La balance à péache publié sur DéfiDuSamedi
Juste avant
de goûter un repos bien mérité, Dieu créa Adam et Eve et je l'en
remercie puisqu'à un jour près je n'aurais pu écrire ce Traité
d'Acidité. Adam aurait dit
selon des témoins "Dieu créa Adam mais Eve" après qu'elle se fut
empressée de lui offrir ce que Dieu avait créé au troisième jour et qui
reste aux hommes en travers de la gorge... un fruit au
péache plutôt acide.
Expliquons qu'au premier jour la formation des planètes et
l'embrasement du soleil avaient donné naissance à "l'hydre aux gènes" et
donc au péache qu'on nomme aujourd'hui pH.
Dès lors le grand combat entre acide et basique allait commencer:
Placide contre Al Calin ou Comment Satan met son grain de sel dans le
panier de la ménagère.
Stressé par ce premier pépin, Adam regardait baisser son péache avec
inquiétude; alors Dieu créa le sommeil pour son plus grand plaisir et au
grand dam d'Eve qui était assez chaude selon des
témoins au-cul-l'air.
Alors Satan créa le café, y ajouta le sucre et je l'en remercie tant j'aime le café sucré.
Le péache d'Adam en prit un coup mais c'était sans compter sur Dieu
qui riposta en créant les volailles puis les oeufs ou le contraire, puis
de mal en pis le fromage et enfin les fameux yaourts au
bifidus actifus.
Le combat allait durer longtemps puisque 400 ans avant JC, Hippocrate
qui n'était pas à un serment près déclarait « l’acide est le plus
nuisible des états d’humeur".
A cette époque Adam avait pris de la bouteille ce qui n'arrangeait
rien, et pas mal de thé-citron créé par Satan à défaut du Coca Cola...
mais il ne perdait rien pour attendre, d'après le devin Yes
OuiCane.
Patates, bananes et fayots étaient arrivés à point nommé pour le
sauver d'une mort certaine et buvant la bonne parole, Adam se sentit un
peu rassuré:
"Mange cinq fruits et légumes par jour, et tu auras la vie sauve".
Facile à dire quand l'Autre exhibe le miel et les six rôts des rables !
Monté sur sa balance à péache, marque déposée par Dieu, Adam qui
n'était pas bégueule s'efforçait de tutoyer le chiffre Sept du mieux
qu'il pouvait sous le regard indifférent d'Eve qui ne pensait
qu'à son plaisir selon des témoins.
Eve usait beaucoup des bains de mer depuis que Satan avait ensablé
Cabourg et Deauville, et surtout de l'absinthe créée par Dieu,
soi-disant pour soigner le mal de mer... mais les absinthes ont
toujours tort!
Dès lors ni l'Antiquité ni le Moyen Age et surtout pas le Second
Millénaire n'auront su consolider cet équilibre des plus fragiles; alors
à vos balances à péache... enfin, c'est vous qui voyez, et
arrêtez de penser que là où il y a de l'hydrogène il n'y a pas de
plaisir.
J'écris sous la torture et ça me plait. Parce que j'aime les contraintes, parce que "même grasse, la risette du Mans n'a jamais fait de mal à personne" et parce que "Ne rien dire, nuit gravement à la santé"
vendredi 15 mai 2009
dimanche 10 mai 2009
Tout est relatif
Publié sur Les Impromptus Littéraires le 9 mai 2009 (dé)raisonner
sur la relativité
Tout est relatif
Rien n'est absolu
Des superlatifs
aux mots les plus nus
La longueur des tifs
Du chauve au velu
Cuisson du roastbeef
bien cuit ou trop cru
Du beau pendentif
Au vieux clou tordu
Du blanc maladif
au rosé jouflu
Du pinard festif
au premier grand crû
Des moins créatifs
jusqu'aux Impromptus
Tout est relatif
Rien n'est absolu
Tout est relatif
Rien n'est absolu
Des superlatifs
aux mots les plus nus
La longueur des tifs
Du chauve au velu
Cuisson du roastbeef
bien cuit ou trop cru
Du beau pendentif
Au vieux clou tordu
Du blanc maladif
au rosé jouflu
Du pinard festif
au premier grand crû
Des moins créatifs
jusqu'aux Impromptus
Tout est relatif
Rien n'est absolu
mercredi 29 avril 2009
Marché aux puces
M alle des Indes nostalgique
A lambic culotté
R ond de serviette ovale
C rinoline rapiécée
H éron empaillé
E scabeau unijambiste
A méthyste éteinte
U niforme dégradé
X ylophone muet
P ébroque débaleiné
U stensile inutile
C oupe-chou émoussé
E dredon déplumé
S coubidou emmêlé
A lambic culotté
R ond de serviette ovale
C rinoline rapiécée
H éron empaillé
E scabeau unijambiste
A méthyste éteinte
U niforme dégradé
X ylophone muet
P ébroque débaleiné
U stensile inutile
C oupe-chou émoussé
E dredon déplumé
S coubidou emmêlé
dimanche 26 avril 2009
Cocorico
Thème: Lettre d'adieu... publié le 20-04-09 sur samedidefi.canalblog.com
Cocorico
Oloron Sainte-Marie
Patron
J'ai fait cette lettre pour que vous soyez pas surpris de pas m'trouver au poulailler comme d'hab.
