samedi 25 avril 2026

Dictons de chatons

 

Publié sur le site MilEtUne d'après une liste de dix mots en cha ...


Chercher le chas de l'aiguille dans une meule de chafouin peut rendre fourbe


Il n'est si petit chagrin de sable qu'on ne puisse observer à la chaloupe à moins qu'elle ne chavire victime d'un grain


Un chasseur peut-il chasser sans son chafrère au risque de briser un lien charnel ?


Il ne faut pas vendre le chapeau du chaource avant de l'avoir chassé


Mozart disait que le chalumeau c'est du pipeau quand Paul Bocuse disait que le chalumeau c'est du flageolet


Et pour finir sur une touche festive :

Le champagne c'est chacrémant bon (avec modération)



samedi 11 avril 2026

La machine à remonter


Publié au Défi Du Samedi sur le thème RADOTAGE



Un matin - mais était-ce un matin -, il fallut bien se rendre à l'évidence : le temps avait bel et bien disparu.


Quand tout le monde ou presque se fut rendu à « L'Eve y danse » - la dernière guinguette encore ouverte dans le canton - le préfet prit la parole en promettant de la rendre : "Boudiou! Je vous donne ma parole que nous allons rapidement trouver une solution à ce fâcheux contre-temps".
La dernière fois qu'il avait dit ça, c'était quand notre fontaine municipale s'était tarie mais j'étais trop jeune pour m'en souvenir et le vieux Paniole n'avait pas son pareil pour en parler.


Vint le tour des questions et chacun tour à tour de faire le tour de la question.
Un garçon vacher voyait le mal en pis et jurait mort aux vaches qu'on était tous foutus tandis que les moissonneurs voyaient le mal en épis.
Monsieur Papillon l'horloger et son éternelle mauvaise foi s'étaient abstenus de venir, prétextant qu'ils n'avaient pas le temps et qu'ils donneraient leur avis en temps utile.
Notre
 jeune instituteur fit justement remarquer que nous avions désormais tout le temps pour y réfléchir sauf que lui était jeune et l'un des rares du canton à être équipé pour réfléchir.
Le clerc de notaire pour qui le temps n'était qu'argent tripotait sa montre dans l'espoir de voir gigoter sa trotteuse et déclara qu'à partir de dorénavant il faudrait gagner du temps.

Des bigotes égrenaient leurs chapelets, retenant dans leurs doigts flétris des perles d'un autre temps en priant Dieu pour qu'il revienne.
Les optimistes affirmaient que de tout temps on avait toujours eu le temps et qu'il allait revenir d'avant longtemps, ce qui ne rassura personne.
Un rastaquouère venu des calanques grecques ou d'on-ne-sait-où osa même prétendre qu'il fallait relativiser le problème mais un cri tonitruant l'interrompit.
"Qui a bien pu tuer le temps?"
La voix forte du 'gardian' avait résonné dans le troquet comme une plombe sur la grosse cloche du campanile aussi personne ne s'avisa de répondre, chacun ignorant qu'il existât une date d'ouverture de la chasse au temps.


Peut-être n'était-il pas tout à fait mort et l'idée d'un mi-temps commença même à circuler dans une assistance fébrile et prête à toutes les concessions. Les initiatives les plus folles fusèrent de toutes parts: laisser du temps au temps, chercher lanterneja (midi à quatorze heures) et bien d'autres galéjades encore.


Comme le vieux Paniole se levait le brouhaha finit en soupir; à le voir péniblement ouvrir la bouche, chacun comprit qu'il allait prendre son temps mais après tout c'était le sien et il était compté.

Il commençait toujours ses phrases par « De mon temps » mais pas cette fois.
"Depuis des lustres..." dit-il "j'ai dans ma remise une machine à remonter que m'avait laissé en gage un certain Wells... un excentrique à qui j'avais prêté ma mule mais qui n'est jamais revenu".


