas comme ça que les siens allaient manger chaud.

Son homme était parti tôt à la chasse – son Tartarin comme elle l'appelait souvent – et il allait bientôt rentrer, fier d'exhiber sa besace garnie d'un pangolin chétif ou de quelques bécasses suicidaires.

Maïa allait devoir agrémenter ce festin d'une sauce bien épicée et d'un reste de purée de patates douces.


Cette nuit elle avait fait le même rêve éveillé.

Il ne manquait pas de grandes surfaces incultes autour du village.
Elle y construirait un commerce pour y proposer viande de bison, fruits, baies et colifichets.


Son projet qu'elle imaginait immense s'appelerait Aux Champs ou bien Mammouth et tout le village s'y précipiterait dès l'ouverture ...

Et pourquoi pas des outres de cuir, des calebasses de bois, des écuelles et des gourdes ?


Sous la table les gamines se chamaillaient sans cesse. La fille de Maïa ne cessait de lui réclamer une tablette pour y graver des LOL à destination de ses copines … une tablette !

On n'avait pas encore inventé la roue mais le monde tournait déjà trop vite et Maïa ne pouvait pas être en reste même si son Tartarin – fantasque et menteur – freinait toutes ses initiatives.

En cuisine les femmes avaient fini leurs tâches et la fusillaient du regard.


Demain Maïa irait trouver le vieux sage qui ne s'exprimait que par paraboles. Le seul mot de parabole était une énigme pour tous mais chacun tentait pour soi d'y trouver une vérité.

Il leur parlait d'une étrange menace climatique au prétexte que cette année le marigot était à sec bien avant l'heure.


Il saurait la conseiller quand elle lui aurait avoué son rêve insensé.


Au loin s'élevait une clameur.
Maïa soupira, son Tartarin était de retour au village et déjà les curieux l'entouraient.
Les plus excités prenaient les devants à qui serait le premier à annoncer aux femmes le dernier exploit du chasseur.


Cette fois il avait vu des petits hommes verts dans la forêt, des nains fluorescents venus du ciel dans une immense écuelle ...

Devant sa case le vieux sage se grattait la tête. Il allait devoir trouver une parabole pour ça

samedi 14 février 2026

Gare au loup

 

Publié sur le site MilEtUne avec 11 mots imposés





Ah qu'elle était jolie – une fleur de cytise aux dents – avec ses yeux doux et ses mignons sabots noirs.

Et puis docile et caressante avec cet air débonnaire, un amour de bachelette comme il n'en avait jamais rencontrée dans le canton.

Faisant fi des commérages il l'avait prise toute jeune pour qu'elle s'habitue mieux à demeurer avec lui.

Ceux qui la voyaient n'avaient qu'une envie, celle de lui plamotter le visage comme pour faire tomber ces grains de son qui ornaient ses fossettes gélasines.


Tout allait si bien jusqu'au jour sombre où se présenta une abominable guénuche, une femme de mauvaise vie qui respirait la messéance et les pétoffes par tous les pores de sa vilaine peau.

Elle eut tôt fait d'embabouiner notre jouvencelle et de la convaincre d'apposer sa patarafe hésitante au bas d'un contrat perfide et malveillant.


Il eut beau les tancer toutes les deux – prenant à témoin la beauté des montagnes, la fraîcheur des torrents et la douceur des prairies et la mort dans l'âme, mesurant sa malenchère il dut la laisser partir vers son destin.


Depuis ce jour funeste il n'a de cesse de narrer son infortune – les soirs au coin de l'âtre – usant de ces mots dont seuls les anciens ont le secret, des mots d'un autre temps, du temps où les filles étaient raisonnables et le monde moins cruel

samedi 10 janvier 2026

Paulette et les loubards

 

Publié sur MilEtUne Histoires d'après l'illustration






Quand on partait de bon matin
Sur nos bécanes et nos bourrins
A fond d'manettes
Nous étions quelques gros loubards
Y'avait Fernand y'avait Nanard
Y'avait Kevin dit Pétochard
Et puis Paulette


