samedi 12 septembre 2015

La drénaline

Publié aux Défis Du Samedi d'après l'illustration





C'était la dernière bâtisse du village qu'on appelait «le moulin», flanquée d'un panneau Fouzy-sur-la-Tronche copieusement criblé par nos savants tirs de caillasse.
On passait toujours devant à fond la caisse - au moins du dix à l'heure - sur la mob bleue d'Oncle Hubert mais jamais on ne s'y serait arrêté.
Etait-ce parce que le maire du village y avait régné en maître ou parce que la Tronche à cet endroit grondait sauvagement contre les pales pourries d'une vieille roue à aubes immobile et noire comme un loup garou?
Tout dans ce lieu semblait chargé d'un lourd secret.
Le «moulin» gardé d'une étrange cheminée de briques disjointes ne moulasse plus rien depuis belle lurette, en tout cas je n'avais jamais entendu dire qu'on y ait moudré ou moudu - ça sert à quoi de nous faire copier cent fois ces foutus verbes du troisième type - le moindre boisseau de blé ou d'orge.
Pourtant à chaque fois qu'on rebeuillait dans le coin avec les potes, ça viaunait comme une odeur de mystère qui me donnait la nausée et m'attirait en même temps.

Alors quand le Bébert a proposé d'y aller voir cette nuit-là à cause que c'était nuit de pleine lune, j'ai ressenti ce machin que les grands appellent la drénaline et qui m'occasionna aussitôt une drouille carabinée !
Pendant que je soulageais mes arrières aux cagouinces, Bébert préparait le matos en grand secret: échelle de corde, sac à dos et la fameuse lanterne de cheminot Wonder qui s'use même quand on s'en sert pas.
On a jarté sans se retourner - en chaussettes pour pas alerter Rex, le câgne du voisin qui aboyait au moindre bruit - et plus vite que prévu à cause d'une forte rabasse qui nous a gaugés avant même d'avoir passé le pont de la Tronche!

Vindiou! On était pas beaux à voir quand on est passés au travers d'une borgnotte restée entr'ouverte. Heureusement y avait personne pour nous voir.
J'appris plus tard que nononque - Oncle Hubert - y était passé bien avant nous pour aller dévierger celle qu'on appelait aujourd'hui Madame le Maire, mais c'est une autre histoire.
Bref, la borgnotte était si étroite que j'y ai déniapé ma belle chemisette - celle avec l'écusson brodé L'Héritier-Guyot “Buvez du cassis” - mais on était déjà en mode aventurier genre Lawrence d'Arabie et j'ai même pas pensé à la tisane que j'allais prendre au retour.
Dans le « moulin » c'était tout noir avec un escalier tout noir et des murs tout noirs aussi.
Faut dire que la lanterne Wonder faisait du noir à cause que nononque en avait marre de changer les piles.
Alors en tâtonnant, chacun a compté les marches de l'escalier - en espérant se rappeler qu'y en aurait autant en redescendant - mais j'ai pas trouvé pareil que le Bébert: c'était mauvais signe, tout ça sentait le mystère à plein nez et la poussière aussi.

Soudain j'ai buté sur un gros ventre mou, un peu comme celui du maire ou comme celui du sergent Garcia, le gros beusenot où Zorro s'amusait à dessiner des grands Z en noir et blanc chaque mercredi dans la télé des voisins...
C'est Bébert qui m'a retenu avant que je redescende l'escalier cul par dessus tête.
Par une croisée de l'étage, la pleine lune semblait franchement se foutre de notre gueule.
Faut dire qu'on était blancs comme les Francini de la piste aux étoiles tellement qu'on s'était frottés aux sacs qui traînaient partout.
Cette âcre odeur de mystère viaunait de plus en plus à m'en filer le virot à moins que ce ne soit la drouille qui rappliquait à nouveau...
“T'es tout pâle” m'a soufflé Bébert qui était aussi blanc que moi.
J'ai cherché un endroit pour m'isoler derrière une vieille machinerie faite de poutrelles, de poulies et de courroies de cuir reliées par d'énormes toiles d'araignées.
C'est quand j'ai baissé mon froc que j'ai entendu un grand bruit de chute puis un cri étouffé!
Je me suis traîné dans leur direction.
Le Bébert et la lanterne Wonder venaient de tomber dans la trémie, un grand entonnoir de bois dont ne sortaient guère plus que ses chaussettes et un râle de mort-vivant.
Alors j'ai tiré sur les pieds de toutes mes forces jusqu'à l'entendre gueuler plus fort.
Il était bien esquinté, les genoux couronnés, la tronche rouge et blanche avec une belle beugne sur le front et débordant de reconnaissance: “Tu m'as sauvé la vie” chouina t il en se collant à moi.
Bizarrement il s'était mis à faire grand jour - surement la fameuse drénaline dont parlaient les grands - mais en haut de l'escalier clairait une grosse lampe tempête.