"Le vieux Paniole radote encore, on n'est pas sortis de la guinguette!" ironisa Monsieur Papillon l'horloger.
"Alors si le coeur vous en dit de la remonter..."conclut le vieux en se rasseyant "je l'échange volontiers pour une paire de mules".
Le soir même - mais était-ce le soir - il fallut bien quitter « L'Eve y danse » et le troc eut lieu: un couillon reçut une sorte de sablier géant avec deux cordages et le vieux Paniole une paire d'espadrilles...


samedi 28 mars 2026

Inepties primaires

 Publié au Défi Du Samedi sur le thème : Palimpseste

Dans l'Antiquité, parchemin manuscrit effacé sur lequel on a réécrit






Je ne gommerai plus la copie de ma voisine pour y inscrire des inepties

Je ne gommerai plus la copie de ma voisine pour …


Je ruminais en mon for intérieur en songeant qu'il me restait encore quatre vingt dix huit lignes à copier sous le regard faussement sévère de notre maîtresse.
Les grosses lunettes à monture d'écaille qu'elle portait par souci d'autorité n'ôtaient rien à ses jolis yeux bleus qui n'avaient besoin d'aucune correction, du moins le croyais-je à l'âge où les mots myopie et presbytie n'étaient pour moi qu'un supplice de plus, le dur combat du i et du i grec!


Pour la petite histoire c'est à cette époque que j'appris quelle réputation on donne aux femmes à lunettes mais ayant déclamé haut et fort cette soi-disant vérité lors d'une réunion de famille, l'avoinée qui s'ensuivit m'ôta pour longtemps l'envie d'en savoir plus sur les moeurs des binoclardes.


Mais je m'égare.

Ce jour-là ma voisine de pupitre s'appelait Mauricette une rouquine rondouillarde au sourire niais qui m'avait suffisamment humilié en géographie pour mériter ma forfaiterie.

Elle avait eu une crise de fou rire lorsque j'avais affirmé que la France se situait au milieu du monde, donc bien placée.

Aussi avais-je subtilisé sa copie pendant la récré pour y ajouter quelques mots issus de mon imagination débordante.

En lisant « sa » prose notre maîtresse apprit que :

« A la fin des cours la connerie retentit »

« Le caviard pousse dans des poissons très chairs »

« Les os des jambes sont les tibias et les Pyrénées »


Si j'avais eu plus de temps j'aurais ajouté cette phrase évidente pour moi « Il faut faire ses devoirs à la maison … pour pouvoir dormir en classe »


Quand j'aurais fini d'écrire mes cent lignes il me resterait à effacer mes « inepties » sur la copie de cette gourde de Mauricette.
J'aurais alors créé sans le savoir mon premier et dernier palimpseste, un mot que j'aurais eu du mal à orthographier à l'époque tout comme aujourd'hui.

samedi 21 mars 2026

Mémoire volatile

 

Publié sur le site MilEtUne d'après 10 mots imposés


Un ornithologue un peu perché que d'aucuns nomment « l'oiseau rare » s'interroge dans son laboratoire … il en est ainsi des gens à la mémoire volatile :


Un miroir aux alouettes peut-il refleter aussi des mouettes, des fauvettes et des chouettes ?


Peut-on danser la danse des canards en col vert ?


Dans l'Eure un livreur peut-il livrer plus d'un bouquin dans l'heure ?


Les forgerons habitant Clermont-Ferrant sont-ils en général maréchal-ferrants ?
Une pluie battante est-elle plus forte qu'une douche écossaise ?
Est-ce qu'un vent de renouveau peut récolter la tempête ?
Une grande mosaïque disparate doit-elle contenir plus de dix parates ?


« Saperlipopette ! » s'écrie t-il hors de contrôle.

Bayer aux corneilles ou faire l'autruche, après tant de questions … il hésite encore

samedi 14 mars 2026

Sur un air de Charles Trenet

 

Publié sur MilEtUne d'après l'illustration






Aux environs des années cinquante
Lorsqu'on redécouvrait l'hippomobile
Une hippo-stoppeuse souriante

Guettait un providentiel coupe-file


en chantonnant cet air connu :

Je t'attendrai à l'aire de covoiturage

Tu paraîtras dans ta superbe hippo
Il fera nuit, mais avec le péage
On pourra voir jusqu'au flanc du coteau

Nous partirons sur la route de Narbonne

Toute la nuit le cheval crottera

Et derrière nous direction Carcassonne

Un gros bouchon klaxonnera


Customisée à la manouche

Ta roulotte au teint chatoyant

Fera dire aux gens, la voyant

Passons notre chemin... pas touche !