On était tous à la ramasse
Sous nos casques on était fumasses
A fond d'manettes
Sur le circuit des vingt quatre heures
Sur nos customs et nos roadsters
On se cassait la margoulette
Derrière Paulette


Faut dire qu'elle avait l'coup d'pédale
Elle tenait le record mondial
A bicyclette
Et depuis qu'elle avait huit ans
Elle avait fait en cahotant
Paris-Marseille via Kurdistan
A bicyclette


Aujourd'hui on a tout lâché

Depuis qu'on s'est tous fait flasher

A fond d'manettes

Mais la Paulette elle court encore

faut dire qu'elle a jamais eu d'freins

sa bicyclette


samedi 21 décembre 2024

Sérénade

 

Publié sur le site MilEtUne Histoires avec 10 mots imposés



Ce matin, Germaine chante du Souchon ...


Est-ce qu'on peut ravoir à l'eau de Javel
Des sentiments
La blancheur qu'on croyait éternelle
Avant ?


Je n'aime pas quand elle chante Souchon, ça finit toujours par monter dans les tours, dans les aigües.

Je fais souvent ce rêve fou qu'elle parle en ultrasons !

Certes ça fait aboyer son caniche et ça casse quelques verres en cristal – cadeau de mariage d'oncle Hubert... au siècle dernier – mais j'ai une paix royale.

Germaine continue, la gredine …

Pour retrouver le rose initial
De ta joue devenue pâle

Le bleu de nos baisers du début
Tant d'azur perdu



Question baisers je me souviens qu'au début elle m'avait donné Huit … sur vingt, alors pensez-donc aujourd'hui je suis hors catégorie.

Pourtant à l'époque j'y mettais de la fantaisie … je lui jouais de la harpe avec ma guitare sèche (cadeau de mariage de tante Anastasia... au siècle dernier ; Germaine se pâmait du haut d'une forteresse improvisée avec deux chaises Ikea, des EKEDALEN en hêtre massif (depuis l'âge de bronze y'a pas mieux que les suédois pour les forteresses)

Entre deux grands soupirs de pâmoison, elle m'invitait dans son palais – encore du Ikea, un SKÖNABÄCK en polyester acheté à crédit en 72 mensualités – pour la ranimer.
A défaut de sels de carbonate d'ammonium je lui offrais une barre chocolatée
Poulain car on n'était pas riches à l'époque.

Sans mentir, ça la requinquait illico alors elle me … mince, elle est en train de conclure


Allez ! À la machine !!!


Pourvu qu'elle n'enchaîne pas sur Ultra moderne solitude !

Non, elle ajoute à mon intention « Tu mettras ta couette dans la machine ! Je suis pas ta bonne »











samedi 2 novembre 2024

Le roi Merlin


Publié sur le site MilEtUne Histoires d'après les 10 mots imposés



« Dites donc Mansart, qu'est-ce que c'est que ces machins là-haut qui partent en sucette ? »

« Euh... ce sont des astragales Sire, des moulures entre colonnes et chapiteaux »

« C'est un peu ringard, non ? Il faudrait me ravigoter tout ça, donner un coup de jeune en façade au lieu de tirlipoter tout à loisir votre Galerie des sucettes ! »

« Euh... des Glaces, Sire … c'est la Galerie des Glaces »

« Ouais, si ça peut vous faire plaisir. En tout cas vous me ferez mettre au frais cet assassin qui a salopé mes astragales qu'on dirait des gros boudins »

« Euh... ce sont effectivement des boudins, Sire quand d'autres disent à tort que ce sont des tores »

« J'ai parfois du mal à vous suivre, Mansart. Et d'où sort ce fabricant de boudins ? »

« C'est un de nos sous-traitants qui officie chez Leroy-Merlin. Leur slogan c'est Inventons le château de demain »

« Plait-il ? Le roi, y'en a qu'un, c'est moi ! D'ailleurs vous voudrez bien faire déposer cette citation sous mon nom de domaine RoiSoleil.org »

« Vos désirs sont des ordres, Sire »
« Quant à ce coup de jeune dont je vous parlais, je verrais bien une grande arena en plein air pour des bals-musette où Lully pourrait jouer ses niaiseries et faire guincher la Montespan et toutes ces précieuses ridicules »

« Comme il vous plaira, Sire »

« Et de grâce, exilez-moi ce soi-disant roi Merlin ! »




samedi 24 février 2024

You talkin' to me ?