Derrière la lampe, une p'tiote nous observait d'un oeil curieux, vu que l'autre était caché par ladite lampe.
Quand je dis la p'tiote, tout le monde au village l'appelait la Marcelle et elle avait toutes les raisons d'être là à c't'heure puisqu'elle était la fille du maire et d'ailleurs elle y est encore... pas dans l'escalier mais fille du maire, enfin de l'ancien maire puisqu'il ne l'est plus et qu'ils n'habitent plus ici, bref.
C'est avec elle qu'on allait autrefois nadouiller au lavoir à chaque vacance et le fait d'avoir mouillé nos culottes ensemble me disait qu'on allait pouvoir s'arranger pour qu'elle dise rien à sa mère et à son maire, enfin à ses vieux.
Je lui ai refilé deux carambars avec les blagues à Toto qui vont avec et un roudoudou à la fraise qui fondait dans ma poche et puis on a déguerpi sur nos chaussettes, la gueule enfarinée, Bébert avec sa beugne et moi avec ma chemisette déniapée, laissant derrière nous le «moulin» et son secret.
On avait paumé la lanterne d'Oncle Hubert, ce qui nous garantissait une double tisane mais c'est le prix à payer - dit-on - pour la drénaline.

La p'tiote n'a jamais cafté, du moins pas encore à ce jour... on n'a jamais su ce qu'elle foutait là en pleine nuit et si on avait un lien de parenté avec elle, Oncle Hubert a emporté le secret dans sa tombe.


Lexique du patois bourguignon:

beugne : bosse
beusenot : idiot
borgnotte : petite fenêtre
chouiner: pleurnicher
déniapé : déchiré
drouille : diarrhée
esquinté : abîmé
gaugé, tripé: mouillé
jarter : renverser, marcher très vite
nadouiller : jouer, éclabousser avec de l'eau
nononque : Oncle
p'tiote : gamine
rabasse : averse
rebeuiller : fouiller
tisane ou frottée : dérouillée
viauner : sentir mauvais
virot: nausée







samedi 5 septembre 2015

Délire ou la lyre pour les Nuls

Publié aux Défis Du Samedi d'après l'illustration

Ecritus - père de Sappho - dédicaçant une lyre





Arrivée dans l'ordre alphabétique entre le lynx et le lys, la lyre n'est pas un instrument comme les autres.

On confond souvent la lyre avec le barbitos, le barbiton, le barboton ou le baryton, bref! Rendons à Anacréon ce qui est à Anacréon, sinon autant confondre le violoncelle avec le violon.

A l'origine la caisse de résonance de la lyre était formée d'une carapace de tortue et comportait une fente dite tire-lyre destinée au pourliche (argot) ou bakchich (arabe).

On ignore encore comment des carapaces de tortue luth peuvent donner des lyres, alors que des carapaces de tortue lyre ne donnent pas de luths.

La lyre tient ses lettres de noblesse d'un certain Kakofonix d'origine grec et non pas du célèbre barde gaulois dit Assurancetourix baillonné d'origine.



Sappho - poétesse et homosexuelle née fort à propos à Mytilène sur l'île de Lesbos - était dit-on petite et noiraude; aussi afin de mieux séduire les jeunes filles se fit-elle construire une lyre, ce qui était plus pratique que de se faire accompagner d'un lynx ou d'un lys.

Sappho aimait les jeunes filles et aussi le bleu, le fameux bleu de Mytilène qui teinte les cocktails au Curaçao et donne bon goût aux crêpes Suzette mais qui s'en soucie?



Tout comme la lutte (ou luth), la lyre est d'origine gréco-romaine mais elle n'est pas pour autant reconnue aux Jeux Olympiques.

Très vite, Sappho en pinça pour cette lyre qu'elle tenait d'Hermès - célèbre facteur et Dieu du prêt-à-pincer - qui avait pour particularité de sonner toujours deux fois.