Pied au plancher de ta roulotte

Tu cabreras le percheron

qui trottera des paturons

une vraie course à l'échalote


A ce furieux train-train d'enfer

Pour qu'il survive priant l'essieu

Les roues de bois cerclées de fer

Lanceront des éclairs aux cieux


Le lendemain ces randonnées
Nous conduiront à Montauban
Suivis d'une horde effrénée
Qui nous traitera de talibans !


Pour terminer ce délire de poète
Et pour fêter ce retour au passé
D'aucuns nous suivront à bicyclette
En freinant bien pour ne pas nous dépasser
En freinant bien pour ne pas nous dépasser


Aux dernières nouvelles l'hippo-stoppeuse – moins souriante – attend toujours

Ciel mon destin !

 

Publié au Défi Du Samedi sur le thème : Néphélomancie

(Divination par l'interprétation de la forme des nuages)


C'est dans le blanc laiteux d'un méchant cumulus

ou dans l'oeil d'un stratus aux formes biscornues

qu'une experte voyante haussant les bras aux nues

te dira « Méfie-toi, prends garde à l'autobus »


Pointant la troposphère où traînent les cirrus

chargés de particules aux déserts arrachées

la sorcière habitée s'en va jurer, cracher

que tu seras prochainement chinois ou russe


Ainsi troue le destin notre couche d'ozone

inspirant les devins, prophètes de tout poil

quand d'autres lisent au marc de café, au gasoil


ou que les plus « chébran » à coups de mégabits

nous prédisent l'amour ou bien la mort subite

en surfant sur Snapchat ou le fleuve Amazon


samedi 28 février 2026

Réflexions

 

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration




Trop longtemps sur la berge planté, pensif et viellissant, on pourrait dire bien des choses en somme... Tenez, par exemple


Poétique:

Ô combien d'amoureux, de rencontres d'un soir

sur mes commodités ont su se laisser choir


Cornélien:

Nous partîmes cinq cent du dépôt Ikea

(mais par un coup du sort)

je suis seul rescapé au pied des nymphéas


Aviné:

Ai-je trop abusé du kir, du blanc-cassis ?

Non, ça n'est qu'un reflet nommé l'effet Narcisse


Bergeraquien:

Que dis-je, c'est un trône, un lieu cérémonial

où fier comme Artaban siège un fessier royal


Pieux:

Quand sonne l'angelus priant sur l'accoudoir

le bedeau fatigué balance l'encensoir


Amoureux:

A grands coups de canif, à la postérité

il a gravé leurs noms: Eugène et Maïté


Latiniste:

A force d'accueillir tant de culs malveillants

C'est «A posteriori» que je deviens payant



samedi 21 février 2026

Drôle de tambouille

 

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration





Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Maïa rejoignit les femmes affairées à leur tambouille.
Elle ignora les regards de reproches et les murmures.
Toujours à rêvasser celle-là. C'est pas comme ça que les siens allaient manger chaud.

Son homme était parti tôt à la chasse – son Tartarin comme elle l'appelait souvent – et il allait bientôt rentrer, fier d'exhiber sa besace garnie d'un pangolin chétif ou de quelques bécasses suicidaires.

Maïa allait devoir agrémenter ce festin d'une sauce bien épicée et d'un reste de purée de patates douces.


Cette nuit elle avait fait le même rêve éveillé.

Il ne manquait pas de grandes surfaces incultes autour du village.
Elle y construirait un commerce pour y proposer viande de bison, fruits, baies et colifichets.


Son projet qu'elle imaginait immense s'appelerait Aux Champs ou bien Mammouth et tout le village s'y précipiterait dès l'ouverture ...

Et pourquoi pas des outres de cuir, des calebasses de bois, des écuelles et des gourdes ?


Sous la table les gamines se chamaillaient sans cesse. La fille de Maïa ne cessait de lui réclamer une tablette pour y graver des LOL à destination de ses copines … une tablette !

On n'avait pas encore inventé la roue mais le monde tournait déjà trop vite et Maïa ne pouvait pas être en reste même si son Tartarin – fantasque et menteur – freinait toutes ses initiatives.

En cuisine les femmes avaient fini leurs tâches et la fusillaient du regard.


Demain Maïa irait trouver le vieux sage qui ne s'exprimait que par paraboles. Le seul mot de parabole était une énigme pour tous mais chacun tentait pour soi d'y trouver une vérité.

Il leur parlait d'une étrange menace climatique au prétexte que cette année le marigot était à sec bien avant l'heure.