 

Publié sur le site MilEtUne qui nous imposait la première et la dernière phrase




Mason ouvrit la porte de la voiture et se ravisa soudain, songeur, les sourcils froncés.

Avait-il bien tout fermé en quittant la maison ?

Il retraversa la rue et poussa le portail, accueilli par les féroces grondements du bulldog américain.
Il avait horreur de cette marque de chien, d'ailleurs il n'en aurait jamais pour rien au monde; songeur, il fronça les sourcils en gravissant les marches du perron.

Ce foutu chien allait alerter tout le quartier avec ses aboiements, d'ailleurs la porte s'entrebailla avant qu'il n'en saisisse la poignée.
La femme en peignoir rose et bigoudis ouvrait de grands yeux.

« Bonjour voisine» dit Mason « vous êtes venue voir Brenda ? »

Désorientée la voisine resta sans voix avant de murmurer « Mais Mason, ici c'est chez moi et Brenda est partie depuis ... »

« Où ai-je la tête » s'excusa Mason « c'est son jour d'entraide au City Harvest ! Je vous laisse mais n'oubliez pas de fermer à clef en partant »

La voisine abasourdie restait figée et comme Mason passait le portail elle bredouilla «elle est partie depuis deux ans »


Déjà Mason refermait le portail en repoussant le bulldog enragé et il fronça de nouveau les sourcils. Sa voiture n'était plus à sa place ou du moins l'avait-on remplacée par une autre, une Chevrolet !

Mason n'en croyait pas ses yeux. C'était une Caprice, le modèle 1987, celui qui le faisait baver dans les épisodes de Colombo mais celle-là était aux couleurs du New York Police Department.

Courtoisie, Professionalisme et Respect songea Mason.


En proie à une folle curiosité il s'approcha de la portière conducteur qui s'ouvrit aussitôt. Mais que foutait ici l'inspecteur Harry si loin de L.A. ?

« Tendez vos mains s'il vous plait » dit le flic solitaire.

Si Mason connaissait cette réplique par cœur il n'aurait jamais imaginé que Harry lui adresserait un jour en personne.

Il fallait qu'il raconte ça à Brenda quand elle rentrerait ; elle adorait Clint Eastwood.

Mason s'entendit répondre malgré lui « C'est à moi que tu parles ? Alors, à qui est-ce que tu parles ?»

Le flic solitaire porta la main à son arme, un lourd Smith&Wesson qui forçait le respect et répéta « Tendez vos mains s'il vous plait ».

Mason hésitait. Il tourna la tête vers la maison, la voisine en peignoir rose et bigoudis l'observait derrière une fenêtre.

Brenda n'avait pas de peignoir rose …


Avec Harry il devait pouvoir négocier et il répondit « Est-ce bien nécessaire ? »


samedi 28 octobre 2023

Misérable imprimeur

 Publié sur le site MilEtUne sur le thème des romans rebaptisés




« Bonjour... je souhaiterais parler à Monsieur Victor »

« Je suis Victor, Victor Hugo »

« Votre nom c'est Victor ou c'est Hugo ? »

« Je viens de vous le dire … Hugo, prénom Victor »

« Ah... il va falloir changer ça, vos lecteurs vont s'y perdre »

« Excusez-moi mais qui êtes-vous ? »

« Hector Gallimatias, imprimeur et en charge de l'impression de ces cinq pavés au titre tarabiscoté . Je vous fais remarquer au passage que cinq pavés c'est maigre pour une barricade... Ah Ah Ah»

« Comment ça mon titre est tarabiscoté? »

«Les personnes en situation de précarité... c'est un titre long comme un jour sans pain, vous ne trouvez pas ? »

« Au contraire, je trouve que Long comme un jour sans pain, ça résume bien l'atmosphère du roman – ça marche comme ça chez les Thénardier – et d'abord je n'ai pas à recevoir de conseils de quelqu'un qui a juste le devoir de mettre des caractères à la suite les uns des autres sans se poser de questions ! »

