samedi 15 janvier 2022

Tout ça c'est des histoires

 

Publié au Défi du samedi sur le thème Ogre



« Dis maman, pourquoi l'ogre bouffe les petits enfants ? »

« Parce que l'avaleur n'attend pas le nombre des années, mon chéri »

« C'est qui çui qu'a dit ça ? »

« C'est Corneille, mon chéri »

« Les chanteurs sont relou des fois, non ? »

« C'était pas un chanteur, mon chéri c'était un poète »

« Et c'est quoi un ogre qui mange des figues et des canards de Barbarie ? »

« C'est un ogre de Barbarie, mon chéri »

« C'est pour ça qu'il fait de la musique ? »

« Non, ça c'est l'ogre qui mange trop de haricots »

« Pouah ! C'est gore »

« Non mon chéri, on dit ogre »


« Et c'est quoi un petit poucet ? »

« Je pense que c'est un enfant qui envoie des SMS avec ses deux pouces »

«Mais t'en es pas sûre »

« Euh … non mon chéri »

« Donc t'es pas sûre pour le petit poucet mais t'es sûre pour l'ogre de Barbarie qui mange des fayots ? »

« C'est ça »


« Je vois. Et c'est quoi des pompes de sept lieues ? »

« Ce sont des bottes qui permettent de parcourir trente kilomètres en une enjambée »

« Bon, je te remercie bien. Je crois que je vais lancer un hashtag Balance ton Perrault ... »







samedi 1 janvier 2022

Un truc en béton

 

Publié au Défi du Samedi sur le thème Mastic


A Noël l'empereur Claudius, Claude de son prénom et non pas Noël – imbécile notoire, bègue, boiteux, épileptique et tyran indigne – avait décidé de s'offrir un aqueduc pour sa bonne ville de Nemausus (Nîmes pour les incultes), « un truc mastoc en béton romain » disait-il en se poilant car boire de l'eau était le cadet de ses soucis.

A sa mise en service, le truc devait débiter 400 litres d'eau par seconde mais il fuyait tellement qu'au bout du truc appelé Castellum divisorium (le bout du truc pour les incultes) on n'y voyait goutte; alors on fit venir de Castoramus et du lointain royaume de Merlin les plus grands spécialistes de l'étanchéité afin de remédier au problème.


D'après Rutilius Taurus Palladius – dit simplement Palladius – il fallait colmater les fuites avec un enduit qu'il appelait maltha, fait de chaux éteinte dans du vin de l'AOC Costières de Nîmes, et incorporée avec de la poix fondue et des figues fraîches qu'on financerait facilement avec un impôt figues. Mais Claude refusa le projet, prétextant que c'était balancer le vin pour rien.


Selon Pline – dit le Pipe Pline – ce maltha qu'il nommait malthe pour se distinguer devait être constitué de chaux fraîche éteinte avec du vin des Côtes du Rhône et broyée aussitôt avec de la graisse de porc et des figues qu'on financerait tout aussi facilement avec un impôt porc. Mais Claude refusa le projet, prétextant que c'était balancer son porc.


C'est finalement le roi Merlin (dit l'Enchanteur) qui l'emporta – celui par qui les envies prennent vie – avec son Mastic de fleur de chaux et d'huile du moulin de Fontvieille (moulin de Daudet pour les incultes, Daudet qui écrivit des lettres à son moulin pour les mêmes incultes), additionné de mâchefer et de sang de bœuf, dopé à la gomme ammoniaque et au soufre fondu mais c'est surtout sa belle couleur rouge qui plut au sanguinaire Claude.

Le projet fut voté ainsi que le très impopulaire Impôt bœuf (même si l'on sait le sort réservé aux mécontents).

Le mastic était né et Claude bientôt mort ...

samedi 4 décembre 2021

Arrivage musclé

 Publié au Défi Du Samedi sur le thème : Impact





Le vacarme qui nous avait réveillés en sursaut fut suivi du beuglement de Germaine : «C'est quoi ce b..... ? T'as entendu ? Non, c'est vrai que t'entends jamais rien»

Avant qu'elle m'ait dit de me lever pour aller voir ce que c'était que ce b..... que je n'avais pas entendu, j'avais pris mon courage à deux mains et chaussé mes charentaises à deux pieds.

Ce b..... semblait être venu du salon.
Un long chuintement avait été suivi d'un coup sourd assez fort pour couvrir mes acouphènes persistants.

Armé d'un tisonnier je contournai le sapin « planté » de la veille pour me diriger vers un nuage de suie qui flottait à hauteur du manteau de la cheminée, masquant par bonheur le cadre en buste de tante Anastazia …


Germaine m'avait finalement rejoint devant l'âtre refroidi et contemplait le désastre au travers de cet épais masque de nuit hydratant dont elle s'enduit chaque soir jusqu'à la racine des cheveux.

Je faillis lui dire qu'elle était belle avec sa choucroute désordonnée à la Bardot et son déshabillé de pilou mais ça aurait sonné faux.