Il saurait la conseiller quand elle lui aurait avoué son rêve insensé.


Au loin s'élevait une clameur.
Maïa soupira, son Tartarin était de retour au village et déjà les curieux l'entouraient.
Les plus excités prenaient les devants à qui serait le premier à annoncer aux femmes le dernier exploit du chasseur.


Cette fois il avait vu des petits hommes verts dans la forêt, des nains fluorescents venus du ciel dans une immense écuelle ...

Devant sa case le vieux sage se grattait la tête. Il allait devoir trouver une parabole pour ça

samedi 14 février 2026

Gare au loup

 

Publié sur le site MilEtUne avec 11 mots imposés





Ah qu'elle était jolie – une fleur de cytise aux dents – avec ses yeux doux et ses mignons sabots noirs.

Et puis docile et caressante avec cet air débonnaire, un amour de bachelette comme il n'en avait jamais rencontrée dans le canton.

Faisant fi des commérages il l'avait prise toute jeune pour qu'elle s'habitue mieux à demeurer avec lui.

Ceux qui la voyaient n'avaient qu'une envie, celle de lui plamotter le visage comme pour faire tomber ces grains de son qui ornaient ses fossettes gélasines.


Tout allait si bien jusqu'au jour sombre où se présenta une abominable guénuche, une femme de mauvaise vie qui respirait la messéance et les pétoffes par tous les pores de sa vilaine peau.

Elle eut tôt fait d'embabouiner notre jouvencelle et de la convaincre d'apposer sa patarafe hésitante au bas d'un contrat perfide et malveillant.


Il eut beau les tancer toutes les deux – prenant à témoin la beauté des montagnes, la fraîcheur des torrents et la douceur des prairies et la mort dans l'âme, mesurant sa malenchère il dut la laisser partir vers son destin.


Depuis ce jour funeste il n'a de cesse de narrer son infortune – les soirs au coin de l'âtre – usant de ces mots dont seuls les anciens ont le secret, des mots d'un autre temps, du temps où les filles étaient raisonnables et le monde moins cruel

samedi 10 janvier 2026

Paulette et les loubards

 

Publié sur MilEtUne Histoires d'après l'illustration






Quand on partait de bon matin
Sur nos bécanes et nos bourrins
A fond d'manettes
Nous étions quelques gros loubards
Y'avait Fernand y'avait Nanard
Y'avait Kevin dit Pétochard
Et puis Paulette


On était tous à la ramasse
Sous nos casques on était fumasses
A fond d'manettes
Sur le circuit des vingt quatre heures
Sur nos customs et nos roadsters
On se cassait la margoulette
Derrière Paulette


Faut dire qu'elle avait l'coup d'pédale
Elle tenait le record mondial
A bicyclette
Et depuis qu'elle avait huit ans
Elle avait fait en cahotant
Paris-Marseille via Kurdistan
A bicyclette


Aujourd'hui on a tout lâché

Depuis qu'on s'est tous fait flasher

A fond d'manettes

Mais la Paulette elle court encore

faut dire qu'elle a jamais eu d'freins

sa bicyclette


samedi 21 décembre 2024

Sérénade

 

Publié sur le site MilEtUne Histoires avec 10 mots imposés



Ce matin, Germaine chante du Souchon ...


Est-ce qu'on peut ravoir à l'eau de Javel
Des sentiments
La blancheur qu'on croyait éternelle
Avant ?


Je n'aime pas quand elle chante Souchon, ça finit toujours par monter dans les tours, dans les aigües.

Je fais souvent ce rêve fou qu'elle parle en ultrasons !

Certes ça fait aboyer son caniche et ça casse quelques verres en cristal – cadeau de mariage d'oncle Hubert... au siècle dernier – mais j'ai une paix royale.

Germaine continue, la gredine …

Pour retrouver le rose initial
De ta joue devenue pâle

Le bleu de nos baisers du début
Tant d'azur perdu



Question baisers je me souviens qu'au début elle m'avait donné Huit … sur vingt, alors pensez-donc aujourd'hui je suis hors catégorie.