« Moi ce que j'en dis c'est par rapport à la longueur.. trente trois caractères ça fait beaucoup pour un titre et je ne vous compte pas les espaces »

« Encore heureux que vous ne comptiez pas les espaces, ça n'est que du blanc »

« Justement j'avais pensé qu'on pourrait enlever les espaces pour gagner sur la longueur »

« Vous êtes un grand malade Monsieur Gallimatias »

« Ou bien comme il y a cinq tomes, on pourrait répartir le titre sur les cinq tomes, ainsi le premier tome pourrait s'intituler Les »

« Les ? »

«Je n'insiste pas. Et ce type qui se prénomme Madeleine, c'est bizarre pour un ancien taulard devenu maire, non ? »

« Excusez-moi mais Madeleine c'est son nom»

« Ah ? »

« En tout cas je constate que vous avez lu le roman contrairement à beaucoup de vos confrères »


« Oui j'ai tout lu mais je trouve qu'un roman en cinq tomes c'est trop lourd... j'aurais plutôt vu une comédie musicale avec Sarah Bernhardt dans le rôle de Fantine et ... »

« Vous alors, vous êtes un doux rêveur ! Une comédie musicale, pourquoi pas un opéra ? »

« Bon, on fait quoi pour ce titre Monsieur Victor ? »

« Appelez-moi Victor tout court et ne changez surtout rien à mon texte »

« Comme vous voudrez mais ça marchera pas. Vous devriez essayer le théâtre»

« Le théâtre ? Hernani, Marie Tudor, Ruy Blas, ça compte pour du beurre ? »

« Oh vous savez, moi l'opérette c'est pas mon truc. Allez, à tantôt Hugo»


(Soupir hugolien)

« Victor, pas Hugo »


samedi 4 mars 2023

Le Totem Pole

 

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration





Sur la Valley Drive écrasée de chaleur, un véhicule cahote dans un nuage de poussière âcre avant de s'arrêter.

Sorti de nulle part, un vieil homme au visage buriné s'approche.


« Vous allez où comme ça ? »

«Euh … à Monument Valley»

«Ugh ! Ça c'est une sacrée révélation ! Figurez vous que tous ceux qui prennent la 163 vont à Monument Valley mais vous comptez aller où exactement avec ce chariot ? »

« Euh … c'est pas un chariot c'est un Chrysler Grand Caravan de 260 chevaux et on vient voir les pitons rocheux. Vous sortez d'où, vous ? »

« Ugh ! Je suis ici chez moi comme tous les indiens navajo et vous pouvez m'appeler Marlboro »

«Comme les clopes ?»

« Quelles clopes ? Je suis Marl Borrow mais la tribu m'appelle Marl»

« O.K. Marl. Si vous êtes du coin vous nous conseillez quel piton? »

« Ugh ! »

« Euh... moi c'est pas Hugues c'est Marcel »

« Ugh ! Pour résumer vous avez 'Le grand chef indien' là où fut tourné Easy rider et 'L'oeil qui pleure' là où fut tourné Forrest Gump et 'Les trois sœurs' là où fut tourné Lucky Luke ou bien... »

« Pardon mais 'Les trois sœurs' c'est pas plutôt Tchekhov ? »

«Tchekhov ? Whatelse ? »

« Laissez tomber ! On va jamais pouvoir visiter tout ça avec vos satanés chemins caillouteux »


« Comment ça nos chemins sont caillouteux ? La chevauchée fantastique de John Ford est passée là en 39 sans problème et y z'avaient pas 260 chevaux, mais avec un bas-de-caisse comme ça vous irez pas loin »

«John Ford ou Chrysler, on va pas chipoter et puis vous connaissez pas Marcel ! Au boulot les copains m'appellent PassePartout »

« Ugh Passe-Partout ! Alors contente toi d'aller voir le Totem Pole »


« Ça vaut l'coup d'oeil le Totem Pole ? »

« Ugh ! En tout ça plaisait à Clint Eastwood qui l'a escaladé lui-même en 75 en tournant 'La sanction' »

