mercredi 11 février 2015

Dix neuvième heurt ou Douce'Mans



Vingt quatre heurts du Mans
 
 
 

Le Bébé Cadum aura 90 ans demain, mardi 10 février. Le célèbre et emblématique bébé joufflu a été imaginé par Arsène Le Feuvre, maire du Mans de 1925 à 1931.

(Ouest-France - Fev. 2015)









Il en aura montré des popotins joufflus
des frimousses ravies à la sortie du bain
du tout doux, du propret et tant de chérubins
ce dessin simplement paré de superflu.

Peintre décorateur Arsène crée l'affiche
alors que nait Doisneau, nait le Bébé Cadum
ainsi il a suffi d'un sarthois, d'un bel homme
pour qu'aux murs de Paris rosissent tant de miches.

A l'heure du surgras et du tensio-actif
des stickers hydratants, des compresses stériles
où l'on met - insouciants - l'épiderme en péril

Ayons une pensée pour ce savon d'antan
notre peau vit d'amour et pas de charlatans
Respect aux créateurs, aux imaginatifs.


lundi 9 février 2015

Comme ci comme ça



Si on m'avait dit ça, j'aurais fait comme si
j'aurais rien esgourdé ou j'aurais rien pigé
mais on me l'a pas dit, alors c'est arrangé
comm'si de rien n'était, ouais mais avec des si...

Si on m'avait dit ça au lieu de rien me dire
j'aurais beaucoup kiffé qu'on me dise tout net
que je suis un mecton et pas une fillette
il en faut pas bézef je crois pour se grandir.

Si on m'avait dit ça en face, pas de dos
je crois que j'aurais su affronter les regards
dérouiller les chambreurs, les reloux, les ringards
et ta soeur?
Demain j'ai décidé de changer de pseudo

Basta les lapinou, les chouchou, les sissi
Si on m'avait dit ça, ouais mais avec des si...





dimanche 8 février 2015

Embrouillamini

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration suivante







C'est ma métromanie, il faut que je tricote

une maille à l'endroit, une maille à l'envers

si c'est bon je descends à Filles du Calvaire

sinon je n'aurai plus qu'à changer à La Motte.



Une maille à l'envers, une maille à l'endroit

au pire je reprends à zéro... rebelotte

j'ai démonté les mailles, embrouillé ma pelote

dites-moi on va bien jusqu'à Choisy-le-Roi?



Une maille à l'envers, à l'endroit une maille

pourquoi ai-je voulu tricoter ce chandail?

il fait noir tout à coup et on est à l'arrêt.



Une maille à l'endroit et l'autre de travers

c'est la Bérézina... euh non, c'est Chemin Vert?

Comment ça mon ticket? Qu'est-ce qu'on fout au Marais?






samedi 7 février 2015

De la bonne graine

Publié aux Défis Du Samedi sur le thème: Tradition

Ma Bourgogne


La coutume des haricots consistait à équeuter une montagne de gousses que le papi répartissait par grosses poignées entre nous tous - cousins et cousines - jeunes volontaires désignés d'office.

Papi Marcel se réservait la tâche honorifique et tarabiscotée de les ranger verticalement - une fois équeutés - tels des petits soldats dans un régiment de bocaux à l'alignement millimétré.

En ronchonnant, chacun castrait son “mangetout” par les deux bouts, retirant un fil, recoupant les plus longs à la taille réglementaire sans les esquinter en se dépêchant lentement pour éviter une poignée de haricots supplémentaire.

Le papi ne jurait que par le Contender... “De la bonne graine” disait-il “ à l'inverse de vous!”.

Quand on est gamin et qu'on s'apprête à vivre les traditionnels mois de vacances dans la grande maison de famille bourguignonne posée à deux pas d'adulte du Canal du même nom - soit quatre ou cinq pas d'enfant - il y a de quoi être soucieux.

Le rituel dominical consistait à traverser les deux ponts pour jarter jusqu'à l'église située en haut du village avant le dernier coup de cloche et sans salir nos beaux habits.

Mamie Jeanne rêvait d'un autre habit pour nous... soutane pour un garçon ou voile pour une fille mais la vocation ça ne vient pas toujours dans un missel garni d'images de communiants et le Patron - figé sur sa Croix et contraint de subir les sermons déjantés d'un curé loufoque - n'embaucha guère plus que quelques espiègles enfants de choeur.

L'usage du coucher consistait à entamer une seconde journée faite de batailles de polochons et diverses embistrouilles, et tout ceci à tâtons puisque l'ingénieux papi avait inventé l'extinction des feux télécommandée au moyen d'un interrupteur traîtreusement disposé vers sa chambre.

La traditionnelle pêche à la ligne était parmi les corvées les plus douces puisqu'en quelques secondes nous posions pliants, bourriches et épuisettes sur la berge devant la maison.

