dimanche 5 septembre 2010

Silence

publie aux Defis Du Samedi...

 

 

Ce matin le pic vert a frappé au carreau d'un grand coup de bec sonore qui m'a fait sursauter.
"Que veux tu?" lui ais-je dit, à peine revenu de ma surprise. Il m'a regardé effrontément comme pour me dire :"Je ne veux rien, je suis ici chez moi, c'est tout".
C'est vrai, il était chez lui et dans un éclair vert et rouge il a quitté l'appui de fenêtre et s'en est allé s'accrocher au poteau de clôture le plus proche, lui a donné deux coups de bec bien sentis avant de s'envoler vers le bois.
C'est là où je vis mais ce lieu est à tout le monde, au randonneur chevronné et au promeneur tranquille, au gourmand cueilleur de mûres et au goûteur de silence, au cycliste trop pressé et au cavalier solitaire.
Le silence je le goûte au crépuscule quand tous les oiseaux ou presque se sont tus, quand le chevreuil curieux franchissant je ne sais où la clôture de la prairie voisine vole aux percherons quelques maigres touffes d'herbe, quand les lapins font la course en agitant leur fanal blanc, quand la multitude de lézards a regagné ses trous ou le couvert des tuiles du toit encore tièdes.
Alors j'entre sous la voute ténébreuse de chênes et de sapins comme dans une grotte végétale et le discret bruit de mes pas dans la sente me fait l'effet d'un martèlement terrible; c'est le moment magique où je m'arrête pour écouter l'inaudible, l'imperceptible craquement sec d'un sapin, le bruissement des feuilles comme un lointain ressac ou le premier cri de la chouette mystérieuse.
La pénombre enveloppe tout et c'est le signe du retour dans les senteurs des buis odorants et des prairies surchauffées; je pousse le portillon, abandonnant le sentier à tous ceux qui cherchent un peu de sérénité... et à tous les autres aussi.

 
 

mercredi 1 septembre 2010

Si je ne rentrais pas

A l'heure de la rentree scolaire, quelle bonne idee de decliner l'expression "Si je ne rentrais pas..."
Publie cette semaine sur Les Impromptus Litteraires

Si je ne rentrais pas ce soir dans mes pénates
Qui brosserait le poil à la petite chatte?

Si je ne rentrais pas saoûl comme un polonais
j'aurais plus de liquide à mon porte-monnaie

Si je ne rentrais pas bredouille de la chasse
j'aurais l'estomac plein et non dans les godasses

Si je ne rentrais pas dans le moule à couillons
je serais érudit et même écrivaillon

Si je ne rentrais pas dans le lard à Marcel
je serais dégonflé ou pis, un demi-sel

Si je ne rentrais pas le cou dans les épaules
j'aurais de mon aura ébréché la coupole

Si je ne rentrais pas dans ce rôle grimé
j'aurais de Cyrano le tarin comprimé

Si je ne rentrais pas dans le rang des soumis
je serais dissident anti-lobotomie

Si je ne rentrais pas dans mes frais et débours
chez "ma tante" j'irais me pendre haut et court
 

samedi 21 août 2010

Boire et conduire

Alors que les traditionnelles augmentations du mois d'Août nous tombent sur la tête et que nous ne savons pas de quoi demain sera fait, il est temps que je me jette à l'eau en ressortant ce 21ième Défi Du Samedi:


Décrivez un futur sans essence.
 
 
"Mon Gastounet, tu crois qu'on va y arriver?"
"Tinquiètes pas bébé, j'ai mis un pack de six avant de démarrer"
"Une minute! J'espère que tu ne parles pas du pack que j'avais enfermé au coffre hier soir?"
"Euh... si, la Contrex en un litre et demi"
"Bon sang, on avait dit qu'on n'utilisait que l'eau du bain pour la voiture"
"Ouais, mais je m'en suis déjà servi pour tondre la pelouse et tailler les haies!"
"T'as toujours une bonne excuse, et qu'est ce qu'on va boire maintenant?"
"Bébé, on part trois jours chez tes parents alors on tapera dans la cave à ton père..."
"ça m'étonnerait! Tu sais bien qu'y garde tous ses crus pour la Peug-eau"
"Si c'est pas malheureux de refiler des millésimes au carburateur d'une Ren-eau!"
"C'est pas une Ren-eau j'te dis... c'est une Peug-eau"
carburant.jpg
Un bolide rouge les dépasse en trombe, suivi d'un énorme nuage de fines bulles rosées...
"C'était quoi ça? Encore un nanti qui roule au Dom Perignon?"
"Non bébé, c'est une italienne, une Ferrari ça roule forcément à la San Pellegrino, on n'est pas du même monde, même en temps de crise... surtout en temps de crise"
"N'essaie pas d'noyer le poisson avec ta crise... on ne touchera pas au vin de papa"
"Bébé, je préfère le boire que le mettre dans le réservoir! J'ai pas envie comme lui de provoquer un embouteillage monstre à cause d'un plein de vin qu'était bouchonné"
"D'abord il était pas boucho... c'est quoi ce bruit que j'ai entendu?"
"Quel bruit?"
"T'as pas entendu ce clapotis quand t'as pris le virage?"
"Non... Ah si! J'ai mis l'aquarium des enfants dans le coffre au cas où on manquerait de carburant"
"T'es gonflé! Et leurs poissons, t'en as fait quoi?"
"Ben y sont dedans... c'est pas trois malheureux guppys qui vont faire baisser notre moyenne, et puis y passeront jamais au travers du filtre"
"Les pauvres! Y doivent êt' déçus!"
"Mais non bébé, ils frétillaient bien avant qu'on démarre!"
"Monstre!! J'te parle des enfants, pas des poissons!"
Gaston pousse le son de l'autoradio, espérant faire diversion et faire oublier à Bébé la mort annoncée des guppys.