« Et ben … c'est fou ce qu'on a pu tourner ici »

« Ugh ! Y en a qui tournent encore … on compte plus les étrangers qui se sont perdus, c'est pour ça qu'on fait payer en arrivant ; c'est 20 dollars pour vot' charrette et 4 personnes »

« Vous perdez pas le Nord, vous les navajos »


« Ugh ! Le Totem Pole, tu le rateras pas, nous on l'appelle Le doigt d'honneur, c'est notre message pour les visages pâles comme vous»

« Merci bien Ugh. Trop aimable »

« Ugh ! »

« On vous a déjà dit que vous êtes un peu à l'Ouest, les navajos ? »

« Ugh ! Et surtout ne ratez pas la boutique de cadeaux de Goulding avant de repartir au diable»









samedi 4 février 2023

C'est étudié pour ...

 

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration




Quand j'ai découvert que quelqu'un avait sans mon accord résilié mon abonnement au minitel et qu'autour de moi les gens ne parlaient plus que de « sans fil » et de GSM, j'ai compris qu'une révolution était en marche.
J'ai réalisé que le dernier refuge pour me préserver des portables restait la cabine téléphonique. Il fallait que je contacte ce quelqu'un qui me privait brutalement de mon 3615 !
Au grenier j'avais déjà dû remiser la TSF au côté du poste à galène de mon arrière grand père … le monde devenait fou.


A Asnières au coin de ma rue il y avait encore quatre de ces merveilleuses boîtes rouges et c'était bien le diable si je n'arrivais pas à joindre le sagouin qui venait de débrancher ma messagerie rose.
Par malchance la première cabine était occupée par deux jeunes gens en proie à un charivari indescriptible que je me gardai bien d'interrompre d'autant plus que leurs regards courroucés et une forte odeur d'herbe exotique n'incitaient pas à la négociation.


La deuxième cabine était vide, déserte et dévastée ; son mécanisme éventré témoignait de la violence avec laquelle un sinistre individu l'avait étripée pour quelques maigres pièces de monnaie !


La troisième me parut exigüe au point que je ne pus glisser que deux doigts par la petite porte ! J'ai toujours pensé que la miniaturisation nous perdrait et qu'à vouloir faire toujours plus petit, on n'en sort pas grandi.


Bref, j'avisai la dernière cabine et m'y précipitai avant qu'on ne me grille la politesse.
Un hurluberlu y avait entreposé sa bibliothèque. Un panonceau indiquait « Cabine à livres », vantait l'économie circulaire et demandait qu'on laisse le lieu en bon état.
Vous me croirez si vous voulez mais j'eus beau retourner chaque étagère, je n'y trouvai aucun bottin.

J'allais rentrer chez moi pour écrire une lettre de réclamations aux PTT quand une jeune femme me heurta au seuil de la cabine à livres.
Découvrant le désordre que j'y avais mis en cherchant, elle s'écria « Quel sauvage a fait ça ? »
Je pris une mine contrite : «Ils n'ont même pas de bottin »

Elle fronça les sourcils : «Le quoi ? »

« Le bottin … l'annuaire téléphonique » insistai-je.

Elle éclata de rire : «Vous venez de quelle planète ? »

J'ai dit « J'habite ici à Asnières … au 22 ».

Je la trouvais bien indiscrète, alors j'ai demandé à mon tour : « C'est quoi votre petit nom ? »

« Ulla » a t-elle répondu.

« C'est vous la Ulla du 3615 ? »

Elle a froncé les sourcils.

« Vous ne pouvez pas savoir à quel point vous avez marqué mon imaginaire » ai-je bafouillé sur le ton de la confidence.

Elle a dû me prendre pour un pervers ou un demeuré ; elle a pris un livre au hasard dans la cabine à livres et elle est sortie précipitamment.
J'ai eu le temps de lire le titre «Heureux … L'intégrale des sketches de Fernand Raynaud ».

J'ai pensé que cette Ulla n'avait pas assez d'humour pour goûter pleinement ces histoires.
J'ai repris la route du 22 … j'avais une lettre urgente à écrire aux PTT.