Comme elle se rongeait les ongles, Sappho fit appel à un médiator qui l'aida à concevoir le plectre - un onglet en corne de bouc émasculé – qu'on utilise aussi pour le ukulélé, la balalaïkaka, le banjojo ou encore le sitartar.

Les premières démonstrations de lyre furent dévastatrices et donnèrent plus tard le mot: démolir.



Dans la mythologie grecque la muse de la lyre s'appelle Erato alors que la myre de la luse s'appelle Errata... qui voulait dire perdre son latin.

Errata signifie aujourd'hui coquille mais sans rapport avec la carapace de tortue.

La lyre fut perfectionnée bien plus tard, sans doute trop tard pour Sappho qui prononça cette phrase bien connue: “Pourquoi viens-tu cithare?”

On trouve des cithares à dix cordes (ou instrument de discorde) et jusqu'à quinze cordes.

On trouve aussi des cithares sans cordes mais ça n'intéresse personne à part les collectionneurs de carapaces.

Une cithare à quarante six cordes s'appelle une harpe.

L'instrument national de la Grèce ancienne est la lyre-cithare; elle est déconseillée aux enfants à qui l'on ne manque pas de dire: “Tu ne devrais pas lyre-cithare”.

La lyre est un instrument en danger critique d'extinction tout comme la tortue luth, ce qui a fait dire au poète Shakespeare dans une formule culte à faire pâlir les foules en délire:

“Lyre ou pas lyre, c'est là la question” ... mais ceci est une autre histoire.








lundi 31 août 2015

Sélène et les garçons

Publié aux Impromptus Littéraires d'après les rimes de "Clair de lune" de Paul Verlaine






C'était à l'Opéra, je n'avais rien choisi
on y jouait Fauré, «Masques et bergamasques»
elle était devant moi, offerte, enfin quasi
la croupe ensorcelante et l'œillade fantasque

Elle avait du vécu et moi j'étais mineur,
la baignoire tordue, obscure et opportune
ainsi j'allais goûter au suprême bonheur
je voulais son jardin, elle m'offrit la lune...

Les accords dissonants sont dit-on les plus beaux
Ouverture, allegro, nous grimpâmes aux arbres
mais pour nous séparer il fallut un seau d'eau
Dans la fosse - blasé - l'orchestre était de marbre


Moralité : Un faux ré n'empêche pas le sot do


samedi 29 août 2015

Gueule de bois

Publié aux Défis Du Samedi








Je transpirais à grosses gouttes à tel point que je crus bien avoir pleuré.

Je repoussai une espèce de couverture laineuse qui pesait sur mes jambes et il y eut comme un jappement joyeux.

Une couverture qui baille passe encore mais qui aboie, c'est saugrenu et je mis ça sur le compte d'un excès de Champomy!
C'est vrai que la veille avec les potes on avait bien forcé sur le pommes-raisins pour fêter mes six ans; j'en connais même qui étaient allés vomir dans la salle de bains...

On aboyait et pourtant il n'y avait que des chats dans la maison.

J'ouvris les yeux tout à fait: la couverture laineuse était en fait un clébard, un drôle de croisement de West Highland white et de Saint-Bernard ou plus exactement de Saint-Maclou, une moquette frisottée un peu comme chez tante Huguette avec la même odeur de chien mouillé.

J'ignorais qui avait mis ce clebs dans ma chambre tout comme j'ignorais qui m'avait affublé d'un costume marin ringard et trop grand pour moi... à moins que j'aie tout oublié d'une soirée déguisée.



Bizarrement la chambre était éclairée par une lampe à abat-jour perchée sur une espèce de colonne corinthienne que n'aurait pas boudée mon arrière grand-mère.

Le mieux était encore de se rendormir en essayant d'oublier ce mauvais rêve mais - sans doute une facétie d'un antique designer grec - la lampe n'avait pas d'interrupteur et un furieux hennissement acheva de m'éveiller tout à fait.

Pourtant il n'y avait que des chats dans la maison. Je sais, je l'ai déjà dit mais si ça n'aide pas, ça ne peut pas faire de mal de s'en souvenir.

Le hennissement sortait d'un grand canasson qui venait de faire irruption devant moi, caracolant, ruant et freinant des quatre fers ou plutôt des quatre roulettes qui l'équipaient!

C'était un de ces bourrins moitié-carton-bouilli moitié-papier-mâché et monté sur chariot comme ce cheval de Troie dont on parlait dans les livres d'histoire.

