Sur un thème des Défis Du Samedi
Je ne suis pas n'importe quel colimaçon
un vulgaire petit-gris, un Corse mollasson
Je suis un Bourguignon, hermaphrodite certes
mais Helix pomatia et bête à cornes experte.
De Gevrey-Chambertin, mon village natal
il en faut pour me faire sortir de ma coquille
échalote, persil, ail et beurre, la totale
de Noël à Toussaint pourvu qu'on me persille.
Les beusenots* comme nous il faut se les farcir
et s'il manque à nos pied la marche à reculons
il n'y a pas plus fier qu'un fieffé Bourguignon.
On en bave c'est vrai mais on a des excuses
sauvés des prédateurs, au chaud dans la cambuse
c'est bien en persillé que l'on meurt de plaisir.
beusenot* : niais, naïf
Publié sur MotImageCitation
"Ah Inspecteur La Bavure, pas faché de vous avoir au bigophone"
"Qu'est ce qui vous amène Ouatson?"
"L'opération Camomille, chef!!"
"Jamais entendu parler. C'est quoi ça, encore?"
"Et bien, c'est rapport à l'enquête sur les emplois fictifs et au type qu'on a retrouvé avec un couteau pas fictif
entre les épaules, chef. On a trouvé du vrai Chamaemelum nobile dans les poches du malheureux, chef"
"Qu'est ce que Tchernobyl vient faire là dedans, Ouatson?"
"Euh... Chamaemelum nobile, chef ou si vous préférez la camomille romaine. Il en avait plein les poches au
point qu'on a d'abord cru à des herbes hallucinogènes du genre Tabernanthe Iboga ou des Datura, enfin des trucs pas catholiques, chef"
"Vous connaissez tout ça vous, Ouatson?"
"Bien sûr chef, j'ai fait botanique au collège et tout petit j'avais un herbier avec tout une collect...."
"Ca va! Et pourquoi serait-ce de la camomille?"
"J'ai confié les analyses à Ouatelse chef, histoire de voir ce que votre nouvelle recrue a dans le carafon"
"Ouais... elle doit en avoir autant que vous! Et alors?"
"Et bien elle a hésité entre camomille d'Anjou et camomille puante puis elle l'a essayé elle même d'abord en bain de
pieds, en tisane puis en fumigation, cataplasme et même distillé à l'alambic"
"Et alors?"
"Et bien inspecteur, c'est sans appel! C'est bien de la camomille vu qu'elle dort depuis trois jours"
"Vous croyez que je vous paie pour dormir? Vous allez me réveiller cette chimiste à la noix, et tout de
suite!"
"C'est que je crois déjà avoir tout essayé, chef"
"Et le café? Vous avez essayé le café?"
"Euh... ça marche pas sur elle, inspecteur"
"Et pourquoi ça? Le café ça marche, même sur les incapables!!"
"Euh... c'est écrit dans son dossier, chef! Ouatelse fait une grave allergie au café, rapport à son nom"
"Quoi, son nom?"
"Ouatelse chef..."
Publié aux Impromptus Littéraires sur le thème Coup de fil
Allo? Ze voudrais parler au papa Noël
Ne quittez pas... vous serez redirigé dans un instant... sinon rappelez ultérieurement
(Bruits de fond divers, d'été, chuintement, chute d'eau)
Veuillez préciser s'il s'agit d'eaux de surface provenant de cours d’eau, de remontées d'égouts
ou d'eaux souterraines?
Euh! Ze sais pas, c'est pas moi
Vérifiez aussi que le cordon de ligne est bien raccordé à la prise murale femelle RJ12
Z'avais zuste demandé papa Noël
Pour contacter un responsable de la Sécurité et des Situations d’Urgence, appuyez sur le 12 et
maintenez enfoncé.
Z'ai pas de tousse 12!
Merci de taper le numéro d'accord de coopération avec la police au niveau le plus pertinent... local,
municipal, cantonal, national, international ou planétaire
Ze voudrais zuste un zeu de Big Zim avec la zeep!
Pour votre sécurité, ne placez pas les mains ou les pieds à proximité du zip ou sous des pièces en
rotation
Euh... et quatre piles LR6 ressarzables siouplait
(Bruits de fond divers, chute d'iceberg)
Pour une glace au bacon, appuyez sur la touche 2 avec l'index... pour plus de bacon appuyez avec le
majeur.
Z'ai que six ans et ze croyais que papa Noël y parlait français?
Ici Londres ! Les Français parlent aux Français...
Ze crois bien que z'ai dû faire une bêtise
(Appui fébrile sur la touche 2)
Pour nominer Kevin, appuyez sur la touche 4 en maintenant la touche 5 enfoncée, puis relâchez la
touche 5 sans relâcher la touche 4
Ze l'ai fait mais ça marsse pas
(Bruit de tonnerre)
En cas d'orage, il est préconisé de ne pas utiliser cet appareil
Ze m'en fout!!