Comme mon chant du matin c'est devenu "un trouble manifestement illicite", j'veux vous éviter l'amende de 68 euros vu que j'ai pas l'intention d'arrêter d'chanter.
Vous direz bien aux poulettes que j'les regretterai, surtout Britney.
Avec les 68 euros d'économie vous pourrez acheter un réveil-matin; y z'en ont à Decor Home rue de la cathédrale enfin vous verrez.
Coco Rico
Cocorico
Oloron Sainte-Marie
Patron
J'ai fait cette lettre pour que vous soyez pas surpris de pas m'trouver au poulailler comme d'hab.
Comme mon chant du matin c'est devenu "un trouble manifestement illicite", j'veux vous éviter l'amende de 68 euros vu que j'ai pas l'intention d'arrêter d'chanter.
Vous direz bien aux poulettes que j'les regretterai, surtout Britney.
Avec les 68 euros d'économie vous pourrez acheter un réveil-matin; y z'en ont à Decor Home rue de la cathédrale enfin vous verrez.
Coco Rico
lundi 20 avril 2009
Perles de régime
publié sur Les Impromptus Littéraires
Compte-rendu de dissertation: Classe de 6ième de Mme Dodu
Sujet: Que vous inspire le mot régime (à la maison, dans votre entourage)
C'est faire attention à ce qu'on mange; ça s'appelle un régime Ali menteur; parce que les arabes ont inventé le chiffre zéro qui a donné maintenant le "zéro pour cent" très dégueulasse.
Ma soeur mange très vite pour pas grossir; elle dit que c'est son régime mince heure. Nous, on la trouve assez maigre vu qu'elle va danser presque toute les nuits chez Régime.
Mes parents ont supprimé toutes les infusions pour faire un régime sans thé; ça fait marrer mon père qui dit il y a le régime sans thé ton, sans thé Nice et surtout sans thé Taklac quand je suis pas là...
Ma mère est dégoutée parce qu'elle dit qu'en deux semaines, elle a juste perdu quinze jours, et quand les voisins lui demandent "Qu'est ce que tu as fait de beau à Pâques ?", elle dit "J'ai pris deux kilos".
J'ai entendu parler à la télé des différents régimes: le régime basque à Lorie, le régime Mayo pour les vacances, le jeûne pour ados et aussi il y a le régime dit saucier.
Mon grand frère dit que un truc qui rime avec frime, victime et crime c'est jamais un bon truc.
Le boucher a dit à ma mère en rigolant "Y'a plus! Je vous mets tout ?", mais elle a dit non à cause de son régime.
En 1940 le maréchal Pétain a fait le régime de Vichy à cause de la pénurie d'alcool.
Le régime socialiste est soutenu par la maire de Lille: on l'appelle le régime au Brie.
Jusqu'en 1991, l'URSS était sous le régime de l'Union Diabétique.
Aujourd'hui on est sous le régime des mots crades parce que chacun peut dire ce qu'y veut.
samedi 18 avril 2009
Ca mange quoi un écrivain?
Vous pouvez 'louer' ou inviter un écrivain le temps d'un diner.
Publié le 12-04-09
Moi qui gagne à être connu et cinq euros trente au Loto tous les deux mois , je regarde ce courrier comme si c'était un OVNI: "Vous êtes le gagnant de notre grand jeu L'Invité du Samedi; passez une soirée inoubliable avec l'un des personnages suivants en l'invitant à votre table".
Y sont marrants, eux... y'a des dizaines de noms là d'dans et que des écrivains! Ca mange quoi un écrivain?