"Flash de onze heures: Les Emirats arabes inaugurent leur millième usine d'embouteillage à Abu Dhabi... le cours d'eau s'enflamme à plus de trente dollars"
(Soupirs)

"Marée blanche dans la Manche: un tanker de la British Aqualeum chargé de 120 000 tonnes de Aqua-Pura fait naufrage et menace de désaler les côtes françaises"
(Soupirs interrompus)
"Gastounet, tu leur avais au moins donné à manger avant de partir?"
"Ouais bébé, une dose de granules comme d'hab..."
"Mais non! Pas aux poissons, aux enfants?"
(Soupir féminin)
Un jingle qu'ils connaissent trop bien les fait sursauter et Gaston éteint vivement l'autoradio; ils en ont plus qu'assez de ce slogan débile...  Boire OU conduire, il faut choisir.   
 
 
 

lundi 16 août 2010

Moulis de cûres (ou coulis de mûres)





Heureusement qu'il existe aux Défis Du Samedi des mots comme drageonner, ébousiner, houssiner ou licher pour expliquer clairement comment fonctionnent tous ces ustensiles compliqués.
 
La crapouilleuse queute avec des gémissements terribles à chaque tour de manigance mais j'ai bien l'intention de croupionner ces trois kilos de mûres ramassés au prix de sanglantes estafilades et de piqures douloureuses!

J'aurais peut-être dû les faire cuire un peu avant... alors je vide la crapouilleuse dans une grande torniole, la torniole d'autrefois où ma grand-mère faisait godronner ses cagouilles.
J'ai choisi thermouchat quatre sur la canebière à addiction, je choisis toujours thermouchat quatre car j'ai toujours peur qu'à thermouchat trois ou cinq ça soit pas assez ou trop cuit... de toute façon c'est pas écrit "feu doux" ou "feu vif" sur cette canebière, surement à cause qu'elle est à addiction et pas à vocalise.
Je vais laisser mijoter quelque temps, le temps de ranger la crapouilleuse et de sortir le loupiot qui conviendra mieux; j'aime bien le loupiot car c'est facile à paloter: suffit de brancher la prise et ça vous loupiotte les fruits en rien de temps, d'ailleurs j'ai pas toujours le temps de débrancher que ça fait déjà de la bouillie.

Le plus long c'est pour nettoyer le loupiot avec une petite maligne en nylon qu'il faut folichonner dans chaque petit trou du tapin sans en oublier un seul! En général je fais ça le samedi  et un peu le dimanche aussi après quoi je n'ai plus qu'à nettoyer la maligne avec une grosse que j'essuie avec une petite.
Assez d'explications, j'estime que ça a bien mijoté et je retourne la torniole sur le loupiot en tirant la langue de plaisir; ça commence à vétiller bon.
Je referme le couvercle du loupiot histoire de ne pas moucheter le plafond et, gardant un oeil sur l'horloge je vais brancher et débrancher la prise en essayant de pas me faire avoir comme la dernière fois.
Clic!  Vrooom!  Clac!
Yes! Je suis pas peu fier du résultat: ça ressemble vraiment à des mûres écrasées et pas à du jus de roti.
Reste à faire cuire de nouveau avec du sucre... Cinq cent grammes.
Facile! Je sors la souricière graduée à cent grammes que je remplis cinq fois côté sucre; à quatre cent quatre vingt dix grammes, elle commence à couiner, alors j'arrête.
La torniole n'attend plus que je mélange les mûres loupiottées et le sucre; j'ajoute une tambouille à soupe de citron pour faire comme y disent et c'est reparti sur la canebière thermouchat quatre comme d'hab!