Elle répéta «C'est quoi ce souk ? ».

Dans sa bouche et après mûre réflexion le lupanar s'était changé en bazar maghrébin.

J'ai balayé la suie d'un revers de main. « Regarde ça Germaine. Y'a comme des paquets enrubannés là dessous » dis-je perplexe.

Déjà Germaine me poussait, ramassait à plein bras la demi douzaine de boîtes noircies pour les porter vivement dans la poubelle du garage.
Elle revint en soupirant, belle et inaccessible dans ce déshabillé de suie avec son masque de nuit … on eut dit Belphégor mais je me gardai bien de lui faire mon compliment.

« Marre de ces cadeaux publicitaires » bougonna t elle en reprenant le chemin du lit.


Dans la nuit, un père Noël grimaçant vint me hanter.

Demain matin, j'irais quand même jeter un oeil dans la poubelle ; il me tardait tant que le jour se lève, je n'avais pas été tous les jours très sage mais j'en demandais pardon.







samedi 6 novembre 2021

Le B.A.- BA de A à Z

Publié au Défi du Samedi d'après le mot "épigastre" (pas facile à digérer)



Nous ayant provoqué avec son capodastre

un truc pince-sans-rire à faire hausser le ton

qui plongea les auteurs dans un défi coton

Maître Walrus en verve nous sert épigastre



Grâce à sa dyslexie et non pas dyslexastre

nous aurons par bonheur échappé au Désastre

cette fois c'est au tour des aigreurs d'estomac

en creusant nos méninges à fond, jusqu'au coma



Quand quelque Diafoirus ou piètre médicastre

aura pansé nos crânes, nos plumes refroidies

par tant d'assauts fougueux aux défis du Sam'di


alphabétiquement, nous céderons au rite

tout en sachant combien Walrus a du mérite

qu'à la fin du dico surviendra Zoroastre

mercredi 13 octobre 2021

Laura et le Quatorzième

 Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration et avec le mot imposé "aura"




1683 – Deux ouvriers discutent à l'entrée de la Grande Galerie


« T'as vu Antoine qu'y en a encore cinq de plus ? »

« Cinq miroirs ? C'est pas de trop... tu sais qu'il en faut 357 pour samedi prochain, pas un de moins sinon y aura un trou ! »

« Non ! J'te parle pas des miroirs mais des miroitiers »

« Ah ? Ça c'est moins drôle. C'est encore à cause de ces foutues vapeurs de mercure ? »

« Tout juste, c'est pas faute de leur dire de mettre un masque »

« Ouais mais si y avait pas ces complotistes pour leur dire que le masque ça sert à rien ...»

« Et quel âge y z'avaient ces cinq là ? »

« Dans les 35 balais »

« Ouais, y z'avaient quand même dépassé les 30 ans d'âge légal»

« Age légal ou pas, tu verras Antoine qu'on est encore bons pour un défilé de syndicalistes sous les fenêtres du Quatorzième »

« Et qu'est-ce qu'y foutent ceux de Murano ? On devait recevoir des travailleurs détachés expérimentés»

« Tu sais, les spaghettis, faut pas trop les secouer et puis y z'ont moyennement apprécié que Colbert leur envoie ses espions pour leur piquer la recette du miroir aux alouettes»

« Au mercure, Antoine pas aux alouettes »

« N'empêche que faire tout ce cirque pour que le Quatorzième reluque le cul des courtisanes en kaléidoscope ! Tu m'avoueras qu'y pousse le bouchon un peu loin »

« C'est pour l'aura qu'il fait tout ça, pour l'aura »

«Sa dernière conquête s'appelle Laura ? »

« Mais non, comment dire... c'est pour l'atmosphère »

«Atmosphère ? Atmosphère ? Est-ce qu'on a des gueules d'atmosphère ? »

«Crie moins fort Antoine ! Regarde, t'as décollé un miroir ! »

« Où ça, Rigobert ? »

« Ben tu vois pas, là ? Le 8ème en partant du bas dans la 17ème fenêtre ! »

« Bon sang, faut qu'on arrange ça avant la visite de H&M »

« H&M ? »

« Hardouin-Mansart »

« Ah... l'architecte en chef... je l'aime pas lui »

« Pourquoi ça ? »

« Je sais pas, je trouve que ce classicisme à la française c'est has been »

« Comment tu parles toi ? Tu ferais mieux de m'aider à monter ce pan de mur»

« Montespan ! T'es un comique toi ... »


samedi 10 juillet 2021

Cheyenne et Donald



Publié au Défi du Samedi sur le thème du Chihuahua




« On doit être le 4 juillet » se répétait ce matin-là le vieil Apache que ses parents avaient singulièrement baptisé Cheyenne «on dirait bien que les colons se préparent à célébrer le meurtre d'autrui pour le chapardage de nos terres »


En effet dans chaque community, chaque rue, chaque jardin ça empestait déjà le hamburger, la mauvaise bière et le hot-dog.
Il raccourcit machinalement la laisse de « Donald » son chien riquiqui, un chihuahua importé de l'état du même nom et que ces «yankies» n'auraient pas hésité à rôtir pour le glisser entre deux buns !
Les drapeaux flottaient à chaque fenêtre dont certains à bandes bleues en souvenir du fameux coloriage d'un président complètement déconnecté des symboles républicains.