Vu qu'on est déjà jeudi, je m'propulse vers la cuisine en parcourant d'un oeil la liste... enfin, le foutoir passe qu'y z'ont pas pris la peine de les ranger par sexe ou par époque, par genre ou par ordre alphabétique.
J' serais moins dans la mouise si y les avait triés par goûts culinaires: les gros mangeurs, les picoreurs, les végétariens, les diabétiques.
Même si cette "soirée inoubliable" doit nourrir nos esprits plus que nos estomacs, je dois faire honneur à mon hôte, et je tremble à l'idée de passer à côté d'une super rencontre à cause d'un mauvais filet d'boeuf ou d'un reste de calamars... tiens, je viens d'me priver d'un coup de Chateaubriand et de Jules Verne !
Y sont marrants, eux... Connaissent pas la crise économique; j'ai ouvert le frigo et si Rabelais était devant, il prendrait ça pour une verrine.
L'inventaire est vite fait: les haricots sont trop verts et bons pour des goujats... du réchauffé pour La Fontaine.
J'ai bien un reste de dindon pour Feydeau, mais un peu faisandé; si j'osais je le baptiserais bartavelle histoire d'attirer Pagnol à ma table!
Une forte odeur m'inquiète... Ah c'est juste mon calembour qui date un peu, mais je les aime bien faits: qui en voudrait à part Sartre qui n'est plus à une nausée près.
J'inviterais bien Boris Vian, mais où j'vais trouver des cantilènes en gelées ou des Cent Sonnets en si peu de temps?
Je sens ma soirée inoubliable qui capote... "mon frigo est désert c'est la faute à Voltaire, plus rien dans mon frigo c'est la faute à Rousseau". C'est pas malin, ça et ça résoud pas mon problème.
Y aurait bien quelques écrivains belges, Edmond Picard qui doit y tater en surgelés ou Robert Poulet une fois.
Si j'savais faire un festin avec trois fois rien... Bon sang! Mais c'est bien sûr! Y en a un qui a écrit des bouquins la dessus, c'est comment déjà? Oui, Coffe, Jean Pierre Coffe! Ah oui, seulement y l'ont pas mis dans la liste.
Ben tant pis... j'vais faire simple, j'vais inviter mon ancêtre, mon cousin espagnol Lope de Vega.
C'est pas que Felix soit drôle, c'est pas sa faute, les dramaturges sont tous comme ça, mais j'suis sûr qu'il aimera la paëlla réchauffée...
Publié le 12-04-09
Moi qui gagne à être connu et cinq euros trente au Loto tous les deux mois , je regarde ce courrier comme si c'était un OVNI: "Vous êtes le gagnant de notre grand jeu L'Invité du Samedi; passez une soirée inoubliable avec l'un des personnages suivants en l'invitant à votre table".
Y sont marrants, eux... y'a des dizaines de noms là d'dans et que des écrivains! Ca mange quoi un écrivain?
Vu qu'on est déjà jeudi, je m'propulse vers la cuisine en parcourant d'un oeil la liste... enfin, le foutoir passe qu'y z'ont pas pris la peine de les ranger par sexe ou par époque, par genre ou par ordre alphabétique.
J' serais moins dans la mouise si y les avait triés par goûts culinaires: les gros mangeurs, les picoreurs, les végétariens, les diabétiques.
Même si cette "soirée inoubliable" doit nourrir nos esprits plus que nos estomacs, je dois faire honneur à mon hôte, et je tremble à l'idée de passer à côté d'une super rencontre à cause d'un mauvais filet d'boeuf ou d'un reste de calamars... tiens, je viens d'me priver d'un coup de Chateaubriand et de Jules Verne !
Y sont marrants, eux... Connaissent pas la crise économique; j'ai ouvert le frigo et si Rabelais était devant, il prendrait ça pour une verrine.
L'inventaire est vite fait: les haricots sont trop verts et bons pour des goujats... du réchauffé pour La Fontaine.
J'ai bien un reste de dindon pour Feydeau, mais un peu faisandé; si j'osais je le baptiserais bartavelle histoire d'attirer Pagnol à ma table!
Une forte odeur m'inquiète... Ah c'est juste mon calembour qui date un peu, mais je les aime bien faits: qui en voudrait à part Sartre qui n'est plus à une nausée près.
J'inviterais bien Boris Vian, mais où j'vais trouver des cantilènes en gelées ou des Cent Sonnets en si peu de temps?
Je sens ma soirée inoubliable qui capote... "mon frigo est désert c'est la faute à Voltaire, plus rien dans mon frigo c'est la faute à Rousseau". C'est pas malin, ça et ça résoud pas mon problème.