Armés de patience et de fourbes hameçons, nous taquinions tout ce qu'il y avait à taquiner entre deux passages de péniches chargées à ras bord et qui déclenchaient des tsunamis couleur café-au-lait où disparaissaient nos bouchons dans des relents vaseux qui viaunaient le gasoil...

Quand on est gamin et qu'on s'accroche la serviette autour du cou pour une de ces rituelles orgies qui s'étirent presque jusqu'à l'heure du souper sans pouvoir officiellement quitter la table, il y a de quoi être soucieux.

On vous y gueude au pâté en croûte, vous torture aux escargots persillés, vous condamne au doublé poisson-viandes avant les tourments salade-fromage-dessert tout en vous promettant aux calendes grecques ce fameux galopin de Ruchottes-Chambertin dont les grands se gobergent.

Pour peu que l'orgie dégénère on vous forcera à chanter en public l'immuable et planétaire classique de Guy Béart “Ma petite est comme l´eau, elle est comme l´eau vive, Na na nère...

Pourquoi tant d'eau au pays du pinot noir?

La fin des vacances arrivait à grands pas - sonnant la fin des réjouissances - alors, au risque d'attraper la drouille et une tisane on sacrifiait à Notre tradition, celle qui ne figure dans aucune archive locale: on allait se gauger dans l'eau glacée du lavoir, là où on savait que l'horrible mélusine ne se risquait jamais!


Lexique de mes bourguignonneries:

drouille: diarrhée

embistrouiller: embêter

esquinter: abîmer

galopin: verre

gauger: tremper

se goberger: s'empiffrer

gueuder: rassasier

jarter: marche très vite

tisane: engueulade

viauner: sentir mauvais

mercredi 4 février 2015

L'amer à boire

Aux Impromptus Littéraires, on ne perd pas de temps en enchaînant avec les cinq mots suivants: azimut, Bourg-La-Reine, chameau, fantasme, ranimer




Malgré la sueur qui ruisselait abondamment sur mes lunettes de soleil et dans mes yeux, j'orientai la boussole sur l'azimut 48°...
Au diable les 46', l'aiguille s'était tellement dilatée au soleil qu'elle couvrait 10° à elle toute seule!

Mais qu'est-ce qui lui avait pris à cette connasse de choisir les dunes de Merzouga en plein mois de juillet?
Elle rêvait de voir les hommes bleus de près? Madame allait pouvoir vivre son fantasme.
J'ignore ce qu'ils avaient mis dans le thé - “amer comme la mort, le second doux comme la vie et le troisième sucré comme l'amour” disait le dépliant - mais au troisième verre elle était effectivement devenue toute bizarre.
Pas fou, au troisième verre j'avais recraché discrètement. Même par politesse, je n'avais pas envie de goûter aux ardeurs nomades!
Le petit groupe barbare - certains disent berbère - avait disparu avec elle derrière ces foutues dunes. Je n'aurais jamais imaginé qu'on puisse amasser autant de sable dans un même endroit.

Deux mille cinq cent kilomètres jusqu'à Bourg-La-Reine, c'était pas tant la mer à boire que le détroit de Gibraltar à traverser.
Il me restait maintenant à ranimer mon chameau, et c'était pas gagné d'avance.
Une ultime épreuve m'attendait: pratiquer le bouche à bouche à une bestiole du genre camélidé et sujette à l'insolation!
Par téléphone j'avais réservé une Méhari mais à l'agence il ne restait que ce vieux mâle à une seule bosse.
On ne m'avait même pas précisé s'il savait nager!
Je ne sais pas pourquoi - c'est idiot - mais à l'instant présent, j'eus préféré une jeune femelle aux yeux dorés bordés de cils voluptueux.
Comme je commençais à ruminer mes cours de secourisme - par mimétisme sans doute - mon vieux “rafiot du désert” agité de soubresauts ouvrit ses larges lèvres pour m'offrir en pleine figure un long et lugubre blatèrement!

J'écarquillais péniblement mes yeux ensablés quand j'ai reconnu ma chambre. Le cri faisait “Barabira... Kechichan” puis plus nettement “Te voilà réveillé, fainéant?”
Une femme pas très belle en djellaba et bigoudis me tendait une tasse fumante qu'elle m'obligea à boire sans respirer.
Comme elle s'éloignait en traînant des pieds, je l'entendis dire à quelqu'un:
“On est peinards, Farouk... il est reparti pour trois heures”


lundi 2 février 2015

Le temple d'Isis

Je ne peux pas incriminer les Impromptus Littéraires d'avoir proposé cette idée d'un logo-rallye avec les mots:  cataracte,enchevêtré,illicite,mufle, raidillon... l'idée est de moi 



Notre guide s'appelait Bérénice et si elle affirmait avoir fait les Beaux Arts au Caire, elle avait dû apprendre à diriger une felouque par correspondance : »Entre Louxor et Assouan les îlots de la première cataracte du Nil abritent, au nord l'île Eléphantine et au sud à Philæ, le temple d'Isis... ou plutôt - devrai-je préciser - abritait le temple d'Isis avant son déménagement...»
« Comment ça, déménagé ?? »
J'avais hurlé et si Bérénice ne sembla pas m'entendre, tout le groupe me regardait bizarrement.