 

samedi 14 janvier 2023

Insomnie

 Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration





Quand j'en ai eu assez de compter les moutons je me suis mis à compter des marches.
Parvenu à la dernière marche je ne dormais toujours pas, alors j'ai ouvert cette porte qui me barrait le sommeil.

« Pourriez frapper ! » a dit une voix somnolente «on n'entre pas ici comme un âne dans un moulin »

Je me suis excusé … en effet ça n'avait rien d'un moulin; il y avait un grand mur couleur de ciel auquel s'accrochaient des nuages blancs.

« Vous cherchez quelque chose ? » a demandé la voix.

Bêtement j'ai répondu « je cherche le sommeil »

« On n'en a pas » a répondu la voix « ici on bâtit des rêves … tous ces petits nuages blancs que vous voyez là »

« Ce sont tous les mêmes ?» ai-je demandé.

« Ça dépend » a dit la voix « Z'avez remarqué quoi en montant les marches ? »

J'ai réfléchi et j'ai dit « euh … quelques mauvaise herbes »

La voix a soupiré « Des mauvaises herbes … et l'important ? la rose ? Z'avez même pas vu la rose ? »


Je n'avais vu aucune rose en comptant les marches, j'ai dit « Non »

La voix a encore soupiré et elle a dit «Si vous n'avez vu que les mauvaises herbes, j'ai pas grand chose pour vous en magasin»

La voix s'est adressée à un sous-fifre « Dis Georgette, tu peux regarder en réserve si y resterait pas quelque chose pour un pisse-vinaigre ? »

Le pisse-vinaigre, l'esprit chagrin ça ne pouvait être que moi puisque j'ét ais le seul client.

Celle qui s'appelait Georgette a cherché un moment avant d'apporter une sorte de nuage blanchâtre léger comme un oreiller mais froid comme la neige.

« C'est un rêve de quoi ? » ai-je demandé en prenant la chose livide et froide.

« Vous verrez bien » a dit la voix «et fermez la porte en sortant. On voudrait pas que les rêves s'échappent et tombent dans de mauvaises mains »

J'aurais préféré essayer mon rêve sur place, au cas où il ne me conviendrait pas mais le ton de la voix était impérieux.


J'ai refermé la porte en tenant mon piètre rêve à bout de bras.
En effet il y avait bien une rose et il m'a semblé que ses pétales gloussaient doucement.

Bien sûr j'ai raté la première marche – la dernière dont j'ai déjà parlé – j'ai dévalé l'escalier de pierre et j'ai bien failli me rompre les os.



J'ai repris mes esprits dans mon lit avec cette chose froide et blanchâtre sous la tête.

A côté de moi, Germaine ronflait comme un sonneur tandis que les premières lueurs de l'aube éclairaient la chambre.
J'ai remis mon rêve à plus tard.

Je maudissais ce médecin qui m'avait dit récemment « Contre l'insomnie, surtout dormez beaucoup »











mercredi 13 octobre 2021

Laura et le Quatorzième

 Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration et avec le mot imposé "aura"




1683 – Deux ouvriers discutent à l'entrée de la Grande Galerie


« T'as vu Antoine qu'y en a encore cinq de plus ? »

« Cinq miroirs ? C'est pas de trop... tu sais qu'il en faut 357 pour samedi prochain, pas un de moins sinon y aura un trou ! »

« Non ! J'te parle pas des miroirs mais des miroitiers »

« Ah ? Ça c'est moins drôle. C'est encore à cause de ces foutues vapeurs de mercure ? »

« Tout juste, c'est pas faute de leur dire de mettre un masque »

« Ouais mais si y avait pas ces complotistes pour leur dire que le masque ça sert à rien ...»