Y aurait bien quelques écrivains belges, Edmond Picard qui doit y tater en surgelés ou Robert Poulet une fois.
Si j'savais faire un festin avec trois fois rien... Bon sang! Mais c'est bien sûr! Y en a un qui a écrit des bouquins la dessus, c'est comment déjà? Oui, Coffe, Jean Pierre Coffe! Ah oui, seulement y l'ont pas mis dans la liste.
Ben tant pis... j'vais faire simple, j'vais inviter mon ancêtre, mon cousin espagnol Lope de Vega.
C'est pas que Felix soit drôle, c'est pas sa faute, les dramaturges sont tous comme ça, mais j'suis sûr qu'il aimera la paëlla réchauffée...
lundi 13 avril 2009
Panique à Green Hill
publié sur Les Impromptus
Littéraires
Depuis qu'il avait ouvert ses mirettes un soir de juin, il y a bien trente années de ça, Amadou avait toujours été captivé par le rayonnement jaune-orangé du feu de camp, d'abord pour le réconfort de sa chaleur mais davantage pour sa lumière dansante qui donnait aux corps accroupis des airs de fantômes tremblants.
Aujourd'hui toute cette lumière, il la retrouvait chaque nuit accompagnée d'étincelles dans les yeux de Tara juste avant qu'elle ne s'offre à lui, la croupe tendue comme un calice doré.
Une fois de plus, Amadou aligna méthodiquement ses tubes de roseau devant lui sous le regard interloqué des gosses qui ne comprenaient pas qu'un adulte puisse passer des jours à jouer ainsi.
Ils allaient voir tous ces chacals qui ricanaient sur son passage depuis qu'il avait annoncé son projet... ils allaient en voir de toutes les couleurs! On ne l'appelait pas Amadou pour rien, lui qui semblait être né avec des pierres de quartz dans les mains; depuis l'éruption magique du volcan Yasur qui avait semé la terreur sur toute l'île de Tanna, il avait compris quel serait son destin, ce pourquoi il avait grandi sur cette terre aride et inhospitalière; il allait créer son oeuvre de feux multicolores et d'explosions assourdissantes, un spectacle que les siens et même leurs proches ennemis n'oublieraient plus jamais après l'avoir vu!
Tara croyait en lui et l'accompagnait souvent dans les expériences secrètes qu'il menait à l'écart du groupe à la nuit tombante. Accroupie à distance raisonnable de ces engins magiques, elle l'avait vu progresser, se brûler les doigts aux tisons rougeoyants, tordre en gromelant la mêche rebelle de fibre graisseuse, pester quand le tube de roseau faisait long feu... puis de timides lueurs avaient pris leur envol par dessus les grands arbres en sifflant comme le milan et elle avait tapé dans ses mains tellement tout ça était merveilleux!
Elle se précipitait vers son dieu, voulait s'offrir encore mais il la repoussait, en proie à une excitation bien plus bestiale, mélangeant à nouveau des pincées de salpêtre et de soufre à la terre rouge du sol.
Il était loin d'être satisfait même si Tara était subjuguée... ça devait aller plus haut, péter plus fort et il bourrait fortement la terre au bout du roseau à s'en écorcher les doigts. Pour les couleurs, il avait testé tout ce que la nature pouvait offrir dans son sol mais il n'obtenait que des rouges et des jaunes alors qu'il rêvait de faire jaillir le bleu lumineux du corail, le vert des grands iguanes et toutes ces nuances qui irisaient ses rêves et teintaient ses nuits agitées.
Quand il eut découvert l'effet surprenant du mica et qu'il se fut résigné à ces seules couleurs or, sang et blanc; quand il eut manqué d'incendier toute la canopée et dépassé la cime des plus grands eucalyptus d'au moins cinq jets de fronde... il décida qu'il était fin prêt pour montrer son oeuvre.
D'étranges nuages masquaient la lune ce soir là, le vent était brusquement tombé et Amadou le vit comme un signe; alors d'un geste il avait envoyé Tara battre le rappel de la tribu.
Peu lui importaient les sarcasmes et ceux qui bouderaient son spectacle, il était prêt à assumer la gloire et tous les honneurs qui lui seraient rendus.