J'ai urgé le mirliton sur dix minutes par prudence... j'ai trop souvent suivi mon instinct sur le temps de cuisson et piqué des crises de nerfs ou japonné des aigreurs d'estomac.
Vous pouvez pas savoir comme je suis fier! Dans dix minutes, quand la bouscule du mirliton aura tinté, j'aurai réussi le coulis de mûres du siècle... enfin de l'année.
J'ai tout mon temps pour choisir le récipient final: une termite d'un litre ou deux barnums d'un demi-litre?
Les barnums c'est plus pratique mais comme j'en ai qu'un je mettrai le reste dans les petites machettes que ma grand-mère utilisait pour tarmacadamiser la mayonnaise.     
Et s'il en reste, le gourmand que je suis n'attendra pas que ça soit refroidi pour se bolchéviser l'excédent.

Au fait, ne m'écrivez pas! Je ne donne jamais mes recettes.
Par contre si quelqu'un a une astuce pour nettoyer les loupiots, je suis preneur. 
 
 

samedi 14 août 2010

Acrostic' Shopping

Je ne connais personne qui aime faire les courses au supermarché, mais si on mettait déjà un peu de poésie dans la liste de courses, peut-être pousserait-on le caddie avec plus d'entrain ?
 
En tout cas voici ma liste pour répondre au 6ième Défi Du Samedi
 
 
 
L entilles triées au double foyer
I nfusion pour effusions du soir
S el en grain pour gros curieux
T hon au naturel revenu au galop
E mmental aux yeux de perdrix

D entiper sulfrice à la chlorogate
E pinards verts à blanchir

C hèvre affiné façon Blanquette Seguin
O ignon lacrymogène pour autodéfense
U rgo même s'il y en a dans l'air
R adis (sinon blé ou artiche) de fin de mois
S oja d'Asie pour jeunes pousses débridées
E ntrecôte mafieuse à la sicilienne
S erpillière en tutu pour ballet brosse
 
caddie.jpg
 

lundi 26 juillet 2010

Le corps de l'écrivain

Mais où est donc passé le corps de l'écrivain? Dans le désert des vacances d'été les plumes sont rares... mais je crois entendre Sonnet, le glas
 
 
 
A peine eut-on bâclé l'éloge funéraire
que sa plume et sa main sortirent de sous terre
et bien que refroidi le nouveau locataire
signa son épitaphe: Impromptu Littéraire.

Les curieux ébahis virent alors un doigt
dressé tel un phallus et qui ne tremblait pas.
Pas besoin de dessin, le message était clair,
il n'avait pas fini l'incongru littéraire!

On eut pu l'encenser hier, de son vivant
s'il avait été bon, un peu moins décevant
mais il était railleur et se moquait de tout.

Un de ses ennemis d'un coup de pied rentrant
enterrant à jamais le doigt récalcitrant
l'envoya rimailler près du Grand Manitou.   
 

mardi 20 juillet 2010

Joe livaro ou Dassin boursin

Quel rapport entre Joe Dassin et le fromage?
A priori aucun sinon l'idée géniale du 12ième Défi Du Samedi   
Passe encore d'explorer le rayon disco du regretté Joe et l'étal du rayon fromage de chez Auchan, mais en plus de ça, aucune ligne ne doit commencer par une consonne sous peine de ... sous peine de rien, juste pour rire.

Si je vous dis que je l'ai écrit dans ma piscine, gravé sur du marbre avec un couteau à huîtres, vous ne me croirez pas!
dassin.jpg
Huit titres sur un plateau

Aux défis les plus fous, une réponse idoine:
à un vieux pont-l'évêque, à la tête de moine,
à un curé nantais il préférait l'edam
il était comme ça, Dassin aimait les femmes.

Entre poire et fromage Dans les yeux d'Emilie
il comptait les moutons et aussi le Brebis

Il est bien loin déjà Le temps des oeufs au plat
et des seins riquiqui, façon Mozzarella

Une étoile était née, Je la connais si bien
elle qui scintilla et brilla... Savarin

On dit que le Kiri Ce n'est rien que du vent
apportez nous plutôt un bout de Parmesan

Un Bridel en promo C'est un coeur de papier
à côté d'un morceau de ce beau Brie fermier

A la fin du concert Je viens comme un voleur
échanger l'autographe contre l'Appenzeller

Une question me vient Depuis l'année dernière
où se cacherait Joe...dans les trous du Gruyère?

Et pour accompagner La chanson des cigales
un trou d'air ira bien, celui de l'Emmenthal