« Je t'en foutrais du Great Again » grommela le vieil apache en tournant au coin de Park Avenue sur la 116ème rue barricadée pour la traditionnelle course de tondeuses à gazon dont le traditionnel premier prix allait être une reine de beauté … à moins que ce ne fut l'inverse.

« Foutaises » grogna t-il, l'une et l'autre seraient vibrantes, rugissantes, bien carrossées et comme chaque année le vainqueur serait comblé ou déçu.

Cheyenne détestait toutes les courses à commencer par celle à la Maison Blanche.


Comme Donald se mettait à tirer de manière inhabituelle pour un chien riquiqui, Cheyenne tenta de le calmer d'un sifflement bref mais Donald tirait toujours, le poil hérissé et la gueule écumante.
Devant eux des groupes bruyants surgis des rues adjacentes convergeaient vers Long Island où serait tiré le feu d'artifice alors qu'il n'était que 11 heures du matin !

« Pour sûr, on est bien le 4 juillet » soupira ce matin-là le vieil Apache traîné par Donald le chihuahua importé de l'état du même nom.
« Je me demande si j'ai bien fait de t'acheter ces croquettes chinoises » grommela t-il en tirant vainement sur la laisse.
La veille, une taxe douanière sur les croquettes NestorBio venait de changer la donne.

samedi 29 mai 2021

Murphy et la Bête humaine

 Publié au Défi du Samedi sur le thème du Quai




Si vous ne me croyez pas faites donc l'essai. Allumez une cigarette sur le quai d'une gare et vous verrez arriver votre train à la première taffe.

Ou bien entamez un pan bagna tomate-oeuf dur-mayonnaise et vous le verrez arriver à la première bouchée.

J'en étais là de mes réflexions inspirées de la loi de Murphy quand il est arrivé dans mon dos, crachotant et vapotant telle la Bête humaine de Flaubert.

Zola ? Si vous voulez.

En tout cas je l'attendais devant et il est arrivé par derrière, perfide, vicieux, ricanant du bon tour qu'il m'avait joué.
Il n'existe rien de plus traître sur terre qu'un quai, à part peut-être deux quais.

Ce trottoir grouillant de pékins encore endormis qui le quittent croisant les pékins fatigués de la nuit qui y descendent me donne la nausée comme disait Camus.
Sartre ? Si vous voulez.

Mais c'est à mon avis l'invention la plus tordue qu'on ait produite depuis le chemin de fer.

Heureusement qu'un quai ne possède que deux bouts car vous attendrez toujours au mauvais bout du quai la voiture qui vous nargue au bon bout du quai … c'est le bouquet !


Alors il fallait bien que ça m'arrive.

J'éteins ma clope et prenant mes jambes à mon coup, je suis le troupeau jusqu'à cet obstacle qui porte bien son nom – le tournis-quai – cette roulette russe qui tournique dans le sens opposé à toute logique.

J'en ressors essoré; par bonheur le faux plat est descendant entre le hoquet et le baquet.

J'avise un préposé au quai – OK – vêtu d'un paletot-quai couleur corail ou saumon fumé.

Le type est déjà bien chargé à cette heure matinale; sans vouloir porter de jugement il doit fonctionner au Martini-quai.

Pas le temps de lui faire un discours : »Voiture 2 siouplait ?»

La réponse du professionnel tombe comme un couperet ou une machette : « C'est tout d'oit »

J'ai une veine de cocu que le quai ne tourne pas à angle droit ou pire à angle gauche.

Dans ma course haletante je distingue le suave message de Simone – la voie ou plutôt la voix de la SNCF – dans les haut-parleurs : « Attention à la fermeture AUTOMATIQUE des portes »

Je hais le mot automatique ; il a dû être inventé en même temps que la loi de Murphy.

L'autre mot pour automatisme c'est asservissement, ça convient bien à la situation et c'est pourquoi l'esclave que je suis n'a d'autre option que stopper sa course folle à Mickey c'est à dire au milieu.


Le temps de sortir un mouchoir, la Bête a quitté son port d'attache.

Je n'avais jamais remarqué à quel point un wagon de queue peut être moche, même un wagon de queue de mi-quai.

Je m'éponge le visage puis je rallume aussitôt ma cigarette … on ne sait jamais. Je ne perds rien à essayer jusqu'à ce que le type au paletot-quai couleur saumon fumé me file au train pour me réciter l'article 8 du décret 2016-541 selon lequel les quais sont non fumeurs et que l'amende forfaitaire – la SNCF ne mégote pas – s'élève à 68 euros !

En fin négociateur, je parlemente, je me présente, on échange nos patronymes.

Le type s'appelle Murphy !

Si vous ne me croyez pas faites donc l'essai.