Si vous souhaitez laisser un message, dites 'message' sinon ne dites rien
RIEN !
Chapitre 2 : Le Y-en-a-pas
On
a tendance à croire qu'au commencement Dieu créa le ciel et la terre,
la nuit et le jour et qu'ainsi fut le premier jour, sauf qu'avant le
premier jour il n'y en avait pas et qu'il
avait donc bien fallu commencer par créer le "Y en a pas".
Ainsi naquit le "Y en a pas" que Dieu baptisa d'abord Zéfiro, puis Zéro pour faire plus simple.
Difficile
d'ailleurs de faire plus simple tant Zéfiro était simple avec un corps
vaguement rond d'où ne dépassaient ni
tête ni membres - si tant est qu'il en eut besoin - et Dieu comprit
aussitôt qu'il ne pourrait pas compter sur lui tellement il se montra
nul.
Pas très fier de son prototype, Dieu ne cessait de pester et le harcelait par ses: "Des comme toi, y en a pas
deux", ce à quoi Zéfiro répondait, l'air de rien :"Il ne tient qu'à toi - nom de Dieu - de faire que nous soyons plusieurs".
Dans sa grande bonté mais redoutant le pire il fit donc "Y en a plus" et son jumeau "Y en a encore" puisque quand y en
a plus, y en a encore.
Ils formaient alors ce qui allait devenir le fameux "Et-un-et-deux-et-trois-zéros", éclipsant le non moins fameux
"La-tête-à-Toto"!
On
a beau dire que Zéro est pair, sa parité est discutable et on sait
aujourd'hui qu'il ne se reproduisait pas et que
seule l'intervention divine a pu lui permettre de se multiplier;
ainsi naquirent "Y en a déjà", "Y en aura demain", "Y en avait hier", "Y
en a jamais eu" et bien d'autres "Y en a"... jusqu'au
jour où "Y en a marre" mit un terme à cette lignée d'inutiles.
"Y en a pas un pour racheter l'autre" se lamentait Dieu en contemplant cet alignement de zéros qui ne
servaient à rien sinon à répéter inlassablement ce slogan débile : "On est des zéros parce qu'on le vaut bien".
"Si c'est ça la Création " se lamentait Dieu "autant aller se noyer" mais aucun fleuve n'avait encore
été inventé ni le Déluge prévu 1656 ans plus tard.
Heureusement, le lendemain du commencement qui tombait justement un lundi vit la création du ciel et de la terre, et
ainsi fut le jour "Zéfiro-plus-Un" qu'il appela d'abord Zéphirin puis plus logiquement Premier jour... on connait la suite.
© crédit photo : Toncrate
Qui avait bien pu aborder Notre île ce jour-là en volant Notre
"Intrépide"? ou plutôt la barque que nous prêtait P'tit Louis moyennant quelques roudoudous ou carambars fruités.
Ce n'était pas le père Gautherot qui ne jurait que par son bateau-passoire souvent entre deux eaux et lui entre deux
kirs.
Ce n'étaient pas ces Parigots qui ne venaient jamais en Août, prétextant l'ardeur insoutenable de notre
soleil.
Qui osait ainsi pénétrer Notre sanctuaire et peut-être investir Notre cabane et y voler Nos trésors?
De la rive, Faustine n'avait pas tardé à réagir et nous désigna, Blaise et moi volontaires d'office - car nous n'étions
qu'un trio de trois - pour une mission de reconnaissance qui s'annonçait des plus dangereuses.
Non pas que la rivière fut trop large ou trop agitée mais le peu d'eau à cet endroit cachait autant de pierres
glissantes que de trous sournois où l'on laissait tout à la fois une sandale et notre honneur...
Comme
Blaise commençait à flageoler sur ses guiboles, Faustine nous lança son
fameux regard bleu électrique qui nous
ôtait toute envie de reculer et finissait toujours par nous faire
faire n'importe quoi. Ne nous avait-elle pas en guise de guimauve fait
croquer de son piment des squelettes?
Le
pacte fraîchement signé entre nous au feutre indélébile et qui nous
liait à Notre chère île ne pouvait être dénoncé
pour si peu, d'autant plus qu'il résistait aux énergiques frictions
de nos parents lors de l'incontournable toilette du soir.
On allait devoir retirer nos chaussettes pourtant rarement archi-sèches, s'armer de courage et de solides bâtons pour
atteindre le banc de sables mouvants d'où nous gagnerions Notre île si nous sortions indemnes d'un enlisement inévitable.
Le
rescapé, si le Ciel le permettait devrait alors se frayer un passage
dans la jungle inextricable de buissons,
aulnes, saules et épineux qui mangeaient les rives de Notre île et
où nous laissions souvent lambeaux d'épiderme et accrocs multicolores.
