vendredi 9 janvier 2015

Je suis Charlie




J'ai entendu mon nom, un « Charb ? » et puis plus rien
j'ai perdu mon crayon et mes pages sont noires
comme ceux qui osaient crier « Allahou Akbar »
et que j'aime croquer, jihadistes syriens.

Mais que font tous ces gens, levés tels une armée
ils portent un slogan qui dit « Je suis Charlie »
jusqu'au pape qui s'est fendu d'une homélie !
J'avais là un sujet, mais je suis désarmé.

Je dois me relever, j'ai tant de choses à rire
à dessein sur papier j'accomplis ma mission
au risque de froisser, au risque de mourir.

Au-delà des croyances et des compromissions
de partout un grand vent s'est levé, manifeste
Il dit Charlie je suis, et moi Charlie je reste...

lundi 5 janvier 2015

Broceliande


"Mon précieux..." vous connaissez sûrement ce mot de Gollum créature clé du "Seigneur des anneaux" de Tolkien, témoignant de son addiction à l'Anneau, son unique possession ...


Les Impromptus Littéraires nous invitent à évoquer ce qui pour nous est autant précieux.






Broceliande





Mon précieux c'est d'abord un nom des plus magiques
jeté sur l'écriteau qu'on découvre à l'orée
de mon havre de paix , ma petite Amérique.
C'est un renard furtif, un chevreuil égaré.

C'est l'armée de sapins qui garde sa frontière
et gémit au grand vent en assauts incessants.
Si ses murs de roussard ne sont pas nés d'hier
les ocres et les bruns y sont incandescents.

C'est aussi un vieux puits flanqué du banc de pierre
où se joue vespera le spectacle du ciel
quand vous monte l'urgente envie de lambiner.

Si le lézard en fit son auguste frayère
je veux vous avouer ceci... confidentiel:
c'est avant tout le nid où dort ma dulcinée.




samedi 3 janvier 2015

La croisade du pissenlit

Publié sur le site MilEtUne Histoires d'après l'illustration





On dit que ceux d'en-bas nous bouffent la racine

c'est nous les dents-de-lion alors qu'il n'en ont plus,

à quoi leur servirait la notre médecine

quand les voilà tout froids, raides ou vermoulus.



Quant à vous les vivants, promeneurs incrédules

méfiez-vous de nos fleurs qu'on nomme capitules

nous ne sommes pas ceux qui se dégonfleront

quand viendra le moment de percer le goudron.



Nous les herbes sauvages, nous la mauvaise graine

envahirons bientôt vos cités infernales

et ferons de vos rues des champs et des garennes.



Et si l'on doit un jour finir en cramaillotte,

marinés, trempouillés, convertis en confiote

on vous mûrit un truc gastrointestinal...

Goût amer

Vous souvenez-vous du livre de Georges Perec “Je me souviens”?
LeDéfi Du Samedi nous propose de faire une petite liste de nos "Je me souviens" personnels






Je me souviens du goût de l'encre violette
des bons points rose, bleus, du chant de la sonnette,
des agates queutées, des calots en acier,
des goûteux Malabar chipés chez l'épicier.

Je me souviens aussi des genoux couronnés
de cette eau qui piquait, de la gaze de laine,
des filles ricanant, ces rosses, ces vilaines
tandis que je mourais, piteux, saucissonné.

Je me souviens surtout de mon ensorceleuse
elle disait souvent “Je suis ton amoureuse”
Moi - roi du chat perché - je la croyais, naïf.

Je possédais de loin le plus beau des canifs
et qui mieux qu'elle aurait dansé la capucine?
Mais je n'oublierai pas ses prunelles assassines...

samedi 27 décembre 2014

Le plus beau jour de ma vie

Publié aux Défis Du Samedi pour qui les bons contes font les bons amis 
 
 

 
Chaque année à la même période, la Chose revenait où on l'attendait le moins.Nul ne savait qui apportait la Chose pour la déposer dans les endroits les plus improbables.
Les spéculations allaient bon train au village et - trois jours avant Noël - on ne comptait plus ceux qui avaient aperçu la Chose au cimetière, dans le champ du Matthieu ou encore sous le préau de l'école communale.
Nous autres - libérés pour deux semaines de toute obligation scolaire - courions aux quatre points cardinaux pour être les premiers à vérifier si la Chose était enfin arrivée.
Celui qui verra la Chose le premier vivra le plus beau jour de sa vie” répétait le vieux Simonot qui en avait vu d'autres.
On ne savait pas quels autres il avait vu mais le bout de sa canne pointé au ciel achevait toujours de nous convaincre.
C'est Bébert qui avait eu envie d'aller voir par hasard si la Chose n'avait pas atterri au lavoir mais comme j'avais eu la bonne idée de couper par la ruelle de la Célestine, j'arrivai bien avant la meute des copains, aiguillonné par les rugissements du molosse de ladite Célestine.