Pourtant à l'époque j'y mettais de la fantaisie … je lui jouais de la harpe avec ma guitare sèche (cadeau de mariage de tante Anastasia... au siècle dernier ; Germaine se pâmait du haut d'une forteresse improvisée avec deux chaises Ikea, des EKEDALEN en hêtre massif (depuis l'âge de bronze y'a pas mieux que les suédois pour les forteresses)

Entre deux grands soupirs de pâmoison, elle m'invitait dans son palais – encore du Ikea, un SKÖNABÄCK en polyester acheté à crédit en 72 mensualités – pour la ranimer.
A défaut de sels de carbonate d'ammonium je lui offrais une barre chocolatée
Poulain car on n'était pas riches à l'époque.

Sans mentir, ça la requinquait illico alors elle me … mince, elle est en train de conclure


Allez ! À la machine !!!


Pourvu qu'elle n'enchaîne pas sur Ultra moderne solitude !

Non, elle ajoute à mon intention « Tu mettras ta couette dans la machine ! Je suis pas ta bonne »











samedi 2 novembre 2024

Le roi Merlin


Publié sur le site MilEtUne Histoires d'après les 10 mots imposés



« Dites donc Mansart, qu'est-ce que c'est que ces machins là-haut qui partent en sucette ? »

« Euh... ce sont des astragales Sire, des moulures entre colonnes et chapiteaux »

« C'est un peu ringard, non ? Il faudrait me ravigoter tout ça, donner un coup de jeune en façade au lieu de tirlipoter tout à loisir votre Galerie des sucettes ! »

« Euh... des Glaces, Sire … c'est la Galerie des Glaces »

« Ouais, si ça peut vous faire plaisir. En tout cas vous me ferez mettre au frais cet assassin qui a salopé mes astragales qu'on dirait des gros boudins »

« Euh... ce sont effectivement des boudins, Sire quand d'autres disent à tort que ce sont des tores »

« J'ai parfois du mal à vous suivre, Mansart. Et d'où sort ce fabricant de boudins ? »

« C'est un de nos sous-traitants qui officie chez Leroy-Merlin. Leur slogan c'est Inventons le château de demain »

« Plait-il ? Le roi, y'en a qu'un, c'est moi ! D'ailleurs vous voudrez bien faire déposer cette citation sous mon nom de domaine RoiSoleil.org »

« Vos désirs sont des ordres, Sire »
« Quant à ce coup de jeune dont je vous parlais, je verrais bien une grande arena en plein air pour des bals-musette où Lully pourrait jouer ses niaiseries et faire guincher la Montespan et toutes ces précieuses ridicules »

« Comme il vous plaira, Sire »

« Et de grâce, exilez-moi ce soi-disant roi Merlin ! »




samedi 8 juin 2024

Le sparadrap pour les Nuls

 

Publié au Défi Du Samedi sur le thème du Sparadrap


Le sparadrap a été inventé par un dénommé Dézive et sa bande … la bande à Dézive.


Le sparadrap a été conçu pour éviter qu'on presse la compresse puisque qu'elle tient alors sans les doigts, mis à part les doigts qui tiennent au sparadrap.


Il a été conditionné en rouleau mais on peut préférer le pansement individuel prédécoupé ou à découper soi-même.

Si on se blesse en le découpant soi-même on maintient astucieusement ledit pansement avec un sparadrap prédécoupé.


A la SNCF on l'utilise pour tenir les caténaires lorsqu'on doit perfuser une ligne à grande vitesse.


Lorsque le rouleau de sparadrap est enroulé à l'envers on l'appelle pardaraps ; pourtant il vaut le même nombre de points au scrabble.

Le Canada qui ne fait rien comme tout le monde l'appelle diachylon ; il gagne au scrabble grâce à son 'y'.


De nos jours le sparadrap est hypoallergénique c'est à dire qu'il ne provoque pas d'allergie aux chevaux.


Il peut être transparent - ce qui le rend invisible - ou de couleur chair ce qui le rend invisible si votre chair est de la même couleur que lui.


On le trouve toujours dans la trousse de premiers secours à condition de retrouver la trousse de premiers secours.


Contrairement à ce que croient les enfants le sparadrap décoré de motifs animaliers est aussi douloureux à enlever que le sparadrap ordinaire mais il permet de pousser des cris de dinosaure ou d'éléphant selon le motif.


Pour décoller un sparadrap on utilise un sèche-cheveux ; on appelle ça Faire chauffer la colle.

On peut aussi utiliser l'eau chaude même si l'inventeur du sparadrap ne l'a pas inventée.