La felouque tangua, laissant sur bâbord l'île de Bigeh tandis que Bérénice reprenait : « Menacé par la montée des eaux entre deux barrages, le temple d'Isis a été sauvé du naufrage par la volonté des hommes qui l'ont rebâti bloc après bloc sur l'île d'Aguilkia. »
J'avais bien aperçu ces monstruosités jetées en travers du fleuve mais j'étais loin d'imaginer que l'on toucherait à une seule pierre de mon cher temple !

« Vous ignorez peut-être que Agilkia est le nom retenu pour baptiser le site d'atterrissage du robot Philæ de la mission européenne Rosetta » continuait Bérénice, sourire en coin.
De quelle mission parlait-elle ?
A mesure que la felouque approchait d'Aguilkia, j'allais d'horreur en horreur, ne reconnaissant rien des lieux .
La gorge serrée, j'éructais : « Vous n'aviez pas le droit ! Tout ça est illicite, illégal !!! Je vous ferai fouetter»
Le groupe s'était massé à l'arrière de la felouque et jetait des regards inquiets à Bérénice qui continuait à réciter sa leçon : « Voyez comme le littoral d'Aguilkia a été remodelé pour donner à l'île la forme d'une colombe, celle originelle de l'île de Philæ ».
C'en était trop ! J'allais leur en foutre des colombes, moi !
Je cherchais éperdument du regard les colonnades, les pylônes et les chapiteaux du portique qu'avait fait ériger Nectanébo Ier il y a... si longtemps.

Comme l'accostage s'annonçait laborieux, j'abandonnai Bérénice à sa manœuvre et plongeai sans plus attendre dans les eaux tourbillonnantes du Nil.
« Qui a bu l'eau du Nil reviendra sur ses rives » disait un de nos proverbes ancestraux. J'en avais tant bu autrefois... et j'y revenais aujourd'hui.
Je nageais mal mais je parvins assez vite sur la rive toute proche où un décor enchevêtré de dattiers, de palmiers et de mimosas me cachait ce cher temple ou plutôt ce que les hommes en avaient fait.

Je mis le peu de forces qui me restaient à gravir un raidillon en haut duquel se dressa soudain le fronton d’une ruine aux colonnes décolorées. Ruminant le mufle en l’air, un énorme buffle de grès semblait me défier.

Un « piii-ooo » me fit lever la tête au ciel.
Tout là-haut, un milan royal formait de grands cercles en poussant des miaulements aigus.
Elle était au rendez-vous, ma déesse !



dimanche 1 février 2015

Le kangourenne pour les Nuls

Le kangourenne
Publié sur le site MilEtUne

Le kangourenne est un marsuvidé ou cervipial de la famille des macropocervidés ou “tuyau de poële”. On le rencontre en Austrador ou en Labralie... quand on le rencontre, car il est timide.

On ne doit pas le confondre avec un cerf-vidé qui n'est rien d'autre qu'une peau de ruminant.

Le kangourenne est un animal de trait et aussi de point... tout comme le morse qui possède pour sa défense un excellent alphabet.

Il y a bien longtemps le kangourenne côtoyait le mammouth. Aujourd'hui il cotoie en bonne intelligence le casino géant et le walmart, surtout à l'approche des fêtes.

Vers Noël lorsqu'il traverse fréquemment les centre-villes son nez s'illumine de rouge. Lorsqu'il repasse au vert, on a le droit de traverser sauf qu'un kangourenne peut en cacher un autre.

A la naissance le kangourenne-baby rejoint la poche abdominale ou KIB (kangourenne in box) d'où il ressort avant que les bois n'aient trop poussé, soit deux cent jours ouvrables.

Sa queue ou « pelle à neige «  - grande et puissante - commence au bas du dos et s'arrête au bout d 'un moment. Encombrante, elle lui interdit toute marche arrière, tout comme le demi-tour chez le dahut.

Le kangourenne porte des bois recouverts de velours qu'il perd en automne et aussi en lambeaux; on dit alors qu'il se déplace en hardes.

Il migre vers le Nord fin avril avant le dégel car les hardes bondissant jusqu'à trois mètres de hauteur pourraient briser la glace.

Lorsque le kangourenne hiverne, on dit qu'il végète-à-rien, le reste du temps il se nourrit d'herbe et de feuilles.

Ses prédateurs sont les loups, les ours et les Austradoriens qui les abattent massivement depuis que Cro-Magnon montra l'exemple, selon la méthode appelée SAG (sans autorisation du gouvernement).

Certains disent que le kangourenne rumine. Disons qu'on ruminerait à moins.