Et elle était là... pas la Célestine mais la Chose.
J'ai d'abord cru à un nuage, un gros nuage bleu comme l'indigo dont les femmes teintaient les draps, les jours de grande lessive.
Et puis en m'approchant je les ai reconnus... des dauphins ailés comme ceux de mes livres de coloriage sauf que ceux-là scintillaient de mille étoiles.
Comme la meute des copains se rapprochait en hurlant je me dépêchai de répéter la phrase magique du vieux Simonot qui en avait vu d'autres:Çui qui verra la Chose le prem's vivra le plus beau jour de sa vie”.

 
Alors le bruit de la meute lancée sur mes traces cessa d'un coup et le plus gros des dauphins - celui qui était en bas à droite du groupe mais que vous ne verrez jamais - vint poser son nez dans ma main et cliqueta:”Aujourd'hui sera le plus beau jour de ta vie”.
Si je comprenais la langue dauphin... alors je devais pouvoir la parler!
Plus beau que tout ce que j'ai déjà vécu?” demandai-je dans un dauphinois hésitant.
La Chose avait l'air de me comprendre puisqu'elle siffla:”Bien plus beau”.
 Plus beau que les câlins de mes parents?” insistai-je dans un dauphinois approximatif.
Bien plus beau” gloussa le dauphin avec une petite pointe d'agacement.
Je sais que chez le dauphin ailé, la petite pointe d'agacement se dresse à la base de la nageoire caudale mais je feignis de n'avoir rien remarqué.
 Plus beau que les virées dans la Juva 4 d'Oncle Hubert?” insistai-je effrontément.
Oui, bien plus beau” s'énerva le dauphin qui se fichait pas mal de la bagnole d'Oncle Hubert.
Plus beau que les...”
 Ca suffit!” trompeta le dauphin.
 Je ne souhaite à personne d'entendre trompeter un dauphin qui a le tarbouin dans votre main... c'est insupportable, et ça vous passe l'envie de poser des questions.
Comme je m'excusais - avec toute la délicatesse qu'autorise la langue dauphinoise - La Chose m'intima l'ordre de l'enfourcher.

 
C'était doux et chaud comme quand je montais le percheron du Matthieu, mais sans cette infâme odeur de paille et de crottin.
Je dirai que ça viaunait plutôt les effluves marines, ces relents d'iode et de varech que j'avais découverts en même temps que les côtes sauvages de Quiberon aux dernières vacances d'été.
Es-tu prêt pour la plus belle journée de ta vie?” jappa la Chose.
Les autres dauphins piaffaient d'impatience et les étoiles se mirent à clignoter frénétiquement, un peu comme la guirlande électrique qu'on avait une fois branchée par erreur sur le triphasé!
La Chose toute entière n'attendit pas ma réponse et décolla en deux temps et trois coups de queue.
Cramponné aux ailes battantes, j'eus à peine le temps de voir disparaître le petit rectangle du lavoir et plus loin un groupe stupéfait de fourmis vociférantes.

 
 Cré vain dieu! Le vieux Simonot qui en avait vu d'autres disait vrai!
Je me sentais libre, invincible et je chantais, je criais à tue-tête: “Je vais vivre le plus beau jour de ma vie, plus beau que tout ce que j'ai déjà vécu, plus beau que les câlins de mes parents, plus beau que les virées dans la Juva Quatre d'Oncle Hub...”
Un concert de trompettes me transperça les tympans tandis qu'une nageoire invisible bâillonnait ma bouche jusqu'aux oreilles!
J'étais muselé mais fin prêt pour vivre le plus beau jour de ma vie comme disait le vieux Simonot qui en avait vu d'autres... et vous n'en saurez pas plus.
 
 
 
 
 
 

samedi 20 décembre 2014

Belle florentine

Publié sur le site MilEtUne d'après le cliché de Alberto Di Donato
 
 
 

 
Quand montera sur nous la couette duvetée
des brumes du matin jusqu'à nos yeux rougis,
j'éteindrai doucement la dernière bougie
qui nous tint éveillés bien plus qu'à satiété.
 