Si on n'utilise rien on appelle ça un sparadrap permanent ; on a retrouvé des sparadraps permanents ayant servi à embaumer les momies dans certaines pyramides. Ces sparadraps ont servi également à panser les sept plaies d'Egypte.


Le sujet sur Le sparadrap pour les Nuls se termine ici ; je suis au bout du rouleau.






samedi 25 mai 2024

Richard Comment ?

 Publié au Défi Du Samedi sur le thème : Quotient


A l'Agence des Talents du Samedi


« Que diriez-vous de Quotient ? Richard Quotient ça sonne bien, non ? »

« Euh... je ne suis pas très chaud »

« Vous n'êtes pas chaud ? Vous avez pourtant l'air un peu crâmé ces temps-ci »

«C'est parce que j'ai attrapé un coup d'soleil... un coup d'amour, un coup d'je t'aime, quoi »

« Faites moi confiance. Songez que c'est moi qui ai lancé Sylvie Vatan »

«Sylvie Vatan ? »

« Oui et voyez le résultat... elle est partie »

« C'est vrai... elle n'est pas là, et si je rêve tant pis »

« A votre avis c'est quoi le dénominateur commun entre Calozéro et Vanessa Pardi ? »

« Je sais pas... j'vis à l'envers, j'aime plus ma rue »

« Et bien pardi c'est moi leur dénominateur commun ; c'est moi qui les ai lancés »


« J’mets des photos dans mes chansons et des voiliers dans ma maison »

« Oui c'est bien ça mais y vous faut un nom. Richard ça suffit pas ; Richard ou Tony ça peut pas marcher »

« Pourtant Richard ou Tony il avait cartonné avec son train qui sifflait »

« Connais pas. C'est pas moi qui l'ai lancé celui-là »

« Et Richard Container et son gentil p'tit Youki ? Il a pas cartonné Richard Container ? »

« C'est l'exception qui confirme la règle. Il vous faut un vrai nom »


« En attendant j'vis à l'envers, j'aime plus ma rue... »

« Oui c'est pas mal ça et vous allez me dire aussi J'fais du bateau dans mon quartier, il fait très beau, on peut ramer »
« Waou ! Vous la connaissez ? »

« Bien sûr, c'est moi qui avais lancé ce... comment je l'avais appelé celui-là ? »

« Ben c'est moi ! »

« Ah oui ! Henri Salve d'Or »

« Mais non c'est moi ! Même que ça fait : J’avais cent ans, j’me r’connais plus ! »

« Cent ans c'est rien. Lui il chantait Nos ancêtres les gaulois... Nanana... souvenez-vous : Faut rigoler ! »

« Faut rigoler. Vous en aves de bonnes. Ça y est, c’est sûr, faut qu’j’me décide... J’vais faire le mur et j’tombe dans l’vide »

« Calmez vous. C'est pas si grave. On va dire Richard X pour commencer, et puis si jamais ça marche on avisera »


(Soupir)

« Richard Onavisera, c'est pas terrible non plus »





samedi 4 mai 2024

Tenez bon

 

Publié au Défi Du Samedi sur le thème Nounou




Très tôt je m'suis rendu compte que ça s'rait pas d'la tarte!

Même sans dents j'aurais préféré une tarte aux noyaux de cerises plutôt que ce morceau d'caoutchouc sensé épargner le téton maternel mais qui n'en avait ni le velouté, ni le goût et encore moins ce je ne sais quoi d'indéfinissable qui vous fait monter aux rideaux avant de descendre au fond d'la couche.

Si j'avais eu l'choix entre l'caoutchouc et une grosse mamelle de nourrice même moustachue j'aurais pas hésité une seconde.

De mal en pis et après des jours d'intense mastication - c'que j'appelle téter et s'entêter - j'me suis rendu à l'évidence: c'était pas comestible.

 

Si on m'avait demandé mon avis je serais né plus tard; j'aurais au moins connu le frisson du danger et cette ivresse de la tétine gazée à l'oxyde d'éthylène, cette même saloperie qui donna aux poilus d'la grande guerre ce fameux p'tit goût d'moutarde.

C'est fastoche de critiquer aujourd'hui le plastoc et le “bisphénol A” quand on n'a pas connu l'biberon en verre et découvert avec horreur que ces machins qu'on vient d'cramer en deux secondes c'étaient des doigts.