« Et quel âge y z'avaient ces cinq là ? »

« Dans les 35 balais »

« Ouais, y z'avaient quand même dépassé les 30 ans d'âge légal»

« Age légal ou pas, tu verras Antoine qu'on est encore bons pour un défilé de syndicalistes sous les fenêtres du Quatorzième »

« Et qu'est-ce qu'y foutent ceux de Murano ? On devait recevoir des travailleurs détachés expérimentés»

« Tu sais, les spaghettis, faut pas trop les secouer et puis y z'ont moyennement apprécié que Colbert leur envoie ses espions pour leur piquer la recette du miroir aux alouettes»

« Au mercure, Antoine pas aux alouettes »

« N'empêche que faire tout ce cirque pour que le Quatorzième reluque le cul des courtisanes en kaléidoscope ! Tu m'avoueras qu'y pousse le bouchon un peu loin »

« C'est pour l'aura qu'il fait tout ça, pour l'aura »

«Sa dernière conquête s'appelle Laura ? »

« Mais non, comment dire... c'est pour l'atmosphère »

«Atmosphère ? Atmosphère ? Est-ce qu'on a des gueules d'atmosphère ? »

«Crie moins fort Antoine ! Regarde, t'as décollé un miroir ! »

« Où ça, Rigobert ? »

« Ben tu vois pas, là ? Le 8ème en partant du bas dans la 17ème fenêtre ! »

« Bon sang, faut qu'on arrange ça avant la visite de H&M »

« H&M ? »

« Hardouin-Mansart »

« Ah... l'architecte en chef... je l'aime pas lui »

« Pourquoi ça ? »

« Je sais pas, je trouve que ce classicisme à la française c'est has been »

« Comment tu parles toi ? Tu ferais mieux de m'aider à monter ce pan de mur»

« Montespan ! T'es un comique toi ... »


dimanche 14 mars 2021

Dans les abîmes de la métaphysique

 Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration





Sur la seconde marche, le bibliothécaire ouvre le cinquième livre de Théophraste intitulé Métaphysique.
Il est écrit au bas de la page 35 « Voir plus haut »


Alors sur la troisième marche, le bibliothécaire ouvre les Essais et conférences de Heidegger où il est écrit en bas de la page 152 « Voir plus haut »


Sur la quatrième marche donc, le bibliothécaire découvre Le procès de Kafka, s'en empare et lit au bas de la page 50 « Voir plus haut »


Sur la dernière marche, le bibliothécaire saisit Hamlet et s'interroge : Shakespeare a-t-il écrit Hamlet sur une table en hêtre ou pas en hêtre, telle est la question …

Au bas de la page 235 il est écrit « Voir plus haut » … alors le bibliothécaire franchit le pas.

lundi 22 février 2021

Puzeule et stroffes

 

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration





Pension des Mésanges

Deux pensionnaires papotent dans la salle des activités ludiques


  • Alors M'ame Germain, ce puzeule, ça avance ?

  • J'vois pas comment un puzeule pourrait avancer … à part si on le pousse

  • Alors ce puzeule, ça pousse ?

  • Un petit peu plus chaque mercredi, puisque le puzeule c'est le mercredi M'ame Zébard

  • Y vous reste encore beaucoup de pièces à pousser, hein ?

  • Ouais … et j'en ai pas encore trouvé deux pareilles

  • C'est sûr M'ame Germain, c'est le principe du puzeule. C'est pour ça que moi j'fais tricot … une maille à l'endroit, une à l'envers, on peut pas s'tromper, enfin pas souvent

  • De mon temps les pièces c'était les anciens francs … et pis y nous ont mis les nouveaux francs et maintenant les zeuros !

  • Au moins M'ame Germain, celles là vous trouerez pas vos poches avec … c'est du carrelage, hein ? On dirait un carrelage

  • Oui M'ame Zébard, c'est du carrelage

  • Et quand vous aurez fini dans quelques années, vous le mettrez où ce puzeule ?

  • Au mur de la salle de bains M'ame Zébard, vu que c'est un carrelage

  • C'est pas bête ! Et si ça avait été un puzeule de chevaux de courses, vous l'auriez mis où ?

  • Ça risque pas … j'aime pas les chevaux. J'avais joué dix mille francs de l'époque sur Marengo en 36 et il est jamais arrivé ce tocard !

  • Dites M'ame Germain, j'voudrais pas vous contrarier mais la petite mal foutue en blanc avec un liseré bleu … z'êtes sure qu'elle est bien à sa place ?