Comme il vérifiait pour la centième fois son dispositif dressé sur la colline, la foule des curieux s'était rassemblée et Tara vint près de lui, riant de toutes ses dents; la petite étincelle était là dans ses yeux... alors il prit les pierres de quartz et lui tendit pour la première fois. Elle ne souriait plus, attentive à leurs deux respirations oppressées: elle frappa les pierres de quartz contre la poudre d'amadou, et à cette seconde un grondement terrible jeta la tribu à terre dans un désordre indescriptible.
Les femelles hurlaient en levant les yeux vers l'immense colonne incandescente qui inondait le ciel ! Yasur s'était réveillé.
Depuis qu'il avait ouvert ses mirettes un soir de juin, il y a bien trente années de ça, Amadou avait toujours été captivé par le rayonnement jaune-orangé du feu de camp, d'abord pour le réconfort de sa chaleur mais davantage pour sa lumière dansante qui donnait aux corps accroupis des airs de fantômes tremblants.
Aujourd'hui toute cette lumière, il la retrouvait chaque nuit accompagnée d'étincelles dans les yeux de Tara juste avant qu'elle ne s'offre à lui, la croupe tendue comme un calice doré.
Une fois de plus, Amadou aligna méthodiquement ses tubes de roseau devant lui sous le regard interloqué des gosses qui ne comprenaient pas qu'un adulte puisse passer des jours à jouer ainsi.
Ils allaient voir tous ces chacals qui ricanaient sur son passage depuis qu'il avait annoncé son projet... ils allaient en voir de toutes les couleurs! On ne l'appelait pas Amadou pour rien, lui qui semblait être né avec des pierres de quartz dans les mains; depuis l'éruption magique du volcan Yasur qui avait semé la terreur sur toute l'île de Tanna, il avait compris quel serait son destin, ce pourquoi il avait grandi sur cette terre aride et inhospitalière; il allait créer son oeuvre de feux multicolores et d'explosions assourdissantes, un spectacle que les siens et même leurs proches ennemis n'oublieraient plus jamais après l'avoir vu!
Tara croyait en lui et l'accompagnait souvent dans les expériences secrètes qu'il menait à l'écart du groupe à la nuit tombante. Accroupie à distance raisonnable de ces engins magiques, elle l'avait vu progresser, se brûler les doigts aux tisons rougeoyants, tordre en gromelant la mêche rebelle de fibre graisseuse, pester quand le tube de roseau faisait long feu... puis de timides lueurs avaient pris leur envol par dessus les grands arbres en sifflant comme le milan et elle avait tapé dans ses mains tellement tout ça était merveilleux!
Elle se précipitait vers son dieu, voulait s'offrir encore mais il la repoussait, en proie à une excitation bien plus bestiale, mélangeant à nouveau des pincées de salpêtre et de soufre à la terre rouge du sol.
Il était loin d'être satisfait même si Tara était subjuguée... ça devait aller plus haut, péter plus fort et il bourrait fortement la terre au bout du roseau à s'en écorcher les doigts. Pour les couleurs, il avait testé tout ce que la nature pouvait offrir dans son sol mais il n'obtenait que des rouges et des jaunes alors qu'il rêvait de faire jaillir le bleu lumineux du corail, le vert des grands iguanes et toutes ces nuances qui irisaient ses rêves et teintaient ses nuits agitées.
Quand il eut découvert l'effet surprenant du mica et qu'il se fut résigné à ces seules couleurs or, sang et blanc; quand il eut manqué d'incendier toute la canopée et dépassé la cime des plus grands eucalyptus d'au moins cinq jets de fronde... il décida qu'il était fin prêt pour montrer son oeuvre.
D'étranges nuages masquaient la lune ce soir là, le vent était brusquement tombé et Amadou le vit comme un signe; alors d'un geste il avait envoyé Tara battre le rappel de la tribu.
Peu lui importaient les sarcasmes et ceux qui bouderaient son spectacle, il était prêt à assumer la gloire et tous les honneurs qui lui seraient rendus.
Comme il vérifiait pour la centième fois son dispositif dressé sur la colline, la foule des curieux s'était rassemblée et Tara vint près de lui, riant de toutes ses dents; la petite étincelle était là dans ses yeux... alors il prit les pierres de quartz et lui tendit pour la première fois. Elle ne souriait plus, attentive à leurs deux respirations oppressées: elle frappa les pierres de quartz contre la poudre d'amadou, et à cette seconde un grondement terrible jeta la tribu à terre dans un désordre indescriptible.
Les femelles hurlaient en levant les yeux vers l'immense colonne incandescente qui inondait le ciel ! Yasur s'était réveillé.
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