Quand le premier rayon bravant la jalousie
sur ton sein turgescent découpera sa lame
revigorant d'un coup une pressante flamme
je n'aurai qu'une envie, jouer les mafiosi.
 
Ne pouvant résister à l'appel de l'aurore
tu quitteras le lit, ma belle florentine
sur ta bouche charnue une moue enfantine.
 
Je viendrai au plus près voir au fond de tes yeux
l'horizon Apennin brûlant de mille feux
et sentir frissonner tes hanches en amphore.
 

lundi 15 décembre 2014

Tango-hésitation

Publié aux Impromptus Littéraires en réponse au thème "Indécision"
 

 
 
Il parait que j'ai longtemps hésité entre venir par le siège et par la présentation transverse pour finalement débarquer classiquement c'est à dire par voie basse tout en braillant à tue-tête, ce qui me semble parfaitement contradictoire... enfin, je crois.
J'arrivai ainsi en pleine incertitude dans un monde impitoyable où j'allais m'adonner à une interminable valse-hésitation dont j'hésite à parler ici.
 
Tétine ou téton fut un des premiers choix cornéliens qui me fut proposé alors que je n'aspirais qu'à des joies simples, au rythme d'une trilogie sans surprise: miammiam-dodo-caca.
Pour le bleu ou le rose, on avait déjà choisi pour moi avant même mon expulsion - allez savoir comment - et c'est sans doute la seule fois où j'ai manqué l'occasion de m'affirmer: je voulais du rose!!
Ca doit venir de là, l'expression “se faire avoir comme un bleu”... enfin, je crois.
A ce moment si j'avais su parler j'aurais essayé de transiger pour ne froisser personne: rose et bleu, ça doit être vaguement lilas ou peut-être lie de vin, non?
Lie de vin, c'eut été de circonstance pour un p'tit bourguignon... à moins d'un joli camaïeu de bleu sur fond rose. Bref, peu importe, c'est trop tard, j'ai fait dans le bleu.
 
Pour tout le reste ce ne furent que déchirement, louvoiement, tergiversations à n'en plus finir et quand les “Tu vas te décider, oui?” tombaient comme des couperets, j'optais dans la douleur pour une option que je regrettais dans l'instant... Juliette et pas Manon, chat et pas chien, dessert et pas fromage, Beatles et pas Stones, CGT et pas FO, mer et pas montagne.
 
Je ne sais pas si c'est à cause du manque de rose ou de mon penchant à balancer chaque décision mais un beau matin je me suis retrouvé prof de danse... pas de n'importe quelle danse, j'avais choisi le tango argentin.
Plus exactement on avait choisi pour moi. C'est Juliette qui a choisi, même si j'habite maintenant chez Manon... enfin, je crois. J'aime bien Juliette car elle choisit vite pour elle et encore plus vite pour moi. Du coup je me suis résolu à ne pas choisir. Çaa été difficile à prendre comme décision, mais c'est fait: c'est Juliette qui choisit.
J'aime bien Manon aussi parce qu'elle a un chien, qu'elle aime FO, le chaource et les Stones, mais Juliette dit que tout ça n'est pas bien grave, qu'on a toujours le choix dans la vie même si notre inconscient fabrique souvent notre malheur...
 
Dans mon boulot, rien n'est imposé et ça m'arrange. Une fois les fondamentaux - les basicos - acquis par les aficionados, combinaisons, changements d'axe, chacun fait à son idée.
De toute manière il n'y a pas vraiment de diplôme de prof de tango... enfin, je crois.
J'aime bien Esteban, ses cheveux longs et ses hanches mouvantes, même s'il n'aime ni la CGT, ni le chaource, ni les chats.
Il serait plutôt d'extrême droite, il adore le provolone grillé au barbecue et le dogue allemand.
J'habite un peu chez Esteban depuis qu'il est mon partenaire, mais Manon dit que tout ça n'est pas bien grave... enfin, je la crois.
J'ignore qui a osé dire que “le tango, ce sont des visages tristes et des fesses qui rigolent” car entre Estaban et moi tout rigole quand on danse.
 
Quand je serai trop vieux pour suivre les hanches mouvantes d'Esteban, que je devrai quitter ce monde impitoyable, je voudrais qu'on joue pour moi le tango Della Morte ou la Cumparsita - je ne sais pas - avant qu'on m'incinère ou qu'on m'enterre... enfin, faites pour le mieux.