  • La petite mal foutue en blanc avec un liseré bleu ? Ah ! C'est la nouvelle aide-soignante, celle qui vient faire les tests Covid

  • Mais non M'ame Germain, j'vous parle de cette pièce du puzeule !

  • Ah ? Si elle est pas à sa place, j'm'en rendrai bien compte à un moment ou un autre

  • Ouais … sinon faut forcer. Moi, quand ça rentre pas, je force

  • Vous avez raison M'ame Zébard … c'est comme le midi au self. Si vous voulez qu'la soupe soit chaude, faut forcer. Mais vous avez pas tricot aujourd'hui ?

  • Non, aujourd'hui j'essaie le nouvel atelier où c'est qu'y faut faire des vers

  • Y'a un nouvel atelier où c'est qu'y faut faire des vers, M'ame Zébard ?

  • Parfaitement M'ame Germain

  • Ça va être chiant, non ?

  • Non, c'est pas c'que vous croyez. On doit fabriquer des stroffes

  • Des stroffes ?

  • Oui, des quatrains, des huitains, des neuvains, des dizains, des onzains, des douz …

  • Ça va ! J'sais compter moi aussi. C'est pas des vers que vous allez faire, c'est des calculs, hein M'ame Zébard ?

  • Comprends pas … bon, j'vous laisse à votre carrelage M'ame Germain et surtout prenez vot' temps … on n'est pas aux pièces, hein ?

  • Comprends pas … alors bonnes stroffes, M'ame Zébard.



dimanche 3 janvier 2021

Pourquoi Pallas c'est pas l'as ?

 

Publié sur le site MilEtUne Histoires d'après l'illustration





« Dis mon bichon, pourquoi le valet de carreau s'appelle Hector? »

J'adore quand Germaine pose une question en pleine partie de solitaire.

« C'est parce que Hector est resté sur le carreau à la guerre de Troie, ma biche »

« Et c'est qui qui l'a mis sur le carreau ? »

« C'est Achille »

« Achille Talon ? »

« Euh... oui, on peut dire ça »

Je me croyais tranquille mais Germaine revient à la charge : « Et pourquoi la dame de pique c'est pas l'as ? »

« Parce que si c'était l'as de pique ça ne serait pas une dame »

« N'empêche qu'ils ont écrit Pallas sur la carte … alors c'est une erreur ! »

« Euh... elle s'appelle Pallas parce que c'est pas l'as »

« D'accord ! Et pourquoi le roi de trèfle s'appelle Alexandre ? »

« Euh … parce qu'Alexandre le Grand était roi de Macédoine et qu'on met parfois des fleurs de trèfle dans la macédoine »

« Tu te fiches de moi, là »

« Un peu, en fait il a fondé Alexandrie »

« Alexandrie où l'amour danse avec la nuit ? »

« Oui »

« Alexandrie où tout commence et tout finit ? »

« Oui, d'ailleurs on devrait finir aussi notre partie »
On fait toujours les solitaires à deux avec Germaine, ça va plus vite et elle se sent moins solitaire …

« Et pourquoi la dame de cœur s'appelle Judith ? »

« Elle aurait du s'appeler Germaine mais j'ai pas eu mon mot à dire ... »

« Tu te fous encore de moi, hein ? »

Pour une fois que je fais dans le romantisme, Germaine n'a pas accroché : »Ecoute ma biche, j'avoue mon ignorance, j'en sais fichtrement rien »

« Bien sûr, t'en sais rien ! Alors pourquoi on joue aux cartes si on sait pas pourquoi la reine de cœur s'appelle Judith ? »

J'empoigne mon faux-ami Wiki qui m'offre aussitôt une réponse et je lis à haute voix : »Judith est une jeune veuve juive qui séduit un général dénommé Holopherne et lui coupe la tête avec une épée pour la fourrer dans un sac et aller la montrer au peuple d'Israël, puis ... »

« Non, arrête ! C'était mieux quand on savait pas »

Voilà bien la preuve que la paix des ménages passe souvent par l'ignorance, et c'est tant mieux