Notre
bravoure - que dis-je, notre héroïsme - se mesurait au nombre d'épines
d'acacias et de cloques d'orties que
Faustine soignait de ses doigts experts et surtout de cette boue
miraculeuse à l'odeur de crottin dont elle seule avait la recette.
J'en étais là de mes poétiques pensées quand un grand splash nous annonça le naufrage de Blaise et sa probable
relégation au rang de Triple Andouille, rang que nous occupions à tour de rôle ou simultanément et trop souvent à notre gré!
Le
bleu électrique ayant viré au sombre, je ressentis d'un coup tout le
poids de la mission sur mes frêles épaules et,
ayant désespérément cherché derrière moi un invisible partenaire je
souris bêtement à Faustine et quittai ma chère Patrie d'un pas que je
voulais assuré.
L'eau était glaciale, couleur des yeux de Faustine et en deux secondes je réalisai que jusqu'aux chevilles je venais de
perdre à jamais mes deux pieds.
Quand
je repris connaissance, je constatai que l'amputation n'avait pas
encore eu lieu. J'étais dans mon lit trempé
de sueur sous le regard bienveillant de ma mère, seul remède à ces
cauchemars qui peuplaient mes nuits et m'éloignaient de Faustine.
D'ailleurs je fus surpris et mortellement triste d'apprendre que cette année, elle ne viendrait
pas...
Publié aux Impromptus Littéraires
Sans l'ombre d'un doute, le tic-tac du nouveau cadran solaire était silencieux -
du moins inaudible - aussi se félicita t il de sa récente acquisition.
Certes
il allait regretter l'ancien et sa forme heptadécagonale mais se faire
agresser les tympans chaque quart d'heure
soit quatre vingt seize fois par jour par un carillon d'harmoniques
impaires à soixante dix décibels bien tassés, c'en était trop!
Il aurait dû se méfier lorsque le postier l'avait livré un an auparavant car qui mieux que lui savait qu'un produit est
nul si et seulement si l'un des facteurs est nul.
Comme
toujours Sofia n'avait pas manqué de hausser les épaules - il lui
sembla même l'avoir entendue opiner vivement de
la tête au-delà des seize Hertz qu'il pouvait encore percevoir - et
en conclut une fois de plus qu'ils ne seraient jamais sur la même
longueur d'onde et qu'elle méritait bien son surnom de
Pégécédé... Plus grand commun diviseur!
Cela
ne l'avait pas empêché de lui faire une suite finie de cinq garçons -
une malencontreuse erreur dans son calcul de
densité de probabilité l'ayant privé de filles - ces cinq là
bizarrement réels et complexes à la fois et qui couraient bruyamment
dans le carré du jardin poétiquement baptisé
l'Hypoténuse, en rapport au cordon de pyracanthas aux épines acérées qui leur ôtait toute envie de prendre la tangente.
Pourtant la somme des termes en culotte courte s'avérant inexacte, il interpella le plus jeune qu'il avait surnommé sa
fraction irréductible:
"Camille, qui manque à l'appel?"
"C'est Augustin, père... il est encore monté jouer au grenier" répondit l'irréductible cafteur tout en
jonglant avec un icosaèdre tronqué que les savants nomment ballon de foot.
Il soupira... Il lui semblait qu'avec l'âge l'échelle du grenier était devenue logarithmique et, se souvenant de la loi
de Murphy qui lui garantissait la chute à coup sûr doublée d'un séjour à durée indéterminée à l'hôpital du canton, il renonça à y monter.
De toute façon il savait qu'il trouverait Augustin occupé à mâcher quelque racine carrée tout en s'amusant à vérifier
si le gogol est bien égal au nombre d'atomes dans l'Univers!
Bien que fragile des sinus, le gamin était de toute évidence en avance sur son âge dans tous les domaines; ne lui
avait-il pas demandé récemment comment résoudre un problème quand on ne peut pas se fier à une inconnue?
Ce à quoi en bon cartésien, il lui avait répondu d'aller questionner sa mère.
Pour l'heure il scrutait désespérément son nouveau cadran en priant Dieu qu'il fasse soleil...
Tombées d'un édredon ou de quelque oreiller
deux plumes de canard allaient, se désolant
maudissant les ardeurs des amants turbulents
qui les avaient jetées toutes ensommeillées.
Qu'il était bon le temps des nuits célibataires,
loin des bunga-bunga, des soirées adultères
elles se prélassaient, bercées des ronflements
du paisible dormeur et de ses grognements.
Dès que la mijaurée eut investi le lit
elles comprirent qu'il y laisserait des plumes
les paisibles repos tournèrent à la chienlit
et les après-midi en sieste crapuleuse
la grasse matinée devint une coutume
(Moralité)
la plume dépérit quand on n'est pas frileuse