samedi 28 mars 2026

Inepties primaires

 Publié au Défi Du Samedi sur le thème : Palimpseste

Dans l'Antiquité, parchemin manuscrit effacé sur lequel on a réécrit






Je ne gommerai plus la copie de ma voisine pour y inscrire des inepties

Je ne gommerai plus la copie de ma voisine pour …


Je ruminais en mon for intérieur en songeant qu'il me restait encore quatre vingt dix huit lignes à copier sous le regard faussement sévère de notre maîtresse.
Les grosses lunettes à monture d'écaille qu'elle portait par souci d'autorité n'ôtaient rien à ses jolis yeux bleus qui n'avaient besoin d'aucune correction, du moins le croyais-je à l'âge où les mots myopie et presbytie n'étaient pour moi qu'un supplice de plus, le dur combat du i et du i grec!


Pour la petite histoire c'est à cette époque que j'appris quelle réputation on donne aux femmes à lunettes mais ayant déclamé haut et fort cette soi-disant vérité lors d'une réunion de famille, l'avoinée qui s'ensuivit m'ôta pour longtemps l'envie d'en savoir plus sur les moeurs des binoclardes.


Mais je m'égare.

Ce jour-là ma voisine de pupitre s'appelait Mauricette une rouquine rondouillarde au sourire niais qui m'avait suffisamment humilié en géographie pour mériter ma forfaiterie.

Elle avait eu une crise de fou rire lorsque j'avais affirmé que la France se situait au milieu du monde, donc bien placée.

Aussi avais-je subtilisé sa copie pendant la récré pour y ajouter quelques mots issus de mon imagination débordante.

En lisant « sa » prose notre maîtresse apprit que :

« A la fin des cours la connerie retentit »

« Le caviard pousse dans des poissons très chairs »

« Les os des jambes sont les tibias et les Pyrénées »


Si j'avais eu plus de temps j'aurais ajouté cette phrase évidente pour moi « Il faut faire ses devoirs à la maison … pour pouvoir dormir en classe »


Quand j'aurais fini d'écrire mes cent lignes il me resterait à effacer mes « inepties » sur la copie de cette gourde de Mauricette.
J'aurais alors créé sans le savoir mon premier et dernier palimpseste, un mot que j'aurais eu du mal à orthographier à l'époque tout comme aujourd'hui.

samedi 21 mars 2026

Mémoire volatile

 

Publié sur le site MilEtUne d'après 10 mots imposés


Un ornithologue un peu perché que d'aucuns nomment « l'oiseau rare » s'interroge dans son laboratoire … il en est ainsi des gens à la mémoire volatile :


Un miroir aux alouettes peut-il refleter aussi des mouettes, des fauvettes et des chouettes ?


Peut-on danser la danse des canards en col vert ?


Dans l'Eure un livreur peut-il livrer plus d'un bouquin dans l'heure ?


Les forgerons habitant Clermont-Ferrant sont-ils en général maréchal-ferrants ?
Une pluie battante est-elle plus forte qu'une douche écossaise ?
Est-ce qu'un vent de renouveau peut récolter la tempête ?
Une grande mosaïque disparate doit-elle contenir plus de dix parates ?


« Saperlipopette ! » s'écrie t-il hors de contrôle.

Bayer aux corneilles ou faire l'autruche, après tant de questions … il hésite encore

samedi 14 mars 2026

Sur un air de Charles Trenet

 

Publié sur MilEtUne d'après l'illustration






Aux environs des années cinquante
Lorsqu'on redécouvrait l'hippomobile
Une hippo-stoppeuse souriante

Guettait un providentiel coupe-file


en chantonnant cet air connu :

Je t'attendrai à l'aire de covoiturage

Tu paraîtras dans ta superbe hippo
Il fera nuit, mais avec le péage
On pourra voir jusqu'au flanc du coteau

Nous partirons sur la route de Narbonne

Toute la nuit le cheval crottera

Et derrière nous direction Carcassonne

Un gros bouchon klaxonnera


Customisée à la manouche

Ta roulotte au teint chatoyant

Fera dire aux gens, la voyant

Passons notre chemin... pas touche !


Pied au plancher de ta roulotte

Tu cabreras le percheron

qui trottera des paturons

une vraie course à l'échalote


A ce furieux train-train d'enfer

Pour qu'il survive priant l'essieu

Les roues de bois cerclées de fer

Lanceront des éclairs aux cieux


Le lendemain ces randonnées
Nous conduiront à Montauban
Suivis d'une horde effrénée
Qui nous traitera de talibans !


Pour terminer ce délire de poète
Et pour fêter ce retour au passé
D'aucuns nous suivront à bicyclette
En freinant bien pour ne pas nous dépasser
En freinant bien pour ne pas nous dépasser


Aux dernières nouvelles l'hippo-stoppeuse – moins souriante – attend toujours

Ciel mon destin !

 

Publié au Défi Du Samedi sur le thème : Néphélomancie

(Divination par l'interprétation de la forme des nuages)


C'est dans le blanc laiteux d'un méchant cumulus

ou dans l'oeil d'un stratus aux formes biscornues

qu'une experte voyante haussant les bras aux nues

te dira « Méfie-toi, prends garde à l'autobus »


Pointant la troposphère où traînent les cirrus

chargés de particules aux déserts arrachées

la sorcière habitée s'en va jurer, cracher

que tu seras prochainement chinois ou russe


Ainsi troue le destin notre couche d'ozone

inspirant les devins, prophètes de tout poil

quand d'autres lisent au marc de café, au gasoil


ou que les plus « chébran » à coups de mégabits

nous prédisent l'amour ou bien la mort subite

en surfant sur Snapchat ou le fleuve Amazon