 

Tenir... il fallait tenir le biberon et tenir bon pour espérer un jour ressembler à sa frangine qu'on autorisait à s'enfourner toute seule - comme une grande - une cuillère de potage dans l'oreille.

Moi qui aspirais plus au repos que leur mélange dopé à la Blédine, je trouvais que la barre était déjà haute pour mon âge.

Pourtant les grands prenaient un plaisir sadique à la monter plus haut à chaque progrès réalisé: d'abord la tétine monotrou, puis à deux trous, puis à trois trous - façon ocarina - et le fameux rototo obligatoire, celui qui cocote, qui arrose au large mais qui soulage tellement les adultes.

 

A cinq semaines - soit un nombre incalculable de rototos - constatant qu'on me foutrait jamais la paix je décidai de faire la gueule: les grands appelaient ça un sourire et jusqu'à ce jour je ne les ai jamais contredits.

Mis à part le faux sourire et le Areu que j'avais assimilé pour leur faire plaisir je m'exprimais maintenant en Grouic de cochon et sifflements de mainate que mon entourage interprétait à sa guise; de toute manière mon avis importait peu.

A l'échelle du chiard que j'étais, cinq semaines ça faisait déjà un bail, alors quand on m'a expliqué qu'j'm'assoirais dans six mois j'ai compris qu'y s'passerait du temps et des centaines de rototos avant d'avoir le plaisir indicible de tasser ma couche avec tout c'qu'y a dedans ...

 

S'accrocher... y fallait s'accrocher si j'voulais un jour être grand comme les grands, avoir le même appareil dentaire que ma cousine Philomène, des poils roux comme Oncle Hubert et goûter au fameux boeuf-carottes de tante Marthe.

Mais s'accrocher, c'est facile à dire quand tout bouge autour de vous et qu'on vous a pas rancardé sur les règles.

Les grands appellent ça l'expérience.

Alors dans l'genre expérience j'me suis frotté au déambulateur de pépé, à mon ch'val à bascule et aux soutifs à armature de tante Marthe.

Les grands pensaient que j'souriais à chaque tentative mais moi j'sais bien que j'faisais la gueule.

 

Chez nous l'dimanche, les vieux sortaient les grands crûs et s'les descendaient sans même un regard pour celui qui biberonnait le picrate du père Guigoz.

Quand j'pense à tous les Ruchotte-Chambertin qui m'sont passés sous l'nez et que j'reverrai plus jamais, ça m'fout la glotte en capilotade.

Pour nous les chiards, le dimanche c'était la barboteuse bouffante avec les p'tits élastocs qui serrent les cuisses à vous couper l'sang... mais comme j'voudrais pas casser l'moral aux chiards qui viendront après moi, j'préfère arrêter ici les souvenirs cuisants.

 

J'leur souhaite bien du plaisir! Parait qu'maintenant les tétines sont en silicone et les seins aussi, d'ailleurs!

Alors j'ai qu'un mot à leur dire, à tous ceux qui décideraient d'poursuivre l'aventure dans ce monde implacable: “Tenébon”.

 

 


samedi 13 avril 2024

Kleptomanes

 

Publié au Défi du Samedi sur le thème Kleptomane


Dès l'âge de la maternelle

en pleine guerre des boutons

des parties de saute-mouton

je volais de mes propres ailes


Des encriers de porcelaine

aux bons points du premier de classe

sur les traces de Fantômas

je piquais tout, mes poches pleines


A trop effeuiller Marguerite

on me disait érotomane

quand je n'étais qu'un kleptomane

j'ai volé sa pipe à Magritte !


Marguerite n'en voulait pas

« Ce n'en est pas une » dit-elle

mais l'occasion était trop belle

quand je dérobai un Vespa


On a roulé jusqu'à Paname

califourchon et amazone

avant d'avoir franchi la zône

elle m'avait volé mon âme



samedi 16 mars 2024

Gospel au Palais

 

Publié au Défi du Samedi




Cette belle journée de juillet était prometteuse ; je flânais sur l'île de la Cité dans le sillage des jupes d'été de quelques belles oisives quand un brouhaha incongru parvint à détourner mon regard aimanté vers les marches du Palais de Justice.

Des énergumènes en robes noires ornées de slogans entonnaient ce que j'identifiai comme la Marseillaise.