Je me suis toujours demandé qui faisait bouillir le carton et combien de personnes s'embêtaient à mâcher du papier toute la journée pour nous fabriquer toutes ces cochonneries, mais là n'était pas le sujet à cet instant.



“Salut” dit-il dans un rire chevalin “je m'appelle Tornado”

Le seul Tornado que je connaissais et qui possédait les mêmes roulettes était celui que ma mère traînait de pièce en pièce à la recherche de moutons à aspirer!
Je parle d'une époque où les aspirateurs avaient des sacs et faisaient assez de bruit pour qu'on invente aussi les boules Qiès!

“Et moi, nom d'une pipe je suis Popeye” répliquai-je en tirant sur mon costume de petit marin.

“Certainement pas!” aboya le croisé West Highland-moquette “c'est moi qu'on appelle Popeye! Je suis né l'année des 'P' ”

L'année des pets... je réalisai que l'odeur devait venir de là.

J'avais du mal à imaginer un clebs mangeant des épinards aussi - l'ayant définitivement repoussé d'un grand coup de pied qui l'envoya sous le lit - je décidai d'enfourcher mon dada.

Le canasson avait dû oublier de serrer le frein à main car à mesure que j'enjambais sa selle de carton bouilli, il recula si brusquement qu'il renversa l'abat-jour athénien qui s'éteignit tandis que les Perses perçaient et que les Satrapes s'attrapaient... situation si rocambolesque qu'un auguste inconnu la décrivit ainsi.

Comme quoi on ne se méfiera jamais assez d'un cheval de Troie.



Plongé dans le noir complet - fuyant les Athéniens, les Perses et les Satrapes - je regagnai mon lit sous les hennissements moqueurs du cheval et les jappements étouffés du croisé West Highland-Saint-Maclou.

Un rai de lumière apparut soudain sous ma porte et je reconnus la voix de mes parents :”Vas-tu t'endormir à la fin?”



C'était juré. Demain, j'arrêterais le Champomy.









mardi 25 août 2015

Mon musée des petits bonheurs


 





Comment évoquer mes petits bonheurs sans parler du cérémonial de Chabrot - en cinéphile averti, notre oncle Hubert disait Chabrol - j'avais toujours vu les anciens rafraîchir le fond de leur assiette de soupe avec une grande rasade de Passetoutgrain et on jouait entre cousins à qui imiterait le mieux leurs grands Sluurp qui ponctuaient ce rituel ancestral.
Qui était ce Chabrot ou Chabroù? Sans doute un bienfaiteur de l'humanité à en croire les yeux pétillants des vieux.
De mauvaise grâce Tante Anastazia s'y était mise elle aussi, même si rien n'égalerait jamais son infâme wodka frelatée à l'herbe de bison.
Un lointain cousin des Baux de Provence qui connaissait Mistral par cœur soutenait que l'expression venait de cabroù parce qu'on boit dans son assiette comme le ferait une chèvre, mais Oncle Hubert qui avait vu Le beau Serge en cinémascope au Louxor ne jurait que par son Chabrol.

Au musée des petits bonheurs je me dois d'évoquer l'incontournable ban bourguignon qu'on entonnait dans les banquets et surtout au dessert après quelques chansons paillardes dont j'ignore l'air et les paroles puisqu'on nous envoyait voir ailleurs si on y était!
Quiconque sait chanter “Tra la... Tra la... Tra la la la lère...” en approchant les mains en forme de coupe à hauteur de sa trogne pour les faire tourner comme si on regardait à travers est sans le savoir un pro du ban bourguignon.
Mes cousins et moi-même avions inventé une variante à une seule main qui permettait de pincer les fesses de la voisine; du coup, nos vieux avaient copié cette même variante pour nous coller une torgniole en retour.
A quoi ça tient un petit bonheur? A deux maigres onomatopées, cinq petites notes et neuf claquements de mains, pourtant ces simples scènes de liesse me font encore frissonner aujourd'hui.
Au XXIème siècle on ne chante plus, on fait des selfies qu'on poste aussitôt sur fesse de bouc, histoire de montrer sa tronche, son cul ou deux doigts d'honneur au monde entier et puis on va faire la sieste...
Et le kir, le vrai, celui avec un K majuscule pour lequel notre chanoine dijonnais céda l'usage commercial de son nom?
Ce petit bonheur tient en trois lettres et dix centilitres mais c'est magique.
Un vrrrai blanc-cass, m'sieurs dames c'est un tierrrs de vin blanc cépage aligoté et deux tierrrs de crrrème de cassis à 20°. Ajoutez-y un bon tierrrs d'accent bourrrguignon en rrroulant les 'R' et ces quatrrre tierrrs vous envoient tout drrroit au parrradis!!
Et pis chez nous on n'en boit jamais un seul mais deux.
“Vindiou! Tu vas pas rrrepartirrr sur une seule jambe!” disait notre voisin qui un beau jour ne remonta jamais de sa cave (sacrrré Dudule)
Taratata! Vous repasserez avec vos communards au vin rouge, rince-cochons, kir gaulois à l'hydromel, breton au cidre, royal au crémant ou impérial au champagne! Pourquoi pas un kir alsacien à la Kro tant qu'on y est?