Au quatrième couplet – Tremblez, tyrans et vous perfides – je m'approchai des braillards et je leur suggérai l'incontournable Oh Happy Day, un chant que j'affectionne mais qui n'était visiblement pas dans leurs cordes … vocales.

« On n'est pas un groupe de Gospel » me cria un grand escogriffe au visage rubicond (en un seul mot) et il ajouta « On est des greffiers » en montrant du doigt le slogan placardé sur sa poitrine.

« Pardonnez-moi » dis-je au rubicond « vous êtes peut-être des greffiers mais vous n'êtes pas en polaire »
Le groupe avait cessé de chanter – ce qui était une bonne chose en soi – et scandait « Justice en colère. Révisez nos salaires ».

Je compris ma bévue d'autant plus qu'une tenue polaire en plein mois de juillet eut été mal seillante pour ne pas dire provocante.


La dernière fois que j'avais vu un greffier en colère remontait à l'époque où j'avais voulu changer la marque de croquettes de Nelson … mon chat.

Certains énergumènes mécontents de leur nouvelle grille des salaires s'y étaient cramponnés, tentant de l'escalader malgré l'intervention d'une brigade de queufs.

« Vous réclamez quoi au juste ? » m'enquis-je auprès d'une greffière échevelée.

« On veut une audience à la Chancellerie » me répondit-elle.

Je lui fis remarquer que la chancellerie ne chancellerait pas si facilement.


Elle semblait déterminée et me lança tel un défi « Tout n'est pas perdu »

« Comme la salle ? » répondis-je, fier de ce bon mot.

« Quel Lassalle ? Jean Lassalle ? » aboya t-elle en agitant sa chevelure flamboyante comme l'étendard sanglant de l'hymne qu'ils venaient de massacrer.

« La salle des pas perdus » bredouillai-je, déçu que ma vanne soit tombée à l'eau, bien qu'une vanne soit destinée à tomber à l'eau un jour ou l'autre.

Elle fronça les sourcils qu'elle avait permanents et charnellement bien dessinés, fit un effort pour digérer le jeu de mots avant d'éclater d'un rire cristallin … j'étais sous le charme.

Je venais de me réconcilier avec ces « gens-là », des fonctionnaires à qui je n'avais rien à reprocher mais que j'avais toujours snobés sans trop savoir pourquoi.

« Tu te joins à nous ? » quémanda t-elle en se pendant à mon bras.

Elle avait la même teinte de cheveux que la fiancée québécoise de son ministre mais je me gardai bien de lui faire remarquer cette malencontreuse coïncidence.

J'eus préféré un tête-à-tête mais je l'accompagnai jusqu'à la grille controversée qu'on entreprit d'escalader.

Elle grimpait si bien malgré sa longue robe que j'eus comme un étourdissement.



Je retrouvai mes esprits tandis que la voiture de police – sirène bloquée – qui nous convoyait promptement vers le commissariat du 1er traversa le pont Royal, ce même pont qu'emprunta le cortège funèbre de Voltaire mais pour l'heure je m'en foutais … royalement.

Si on m'avait dit qu'un jour une jolie fille rousse et fonctionnaire me caresserait le cuir chevelu d'une main manucurée, j'aurais crié au fou !

La matraque des forces de l'ordre m'avait fait pousser un œuf de pigeon du plus bel effet.

Serrés sur un banc on attendait maintenant le bon vouloir d'un certain commissaire divisionnaire.

Ledit visionnaire qui possédait un strabisme prononcé et un humour à deux balles nous colla un rappel à la loi avant de nous foutre sur le trottoir.

On entendait au loin péter des grenades et une fumée noire montait sur l'île dans le ciel d'un bleu éclatant de juillet.

«C'est quoi ton p'tit nom ? » ai-je demandé à ma rousse flamboyante.

On ne s'était même pas présentés.

« Claire » répondit-elle. Ça lui allait bien.

« Et toi ? » ajouta t-elle.

J'ai dit « Juste » sans savoir pourquoi .

« Leblanc ? » a t-elle ajouté avec ce même rire cristallin qui m'avait conquis.

On était sur la même longueur d'onde.

Elle a dit « T'en as encore beaucoup des comme ça ? »

« J'en ai plein ma chambre » osé-je.

Ça a eu l'air de lui convenir