Au cas où mes petits bonheurs vous auraient ouvert l'appétit, je terminerai par les escargots qu'on sert aux fêtes joyeuses et aussi aux enterrements, pourquoi pas aux enterrements ?
Si aujourd'hui l'escargot de Bourgogne arrive tout droit et sans se presser des pays de l'Est, à mon époque il naissait, vivait et mourait chez nous... pour les enterrements.
Pour ces funestes réjouissances le plat de cagnoles était servi religieusement avec un sachet de cendres adjoint à sa cuisson pour figurer une sorte d’hommage rendu aux cendres du défunt.
Oncle Hubert rompu aux cérémonies funèbres y allait toujours du même bon mot pour mettre un semblant de gaieté à la cérémonie: ”Si haut qu'on monte, on finit toujours par des cendres” disait-il en ignorant l'oeillade assassine de tante Anastazia.
Je réalise que ces petits bonheurs sont autant de coutumes qui éveillèrent ma curiosité de gosse et forgèrent mon palais - je veux dire mon caractère - et je me dois de terminer par cette vérité qu'Oncle Hubert ne manquait jamais d'asséner à son Anastazia : ”Les coutumes comme les femmes, sont faites pour être respectées et bousculées aussi”.



samedi 22 août 2015

Gérard ou parfum de sandale

Publié sur le site MilEtUne et largement inspiré de Gérard ou le dernier des mocassins







"Chérie... Hum... t'as l'intention de sortir comme ça?»

«Ben non, gros naze! J'vais passer une robe»

«Oui, je m'en doute ma chérie... je te parle des sandales»

“Des sandales? Quelles sandales? On dit pas sandales quand c'est des Zabattigli!”

“Et alors? Tous ces machins que tu emportes à la plage c'est bien des sandales, non?”

“Sauf que c'est des Zabattigli d'Anacapri, Môssieur! T'y connais rien”

“Anacapri? Mais c'est fini depuis longtemps... tu connais pas la chanson? Anacapri c'est fini...”

“Très drôle. C'est des Zabattigli faites à la main à Anacapri, gros naze”

“Bref... et tu vas oser porter ça chez nos amis?”

"S'cuse moi. Une femme porte ses vêtements, mais c'est les Zabattigli qui portent la femme"

“Euh? C'est de toi, ça ?”

“Non, c'est un italien qui a piqué ça à Louboutin mais tu peux pas comprendre”

“Je ne peux pas connaître le nom de tous les fabricants de sandales”

“Un fabricant d'sandales? Des espadrilles créées par Constanzo Ruggiero ? Quelqu'un qui habille les pieds de Brigitte Bardot, de Grace Kelly, de Greta Garbo, de ...”

“Euh... pas sûr que Greta Garbo les porte encore! Tu devrais garder les pieds sur terre, Germaine Blanchard”

"J'suis p't-être que Germaine Blanchard mais j'suis authentique comme autrefois les pêcheurs de Capri. Pas comme toi sur un piédestal de mocassins à glands, Gérard Blanchard»

«Excuse-moi mais si les espadrilles étaient si merveilleuses que ça, c'est les hommes qui les porteraient»

“Dans tes rêves, Gérard! Si tu crois que j'vais t'les prêter. Autant donner des mocassins à un cochon”

«Euh... on dit marcassins, chérie, pas mocassins »

«Je ne peux pas connaître le nom de tous les cochons, le tien me suffit»

“En tout cas, elles puent tes espadrilles! Ton cordonnier doit avoir mauvaise alêne”

“T'y connais rien en fragrances d'espadrilles, celles-ci sentent la vanille. Et pis tu t'soucies pas mal que j'aie les mollets sculptés, une démarche souple, féline, Fellini même... italienne... les filles vont être malades quand elles vont m'voir arriver avec le must-have de l'été!”

“Euh... les rayures bleues, ça fait pas un peu must-have de bagnard”

“Et alors, Gérard Blanchard, t'as jamais vu des pan bagnards sur la plage?”

“Si, d'ailleurs pour le prix de tes sandales j'aurais eu cinquante sandwiches au thon”

“Quel thon? Mesure tes paroles, Gérard”

“A propos de mesure, t'es sûre qu'elles sont pas trop petites?”

“Sache que ça se détend après quelques heures, alors vaut mieux prendre une taille au dessous”

“Se détendre après quelques heures? J'aimerais bien que ça m'arrive”

“Avec tes mocassins, même après quelques heures t'as toujours l'air d'un gland contrairement à George Clooney qui a fait le même choix que moi, Môssieur... et en plus ils sont doublés!”

“Ça ne m'étonne pas que Clooney soit doublé”

«Je parlais des espadrilles, Môssieur, pas de George»

«De George? C'est vrai que vous êtes intimes depuis que vous buvez le même caoua dans les mêmes sandales!»

«On dit pas sandales quand il s'agit de Zabattigli”

«Tu l'as déjà dit»



(Soupir anacaprien)








Gérard ou Le dernier des mocassins

Publié aux Défis Du Samedi 






"Chérie... Hum... tu as l'intention de sortir comme ça?»

«Ben non, gros naze! J'vais passer une robe»

«Oui, je m'en doute ma chérie... je te parle des chaussures»

“Des chaussures? Quelles chaussures? On ne dit pas chaussures quand ce sont des Louboutin!”

“Et alors? Tous ces machins qui encombrent les placards et qu'on met aux pieds c'est bien des chaussures, non?”

“Sauf que c'est des Louboutin, Môssieur! T'y connais rien”

“Du loup-bouquetin? J'ignorais que ça pouvait se croiser... après on s'étonnera que la nature fout le camp!”

“Des Lou-bou-tin, gros naze”

“Bref... et tu vas porter ça pendant toute la soirée chez nos amis?”

"S'cuse moi. Une femme porte ses vêtements, mais c'est la chaussure qui porte la femme"

“Euh? C'est de toi, ça ?”

“Non, justement c'est d'Louboutin”

“Connais pas. Je ne peux pas connaître le nom de tous les marchands de pompes”

“Un marchand d'chaussures? C'est juste un créateur mondialement connu, Môssieur. Il habille les pieds de Monica Belluci, Paris Hilton, Katie Holmes, Kim...”

“Arrête ton char! Garde les pieds sur terre, Germaine Blanchard”

"J'suis p't-être que Germaine Blanchard mais j'vis au sommet. Pas au ras du sol comme toi avec tes mocassins à glands, Gérard Blanchard»

«Excuse-moi mais si les talons hauts étaient si merveilleux que ça, les hommes en porteraient»

“Dans tes rêves, Gérard! Si tu crois que j'vais t'les prêter. Autant donner d'la confiote à un porc”

“En tout cas, tes hauts talons ne rallongent pas ta robe”

“T'y connais rien. Et pis tu t'soucies pas mal que j'aie les mollets galbés, une démarche élégante, souple, féline, sensuelle... les filles vont être malades quand elles vont m'voir arriver!”

“Ouais... si tu arrives à la porte sans te casser la figure”

“Pff! Question d'entraînement, Gérard Blanchard. C'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas une fois qu'on maîtrise la technique”

“Parce qu'il y a une technique chez Louboutin? Je vois ça d'ici: Chez Louboutin, la technique du patin sans baratin pour le gratin”

“T'es nul, Gérard. Même qu'y a une application pour ça sur smartphone: Je déroule le pied en faisant des p'tites foulées, droite comme un Y”

“Droite comme un Y? Je demande à voir”

“Parfaitement, la tête haute, je regarde l'horizon en balançant les bras, les épaules bien en arrière, le ventre rentré...”

“Tu crois que tu vas réussir à rentrer le ventre?”

“Et toi, tu crois qu'tu vas réussir à dire aut'chose que des conneries? Aïe! C'est malin. Tu m'as fait tordre les pieds!!”

“Et toi, tu me fais tordre de rire”

“En attendant, aide-moi à fermer ma robe, Gérard Blanchard”

“Hum... cette robe... ça se porte ou ça se chausse?”

(Soupir et haussement d'épaules louboutiné)